3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 05:05

De Sharunas Bartas (Mexique Lituanie 2025)

 

Avec Sharunas Bartas Una Marija Bartaite Ina Marija Bartaite

 

Sélection Venice Days - Giornate degli Autori • Rome (Italie)

Sur la côte pacifique mexicaine, la terre adoptée par Ina Marija avant de mourir trop jeune à Vilnius (1996-2021), son père et sa jeune sœur Una entreprennent un voyage dans ses pas. Là, au cœur de la nature luxuriante des mangroves - dans une lagune ravagée par les ouragans et qui ne cesse de renaître - ils entament le travail du deuil. Alors qu’il filme ce parcours, Sharunas Bartas, met à nu ses émotions et, dans un acte de transmission, cherche une reconstruction nourrie par les cycles naturels de la vie.

Laguna

Patiemment posément les gestes de la nature, ceux de ses habitants (villageois de Ventanilla) mais surtout la relation entre le père et sa fille endeuillés par la perte d’Ina (1996-2021) sont filmés successivement ou dans un montage parallèle dans ce documentaire sur le deuil, sur le renouveau, dans cette méditation sur la vie et la mort.

Oui chaque habitant de ces lieux (les mangroves) dit son rapport à la vie au monde. Le début fait la part belle à cette tortue marine -magnifiée par les effets de zoom- qui creuse le sable pour y déposer ses œufs et en écho au final voici des bébés tortues olivâtres que la gamine Una caresse avant de les rendre à leur élément liquide ; entre ces deux moments la violence d’une tempête (ouragan, cyclone) aura zébré le ciel d’éclairs tonitruants et saccagé le littoral où des carapaces de tortues sont alignées tels des gisants…

La perte d’un enfant n’est-elle pas comparable à une dévastation, en ses effets ravageurs ? Oui. Or à l’instar du Vivant, de cette nature luxuriante, celle qu’Ina aimait tant - et de ses animaux qui bravent les éléments, le père sait (se convainc ?) qu’une reconstruction est possible. Ina apparaît en noir et blanc nous l’entendrons aussi. Elle s’éclipse. Mais sur ses pas avec la fille cadette le père va perpétuer ses gestes (caresser un iguane ou un papillon faire griller des chamallows), Et de ses gestes protecteurs (gros plan sur les mains qui s’enserrent) de sa participation au mausolée (autel où se côtoient coquillages bougies et photo de la disparue), de ses paroles plus que consolatrices (long plan séquence autour du feu) il fait entrer la fille aimée dans un « autre » cycle de la Vie. (ne pas pleurer parce qu’Ina Marija n’est plus mais être reconnaissant qu’elle ait existé)

Un film documentaire rare qui procède par fragments sensoriels, qui mêle « reconstruction personnelle et essai esthétique » où la beauté plastique épouse  la puissance  du  vivant  toujours recommencé...

 

Colette Lallement-Duchoze

extrait d'une lettre de Sharunas Bartas  sur la genèse du film 

Après des années de tournage au Mexique, le film a radicalement changé par rapport à son concept original. Je crois que c'est compréhensible. Le film avait, après tout, commencé quand ma fille Ina Marija était encore en vie. Alors que le tournage touchait à sa fin – ou plutôt, alors que je finissais quelque chose dont je n'avais plus besoin – soudain, tout a changé. Tout a recommencé – avec ma plus jeune fille Una Marija, nous avons découvert un autre début, la seconde partie de ma vie. Avec l'aide d'Una Marija – et avec le soutien de mes proches – j'ai finalement réussi à faire ce que j'ai toujours fait dans tous mes films. Montrer aux gens mes sentiments en toute honnêteté. J'ai retrouvé mon chemin

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