29 août 2026 6 29 /08 /août /2026 12:00

De Manuela Martelli (Chili 2025)

 

avec Maya O’Rourke (Inès) Maia Rae Domagala (hanna) Saskia Rosendhal (Lina la mère de Hanna) Jacob Gierszal (Alexander l’entraîneur) Paulina Urratia (Techa la grand-mère)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 section Un certain regard

Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu'elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d'amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d'Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l'enfant cherche à comprendre.

 

Dégel

Inès, gamine au regard magnétique et scrutateur tout à la fois, au visage impavide, est notre guide et témoin dans ce film Dégel. Un film atmosphérique qui tient à la fois du thriller (recherche de la jeune skieuse allemande Hanna mystérieusement disparue) et du politique -Chili 1992 début de la période dite de "dégel";- combien d’être échoués de dépouilles ensevelies, pendant la dictature de Pinochet, mais .combien de tentatives d’effacement par enfouissement, en refusant  de demander des comptes aux assassins"  Les objurgations de la grand-mère font écho à ces silences…

Le film s’ouvre sur une image saisissante (image d’archive en noir et blanc?), le transport à Séville -pour l’Exposition universelle- d’un énorme morceau de banquise de l’Antarctique …Ce fut la participation du Chili en 1992  et dans le film Dégel, les parents d’Inès, en Espagne avec la délégation, ont confié la garde de l’enfant à leurs parents propriétaires d’un hôtel dans une station de sport d’hiver au sud du Chili

Cette image liminaire va encoder tout le film. … La cinéaste « exploite » les deux aspects indissociables de tout iceberg:  sa partie visible émergée et sa partie invisible immergée, entraînant le spectateur de l’une à l’autre On voit le père d'Inès interviewé (TV) évoquer le « succès d'une transition ordonnée; simultanément on voit le grand-père pactiser avec les militaires, et le chef de la brigade opposer - avec outrance et condescendance- une fin de non- recevoir aux "fureteurs" En 1992 le bloc de glace maquille les crimes commis au Chili, dans le film, la glace et la neige -par la blancheur ou le flou sont censées accentuer la noirceur des desseins avoués ou non – Mais elles peuvent céder la place au feu -à la fois dévastateur et libérateur (lenteur du geste de Lina, la mère d'Hanna, venue enquêter, elle a recours aux braises pour allumer sa cigarette, lenteur et symbole ; sous ou dans la braise les reliques d’un lambeau du passé broyé par l’incandescence de la  flamme)

Les deux premiers plans d’ouverture - blanc et transparence du bloc transporté, intérieur mordoré en clair-obscur- sont d’autant plus saisissants qu’ils sont accompagnés par une musique qui « prend aux tripes »!

Parfois (comme dans Chili 1976) de très gros plans prolongés sont trop appuyés (les débris de verre, le rouge du sang qui sinue dans le lavabo) et ce faisant perdent leur puissance suggestive; il en irait de même pour des références trop « visibles» à Psychose ou Shining   Mais peu importe ! L’essentiel est  le rôle dévolu à la gamine de 9 ans- qu’interprète avec un mélange d’aplomb et de retenue l’actrice Maya O’Rourke. En quête de tendresse et de complicité elle s’était liée d’amitié avec Hanna, dévastée par sa disparition elle voit en Lina une mère de « substitution » (au point de souhaiter la suivre en Allemagne !)  

Voyez-la se faufiler dans les couloirs de l’hôtel, côtoyer le personnel, fureter, partager le lit d’Hanna, dérober une clef et pénétrer dans la chambre d’Alexander,  s'emparer du "journal intime" d'Hanna...Elle la toute jeune traductrice (c’est qu’elle maîtrise  castillan et anglais) décode les messages oraux et écrits. Après la disparition d’Hanna (qu’elle a vue partir avec son cousin Sébastian) elle obéira aux injonctions comminatoires de sa grand-mère (tu te tais sinon toute ta famille ira en prison…) … Ô ce silence relayé par le regard ! ou ce minimalisme des dialogues - quand ils ne seront pas « relayés » par un storytelling ( ?)

Forêt et montagne après la saison hivernale se recouvrent d’un tapis vert, promesse d’une « renaissance » ??? (or les événements récents au Chili laissent présager … )

Si la vérité ne sort pas de la bouche des enfants, elle reste dans les entrailles d’une nature inviolée (étonnante Inès impassible malgré LA découverte)

La dernière scène est tout simplement glaçante dans l’apparente fusion (osons cet oxymore… sans spoiler)

 

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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