D'Helen Walsh (G-B 2025)
Avec Barry Ward (Jack) Lorne MacFadyen (Daniel) Liz White (Maggie) Henry Lawfull (Tom)
Musique Félix Rösch
Festival international du film de Thessalonique 2026 : mention spéciale pour la musique
Festival du film Lovers 2026 : prix du public
Jack est marié à Maggie depuis plus de la moitié de sa vie. Il travaille comme ramasseur de moules dans les bancs du nord du Pays de Galles avec son jeune frère, Dyfan, et ses trois fils. Jack a toujours pensé que son fils, Tom, rejoindrait l’entreprise familiale à la fin de ses études, mais la réticence de Tom à suivre ses traces provoque des tensions familiales. Celles-ci sont encore exacerbées par l’arrivée d’un matelot itinérant, Daniel, qui avoue ses sentiments à Jack. Dans cette communauté rurale isolée où la vie tourne autour de l’Église et de la pêche, Jack est confronté à un dilemme insurmontable.
Ne pas réduire ce film à une énième variante de la relation homosexuelle -ici sur la côte sauvage d’un village de pêcheurs. au Pays de Galles. La cinéaste aborde en effet cette thématique mais elle l’insère dans le traitement à la fois frontal et elliptique des forces qui oppriment cette communauté isolée du nord du Pays de Galles -religion, homophobie, virilisme patriarcal. Ainsi Jack (interprété par Barry Ward que nous avions vu dans le rôle-titre de Jimmy’s Hall de Ken Loach) incarne un quinquagénaire ( ?) qui apparemment ne remet pas en question ni son couple (il connaît Maggie depuis l’adolescence) ni son dur labeur (il est associé avec son frère dans l’entreprise de ramassage de moules) ni les rites séculaires de son village.(dont la présence à l’Eglise et la transmission de son « savoir ») Or sa société connaît des difficultés financières (ce qu’accentue la relation peu courtoise avec le frère…) et son fils oppose une fin de non-recevoir à toutes ses demandes…La cinéaste dans un premier temps le filme au travail en décomposant ses gestes répétitifs tout comme elle démonte par de très gros plans certains mécanismes (câble tendu, énormes roues des véhicules tracteurs, engins de levage, ) qu’elle embrasse dans l’évocation d’une côte à la beauté à la fois sidérante et angoissante -comme si ce paysage maritime devenu personnage agissait sur tous les autres dans la rudesse partagée avec la violence du vent et des flots (et la musique confronte le stoïcisme des travailleurs aux déchaînements des éléments maritimes)
La présence de Daniel matelot itinérant (regards furtifs et attirance) va ressusciter des tendances enfouies, des pulsions qu’il avait combattues (la rare discussion sans filtre avec Maggie le dira explicitement). Et tout un cheminement intérieur (que l’on peut comparer à un tiraillement) va précéder l’acceptation de « l’interdit » La relation « amoureuse » est vécue avec une sensualité délicate- dans la nudité des corps enlacés et au plus fort de la jouissance…. mais aussi dans ces mains caressantes et la tendresse des baisers. Ce qui aura frappé c’est la "dialectique" fermeture/ouverture : quand Jack était filmé en extérieur ( plans larges ou resserrés) -milieu ouvert- la réalisatrice simultanément nous conviait à "explorer" son monde intérieur (fermé) alors que le huis clos où se retrouvent les deux amants (un extérieur fermé) sert précisément à l’ouverture de ce monde intérieur vers l’insoupçonné jusqu’alors refoulé
Dommage que la "maladie" de Jack (ou plutôt la récidive) après la rupture des deux "amants" oriente le film vers le mélo ou du moins joue le rôle de ressort narratif Toutefois, les dernières minutes ont la puissance suggestive des non-dits (voici simultanément le corps gisant d’un père qui se sait condamné et le sursaut inattendu d’un fils Tom ...jusqu'alors farouchement hostile à toute forme de contrainte)
Sans fulgurances ni aspérités, Face à la mer se laisse approcher comme une romance sobre et discrète… sans plus ….
Colette Lallement-Duchoze
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