25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 08:54

d'Eran Kolirin (Israêl 2020) 

avec  Alex Bakri, Juna Suleiman, Salim Daw, Ehab Elias Salami, Khalifa Natour, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Doraid Liddawi, Yara Jarrar.

 

 

Festival de Cannes 2021, sélection officielle, Un Certain Regard. 

Représentant officiel d'Israël pour l'Oscar 2022 du meilleur film international.

Ophir Awards: Meilleur réalisateur et Meilleur scénario; Meilleur rôle principal: Alex Bakri; Meilleure actrice: Juna Suleiman. 

War on Screen Festival: Prix du Jury étudiant.

Festival du Film israélien de Paris: sélection officielle.

 

Sami vit à Jérusalem avec sa femme Mira et leur fils Adam. Ses parents rêvent de le voir revenir auprès d’eux, dans le village arabe où il a grandi. Le mariage de son frère l’oblige à y retourner le temps d’une soirée... Mais pendant la nuit, sans aucune explication, le village est encerclé par l'armée israélienne et Sami ne peut plus repartir. Très vite, le chaos s'installe et les esprits s'échauffent. Coupé du monde extérieur, pris au piège dans une situation absurde, Sami voit tous ses repèr
es vaciller : son couple, sa famille et sa vision du monde.

Et il y eut un matin

 

Librement adapté du roman éponyme du journaliste israélien arabe Sayed Kashua le film d’Eran Kolirin dénonce (avec humour tendresse tragique et humanité) l’absurdité d’une situation qui depuis 2007 (l’année triomphale pour « la visite de la fanfare ») n’a cessé de s’envenimer, (colonisation en Cisjordanie, situation d’apartheid vécue par les Arabes israéliens, abandon de la cause palestinienne par un grand nombre de pays arabes, politiques plus qu’ambigües de nombreux pays dont la France, etc..).

 

Le ton, celui d’une  "fable politique" est donné dès le début (prologue) : les colombes refusent de s’envoler lors de la cérémonie de mariage et le nouvel époux (frère de Sami) refuse le lit conjugal !

Et les conséquences de l’enfermement - coupures de courant, absence de réseau téléphonique, pénurie de vivres iront s’aggravant !

Narratif simpliste de l’occupation et parti pris palestinien ? Osent affirmer certains commentateurs déçus qu’un réalisateur israélien s’engage en prenant parti contre leur idéologie, trop bienpensante à l’égard des politiques israéliennes

Le narratif ? « un état de siège » (métaphore évidente de la vie en territoire occupé) avec une dramatisation interne qu’illustrent le choix de la « lumière » (première partie lumineuse, deuxième à la lueur des bougies et troisième entre chien et loup) ainsi que le «rôle » de ce jeune soldat israélien (gardien hébété et « compréhensible » dans un premier temps, il commettra l’irréparable…). Un état de siège qui tout en asphyxiant, va « révéler » les dissensions internes, celles entre les habitants du village - avec sa mafia locale, l’apathie de certains, la situation irrégulière de certains travailleurs-, et celles à l’intérieur des couples. Une « assignation à résidence » qui contraint Sami à « revoir » ses choix, à repenser sa relation avec les « autres ». C’est que le retour aux sources, et la volonté de s’en extraire constitue une autre dynamique fondée sur le paradoxe, illustrée (certes avec légèreté) par les deux scènes en écho où lui et sa femme dansent seuls se croyant à l’abri des regards mais qui « regardés » vont « changer » de gestuelle ! Les Arabes d’Israël sont les invisibles de notre pays. Ils vivent en démocratie, mais n’ont pas les mêmes droits que les autres, ils se trouvent coincés dans une position intenable et s’en sentent coupables vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie. Leur identité est ainsi mise à mal. Le seul territoire qu’il leur reste est leur maison (Eran Kolirin cf dépliant Afcae « association française des cinémas art & essai »)

Des personnages en « situation de survie » dans un village barricadé ! ils évoluent comme sur une scène de théâtre – où chacun interprétera son monologue sur l’avant-scène, où les duos alterneront avec le groupe -qui, filmé en plan large ou en plongée, rappelle le chœur de la tragédie antique, où des échappées vers un « ailleurs » relèveront de l’utopie ! à moins de croire aux promesses d’une nouvelle aurore  ....«et il y eut un matin »

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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