12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 04:24

de Chad Chenouga (2017)

avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Theo Fernandez

Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer…

De toutes mes forces

Le cas de Nassim est assez singulier : c’est un « dandy » ; il cherche à intégrer le milieu bourgeois qu’il fréquente via ses relations au lycée. Lui, vit dans un petit appartement avec sa mère dépressive qu’il s’efforce de protéger. Une succession assez rapide de saynettes ou de flashes nous introduit ainsi et dans le milieu et dans les pensées du personnage. Au retour d’un week end, il découvre sa mère, inanimée (suicide ?) Enterrement. Fin du prologue

 

Nassim est placé dans un foyer. C’est le début d’un autre  "calvaire".  Ce sont aussi les prémices d’un parcours initiatique. Deux forces écartèlent le personnage : la culpabilité (Nassim écoute régulièrement sur son portable, le dernier message de sa mère, c’était un appel au secours !!) et la ruse mensongère : il invente une prise en charge par un oncle -pour ses amis du lycée- il ment à son référent, à madame Cousin la directrice  (formidable Yolande Moreau), quand il est au centre il snobe -dans un premier temps- les autres jeunes.

 

Écartèlement dont rend compte une construction qui joue sur les prismes les fractures les ruptures de rythme. Un va-et-vient permanent entre deux univers. Une alternance aussi  entre rébellion et accalmie. Et si des mini-séquences se reproduisent à intervalles réguliers (Nassim dans le métro, en salle de classe, dans la cour du lycée ; Nassim au réfectoire, dans sa chambre) elles insistent moins sur une répétition que sur la fragmentation ! Certaines se font écho (convocation chez le proviseur et chez la directrice ; rapports sexuels avec deux jeunes femmes ....dissemblables)

Quand s’opérera la prise de conscience -qui est résolution du dilemme- le portrait en sera-t-il plus lisse ? ..La fin reste ouverte alors qu’on assistait à un lent mais inexorable cheminement vers la mort dont la portée symbolique - trop appuyée d’ailleurs – était dans l’embrasement et la danse des flammèches 

 

 

Khaled Alouach  le  "beau gosse"  incarne Nassim avec justesse et talent. Il est quasiment de tous les plans : qu’il soit isolé, en groupe, en tête à tête. Un visage à la Michel Ange : à un moment Mme Cousin y lira la beauté tragique de la Douleur ! (alors que la plupart du temps il cultivait l’impassibilité)

Une énergie folle et communicative : celle des adolescents du centre; ces cabossés de la vie disent leur foi en la camaraderie, par-delà trips et comportements répréhensibles. Que de joies dérisoires, d’espoirs insensés, de fêlures et de déficiences ! Une volonté de s’affranchir d’un passé consigné dans ces « fameux » dossiers collés à vous tels des " tatouages".  Le cas de Zawady est exemplaire de cet acharnement à  "s’en sortir" : travailler réviser pour réussir ses examens de médecine (en cas d’échec elle sait qu’elle n’aura plus droit à une aide financière!!! Or ......malchance?  injustice? 

 

 

Certes on peut déplorer l’accumulation (dernier tiers du film) des maux et obstacles, traitée d’ailleurs à la manière de clips, tout comme le systématisme trop prononcé dans tous les va-et-vient (d’ordre spatial temporel ou psychologique) mais à aucun moment le film ne verse dans le mélo ni le misérabilisme. L'arrière-plan social et les clivages Paris/banlieue, dominants/dominés, évidents, palpables -avec toutefois une légère tendance à la caricature- parlent d’eux-mêmes et un « discours » sociologique ferait l’effet de surenchère.

 

Amoureux des belles lettres, de la littérature, Nassim consigne dans son carnet des poèmes dédiés à sa mère

ton corps est brisé/je suis une part de toi que tu as emportée/ tu ne peux pas mourir

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS  Chad Chenouga s'est inspiré de sa propre vie pour réaliser cette fiction. Une rencontre en sa présence -et celle de Yolande Moreau entre autres-  est d'ailleurs prévue en ligne (Zoom)  dimanche 17 mai à 21h sur le thème : l’autobiographie au cinéma

 

 

 

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