De Pedro Almodovar (Espagne)
avec Antonio Banderas (prix d'interprétation Cannes 2019) Penelope Cruz, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia
Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.
Au cinéma de mon enfance, ça sent toujours la pisse, le jasmin et l'été…
A l'instar du titre (où la conjonction et peut signifier complémentarité causalité et/ou opposition) le récit fonctionne sur un jeu de réminiscences, d'allers et retours entre présent et passé mais aussi entre autobiographie et fiction. Un artiste en panne d’inspiration -et ce faisant de création-, victime de troubles physiologiques, de maux réels ou fantasmés (asthme acouphènes douleurs lombaires dysphagie) s’interroge sur la maladie la mort, alors que resurgit son passé proche ou lointain à la faveur d'une sensation, d’une musique, d’une parole, d’une vision - comme dans le processus proustien de la Mémoire. Mais les raccords ici ne sont pas toujours élégants.....certains trop appuyés, d’autres inattendus et aléatoires (faut-il comprendre que l’oeuvre est faite de coutures/sutures -dont l’oeuf de bois serait un élément métaphorique en ce sens qu’il est le support des raccommodages?? œuvre faite aussi d’amalgames savants de couleurs -celles du générique ?)
Oui le cinéma n’a qu’un seul guide : la VIE
On aura reconnu des façons de cadrer ou filmer une scène qui renvoient aux propres oeuvres d'Almodovar de même qu'on retrouve les thématiques chères au cinéaste - chant d'amour dédié à la mère, homosexualité, prégnance de la religion, drogue, vertiges fulgurants et du Désir et de la Création. Car dans Douleur et gloire l'art est bien le médium incontournable : un texte lu en public, un dessin dédicacé et c'est un passé revisité qui s'impose à l'écran et qui dans l’autofiction est déterminant pour une aube nouvelle (rôle salvateur de la création artistique -littérature et dessin- plus puissant que les opiacés!!!) Même si les deux éléments déclencheurs arrivent inopinément….(ou alors serait-ce du hasard objectif??)
Mais que de complaisance dans l'analyse pseudo scientifique des maux qui affligent Salvatore. Sa voix off en fait le catalogue, commente graphismes et graphiques en 3D (c’est vraiment longuet et assez lourd) ; les maux sont visibles uniquement au moment où le personnage les évoque (claudication renvois gastriques) comme s'ils étaient pure illustration et non handicap; le spectateur a droit aux consultations auprès de spécialistes aux images scanner et irm. Que de complaisance aussi dans la préparation de la drogue -même si elle est censée pallier les insuffisances d’un traitement médical? Même si c’est pour insister sur les propriétés addictiogènes. Et que dire de ces plans inutiles dans la mesure où ils disent trop (bavards) ? Etc..
Troisième volet d’une trilogie sur le désir et la fiction cinématographique, dit-on. Si tel est le cas, le second volet " la mauvaise éducation (après la loi du désir) est sans conteste le plus original et le plus convaincant !!! car il est inspiré et inspirant alors que l’autoportrait de Douleur et gloire est assez.... ennuyant !
Colette Lallement-Duchoze
oui ce film est assez décevant car il relate une vie somme toute ordinaire pour un artiste qui l'est moins. Curieusement Almadovar ne met pas au compte de sa biographie ce qui est le plus honorifique pour lui : avoir participé grandement à dévisser la tête de l'esprit franquiste en bousculant les préjugés. La Movida est ce courant, qui grâce à lui, restera dans l'histoire du cinéma et d'Espagne.
Néanmoins, le prix d'interprétation à Cannes pour Antonio Banderas est à mes yeux mérité
Serge 28/05/19
Ce n'est pas le thème traité (un septuagénaire plus ou moins déprimé, l'interrogation sur la naissance du désir ) ni la "belle" leçon (l'art est salvateur, le cinéma n'a qu'un seul guide: la vie) qui m'ont "déçue" (loin de là) mais la façon dont ceux-ci sont "mis en forme" ...
Colette 28/05/19