10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 07:14

documentaire de Raymond Depardon et Claudine Nougaret  (24') 2019

 

Mon Arbre

 

 

Réalisé à l’occasion de l’exposition Nous les Arbres (Fondation Cartier 2019) ce film donne la parole à celles et ceux qui vivent auprès des arbres, les côtoient, les chérissent, les observent, plaident pour eux, les soignent, les admirent ou qui sont aussi un peu fatigués de vivre à leur côté.

Mon arbre

Une " mer" dans les arbres ? Oui c’est la conviction de ce guide de la nature à Lodève moins sensible au prestige du cèdre du Liban qu’amoureux de tous ces arbres « communs » porteurs d’une histoire, d’une mémoire !

Des branches balançoires, une frondaison comme pare-soleil, un siècle de grandeur et de confidence, une valeur marchande (noyer) qui s’amenuise, des feuilles chues qui encombrent un boulodrome au grand dam des joueurs.

Oui ce documentaire illustre la façon d’appréhender le quotidien d’un arbre, dans son interdépendance avec celui de l’homme (social, économique psychologique ou scientifique) En l’absence d’un langage « commun » le documentaire en fait se côtoyer deux jusqu’à leur interpénétration. Comment ?

 

Avant chaque interview voici un plan fixe : l’arbre (platane, arbousier, noyer, cèdre pleureur, magnolia, pin parasol etc..) s’impose dans sa magnificence (isolé, ce tronc séculaire de robustesse) son environnement de verdure (allée de parc) ou de pierre (place de village) une bande son discrète (cloches de l’église, pépiement d’oiseaux, une seule fois une pétarade) . Puis l’écran affiche à la fois le nom de l’arbre et celui du village (Saint Guilhem le Désert, Tharaux) C’est l’été, et nous sommes dans le sud de la France.

Alors apparaît le visage de la personne interviewée (que l’on identifie par son prénom et son nom) filmée en frontal, parfois en plan américain rarement de pied en cap, elle dit sincère, convaincante parce que convaincue, sa relation à l’arbre (son arbre). Elle envahit les 3/4 de l’écran comme occultant « son arbre » Or celui-ci vit dans le discours (de botaniste, d’amoureux, de pragmatique) avant de « réapparaître » à la fin de l’interview.

Ainsi l’arbre écoute respire il peut être confident ami complice ; et si ce paysan lozérien plein de « bon sens » doute de la « sensibilité » de son noyer il lui voue néanmoins un certain respect (« à chacun ses croyances »)

 

Un documentaire-ballade (presque au sens premier de ce terme : poème à forme fixe avec envoi) composé de tableaux tels des strophes-couplets.

Et ce n’est pas pur hasard si le premier (Pin Parasol Montpellier) donne la parole à Francis Hallé (botaniste biologiste et dendrologue) "on a cru pendant très longtemps (cf Platon) que les arbres sont une forme de vie inférieure qu'ils sont insensibles. On sait maintenant qu'ils ont autant de sensibilité que nous, et même qu'ils ont des sensibilités que les humains n'ont pas" 

.Le dernier (Cyprès Saint Philibert)  un long plan fixe, sans commentaire,  semble célébrer le mariage entre l’arbre le réalisateur (?) assis sur un banc le regard perdu vers la baie, dans la fixité du présent réinventé 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Mon arbre

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