18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 04:51

De Kohei Igarashi (Japon 2024)

Avec  Yoshinon Miyata, Hiroki Sano, Nairu Yamamoto  Hoang Nhu Quynh

Festival de Venise 2024

Sano est de retour à lzu, sur le littoral japonais. Il semble absent à lui-même et à ce qui l'entoure, sauf à cette casquette rouge qu'il cherche obstinément. Il est en quête d'un signe, d'une trace, de quelque chose qui pourrait attester d'un événement survenu ici, en réincarner le souvenir.

Super Happy Forever

Par le choix d’une chronologie inversée (d’abord 2023 puis 2018) le cinéaste japonais  Kohei Igarashi (dont nous avions beaucoup apprécié Takara la nuit où j'ai nagé…(https://www.cinexpressions.fr/2018/05/takara-la-nuit-ou-j-ai-nage.html), associe les contraires -fugacité vs éternité, deuil -dû à la perte de l’être aimé- et résurrection du passé- , prône la toute-puissance du souvenir (même partial ou altéré) dans une exploration/célébration du sentiment amoureux dont le fil d’Ariane est  la casquette rouge.  Avez-trouvé une casquette rouge perdue il y a 5 ans demande Sano à l’accueil de l’hôtel; en écho la même question formulée par Nagi 5 ans auparavant, dans ce même hôtel… Une casquette trouvée à même le sol que Sano achète offre à Nagi (2018) qui la perd et que l’on retrouvera dans la 3ème partie avec le cursus de la jeune vietnamienne employée de l’hôtel. Car il y a trois points de vue, trois prismes du temps, trois distorsions dans les interstices mêmes …

Et l’on passera d’une temporalité à une autre avec la fluidité propre au souvenir malgré les ellipses (par exemple un ample panoramique sur l’hôtel entre la réminiscence douloureuse 2023 et la résurrection de la rencontre amoureuse 2018 où Nagi semble trôner dans le hall du même hôtel alors très lumineux…) En 2023 (soit le premier mouvement du film) le protagoniste Sano incarne la Douleur, il déambule hagard à la recherche de…-et les lumières assez ternes de l’hôtel -qui d’ailleurs va fermer définitivement- accompagnent sa souffrance ; chaque détail, interprété comme un lambeau du passé a les vertus d’une effigie, d’un vestige/relique (les cigarettes que Nagi fumait, la chanson beyond the sea qu’elle fredonnait et surtout la casquette qu’elle portait et que Sano voit sur le crâne d'un enfant sur la plage…).Ces mêmes  "objets" de réminiscence se déploient dans l’authenticité d'un réel vécu par Nagi (deuxième mouvement) dans la lumière à peine diffractée qui accompagne la "rencontre amoureuse"  placée sous le signe de l’insouciance (rires éployés,  séquence délicieuse des "nouilles instantanées", pertes d'objets ou de repères (?) alors que Nagi, photographe, offre à la mémoire oublieuse ses clichés... )

Un long plan fixe sur la mer ouvre le film, (nous sommes à Atami au sud de Tokyo) cette mer qui reviendra non seulement en leitmotiv (couleurs mouvements chanson de Trenet) mais aussi comme un appel nimbé de sa dichotomie enfouissement/exhumation (les "traces"  de la valise à roulettes que traîne Nagi sur le sable, vont épouser celles des pas …avant que l’eau ne les recouvre tel un linceul bleu). La mer, les couleurs pastel (bleu et ocre, cf affiche) un paysage intérieur (2018).. La mer image et protagoniste du Temps ? Un autre plan fixe sur les deux personnages filmés assis de dos, contemplant l’infini semble suggérer un indicible partagé (2018) alors qu’en 2023 un indice assez tragique (un homme qui s’effondre terrassé par une crise cardiaque, l’ami de Sano, Myata, infirmier a essayé en vain de le sauver…) ne peut que rappeler la mort tragique de Nagi …(celle-ci restera dans les limbes) allusion à la Covid ??

Super Happy forever  qui, dans le film, est le nom d’une secte, vantée par  Myata, dont les membres se reconnaissent grâce à une chevalière - s’est délestée très vite d’une charge ironique…

 Car au final n’est-ce pas la permanence de l’Amour dans l’impermanence de la finitude qui est exaltée ?

A ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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