6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 07:14

De Sergei Loznitsa (Europe 2024)

 

Avec Alexandr Kuznetsov (Kornev) Alexander Filippenko (Stepniak) Anatoli Belly (Vychinski)

 

Festival Cannes 2025 présenté en Compétition officielle 

Prix François-Chalais Cannes 2025

Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées. Cependant, l'une d'entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev. Kornev se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d'agents corrompus de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu'au bureau du procureur-général à Moscou.

Deux procureurs

Inspiré de la nouvelle éponyme de Gueorgui Demidov (interdite de publication pendant 40 ans elle paraîtra en 2009 après sa mort) le film de Sergei Loznitsa met en scène sous forme d’un conte très théâtralisé (aux accents de documentaire) les ravages dévastateurs de l’engrenage d’oppression, qui bafoue le « droit », pratique impunément l’arbitraire Nous sommes en 1937 époque des grandes purges staliniennes. (Comme le rappelle d’emblée un encart) Ce film se passe durant la terreur stalinienne des années 1930, c’est en réalité un film d’aujourd’hui ; hélas ! ce pourrait être mutatis mutandis non seulement l’apanage des régimes totalitaires mais aussi la « pratique » de prétendues démocraties…

La composition circulaire (au plan d’ouverture sur la porte d’une prison répondra en écho le plan final) la mise en scène épurée, figée, le choix du format, la lenteur du rythme, les plans fixes, les décors blafards (hormis l'épisode du train de Moscou à Briansk), l’aspect dédaléen de la prison ou du palais de justice, avec des huis clos en enfilade, (tout comme le défilé des visages de ces êtres inféodés au système-, mutiques et méfiants) tout concourt à rendre palpable un enfermement sans issue, une atmosphère viciée, un univers carcéral, à l’oppression « codifiée » et à la peur diffuse, antichambre d’une mort….annoncée

Alexandr Kuznetsov (que nous avions vu dans Leto (cf /www.cinexpressions.fr/2018/12/leto.html)  va incarner avec brio la seule figure du "droit"  qui, hélas (malgré la circulation de  formules  telles que  procédure régulière ) n’est plus que cendre (à l’instar de ces lettres de prisonniers politiques dénonçant l’arbitraire et qu’un préposé -figure fantomatique venue d’outre-tombe- est chargé de "brûler" ; flammes, effacement de l’histoire… ). Il oppose une candeur imperturbable et sincère à la duplicité, au soupçon généralisé. Opposition qui culmine dans le face à face avec l’autre procureur (acmé du film) visage hermétique, impassible d’un côté du bureau (le procureur général de Moscou Andrei Vychinski) logorrhée et sourire de l’autre côté au moment où Kornev est persuadé que sa requête est acceptée…

Ironie de la tragédie : Kornev n’est pas un opposant ni un traître, s’il n’a pas connu la Révolution, il est fier d’en être l’héritier. Il incarne une génération d’idéalistes, (or ces personnages sont souvent devenus les premières victimes du régime soviétique. Le temps les a impitoyablement balayés constate amèrement le cinéaste)

Un film à voir certes ; malgré certaines complaisances - les gros plans sur le corps torturé du prisonnier Stepniak l’auteur de la doléance écrite avec son sang par exemple- ou la surenchère démonstrative dans une mise en scène d’inspiration kafkaïenne 

 

Colette Lallement-Duchoze

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