De Tim Mielants (2024 film belge-américano-irlansdais)
Avec Cillian Murphy, Clare Dunne, Emily Watson
Titre original Small Things Like These
Présenté à la Berlinale 2024
Irlande, 1985. Modeste entrepreneur dans la vente de charbon, Bill Furlong tâche de maintenir à flot son entreprise, et de subvenir aux besoins de sa famille. Un jour, lors d'une livraison au couvent de la ville, il fait une découverte qui le bouleverse. Ce secret longtemps dissimulé va le confronter à son passé et au silence complice d'une communauté vivant dans la peur.
Un pick up jaune ( la couleur détonne avec l’ambiance charbonneuse ou bleutée de New Ross en cet hiver1985), un intérieur où tel un sas de décompression le lavabo est régulateur de propreté (Bill Furlong s’y frotte rituellement les mains "noir anthracite "…comme pour évacuer d’autres noirceurs…??? alors que se reflétant dans la glace le visage va renouer avec des bribes de son enfance…), une famille nombreuse unie, tel est le quotidien de Bill Furlong (admirablement interprété par Cillian Murphy). En livrant le couvent cet artisan "charbonnier" a vu l’horreur, a entendu les hurlements de cette jeune fille contrainte ; ainsi au cœur même de sa cité, sévit une institution religieuse tenue par une main de fer , la sœur Mary (épatante Emily Watson, qui a d’ailleurs obtenu le prix du meilleur second rôle à la Berlinale) Il a vu, n’a rien dit, il est taraudé par le remords, alors que s’impose à sa mémoire l’image de sa propre mère…..
Un film "étrange" qui a les défauts de ses qualités.
En refusant le questionnement frontal (comme Peter Mullan dans Magdalene sisters ou même Stephen Frears dans Philomena) le cinéaste belge a choisi la retenue, le non-dit - - il a préféré faire sinuer la caméra dans une conscience, qui va rester comme à la marge dans le "silence" -, silence partagé par l’ensemble de la communauté, silence "coupable" -ce dont rend compte le titre français du film - se référant aux Commandements - (et si la toute fin est marquée par un geste de "rédemption" elle laisse ouvert un autre questionnement…)
Or, à la sobriété, au dépouillement (économie de gestes dans la mise en scène) répond le choix (qui hélas devient très vite procédé) du gros plan fixe (sur le visage de Bill, sur ses mains entre autres) ; répond aussi une prédilection pour les vitres embuées ou parcellées d’éclats de neige et les cadrages vont précisément impulser l’émergence d’un passé (flash back à répétition parfois intempestifs voire inutiles, ressassement d’une même passivité à x décennies d’intervalle !!)
En donnant un cachet d’authenticité (tournage sur les lieux mêmes du roman dont il s’est inspiré Ce genre de petites choses de Claire Keegan 2020) (cf plans sur les toits, le clocher, les ruelles), le film peine à se détacher d’images "clichés" --et donc le voyage au bout de soi qui doit correspondre avec une prise de conscience, est entaché dans sa dynamique (on est pris dans un cercle vicieux où le silence provoque la souffrance, où la souffrance cautionne le silence) à cela il conviendrait d’ajouter d’autres "dévergondages " (cf les discours plus ou moins fumeux de la révérende auxquels Bill oppose un mutisme forcené qui n’exclut pas une forme d’approbation…)
et la lenteur calculée du rythme risque de provoquer l'ennui
Oui le spectateur même "absorbé" par le visage magnétique de Cillian Murphy est guetté par le bâillement .....
Colette Lallement-Duchoze
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