6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 12:06

de Martti Helde (Estonie) avec Rea Lest et Reimo Sagor

 

Présenté en compétition au festival A l'Est (Rouen du 3 au 8 mars 2020)

 

sortie  prévue  le 3 juin 2020

Deux personnages, une obsession : empêcher le passé de tout submerger

 

Silence scandinave

Un film c’est l’image et le son avant tout, affirmait Knut Erik Jensen à chacune de ses interviews lors du festival du cinéma nordique. Ces propos valent aussi pour le jeune cinéaste estonien Martti Helde....Et d’ailleurs la vocation du cinéma serait  "moins de raconter des histoires que de donner à voir "

 

 

Si le choix de la mise en scène était radical et novateur dans Crosswind  celui de Silence scandinave -plusieurs versions d’une même réalité- n’est pas inédit certes, mais il n’en est pas moins original dans son traitement (que le titre révèle  partiellement )

 

Dans ce film en noir et blanc ,épuré, beau sans être esthétisant où le drame familial ne sera restitué que par bribes et avec parcimonie, l’essentiel est centré sur les deux personnages du frère et de la sœur et sur les paysages -ceux-ci deviennent  des êtres à part entière tout comme le silence est revendiqué à un moment comme moyen d’expression

 

Une route de forêt enneigée, à la verticalité des arbres dont les branches ont accueilli, bienveillantes, les flocons, fait écho la silhouette d’un homme minuscule qui chemine vers…..Une voiture s’arrête une jeune femme le prend à bord. Cette scène inaugurale sera reprise trois fois (avec des variantes) comme point de départ à trois "versions" du même drame  (deux versions « parlées » :Tom est le premier locuteur puis ce sera Jenna).

Trois "versions" trois découpages de l'espace. Si la caméra est proche des visages dans l'habitacle de la voiture (devenu par métaphore lieu de la conscience et de la mémoire) elle s’en éloigne et donne à voir des immensités d’un blanc quasi virginal (alors que l’esprit est taraudé de noirceurs), des forêts striées de noir (en contrepoint, ou en harmonie avec l’évocation nostalgique que fait la sœur d’un passé heureux, par exemple).

 

Un noir et blanc  au plus près du  "pictural" ou/et du graphisme, avec la majesté du grand angle ou des vues aériennes. Certaines dans leur éblouissement et l’éclosion de motifs floraux pourraient illustrer des désirs, emplir ces interstices où la parole s’est tue, relayée par l'imaginaire (?)

 

Mouvement et immobilité, arrêts et retours (dans l'espace et le temps) confusion des paysages extérieur et intérieur, pudeur du récit (pourtant parfois assez glauque) distanciation dans l’énonciation, réflexion sur la douleur et le sens de la vie,  que scande à la fin des deux premières versions la reprise du thème musical (bande-son) ; un parcours avec des cahots (alors que le tracé de la seule route dans ce  "désert" scandinave , semblait aplani, les deux passagers tressautent - soubresauts d’une mémoire qui exhume le passé ?

 

Oui Silence scandinave est un film dont la magie des images ne peut que séduire..

Un film à ne pas manquer ! (Il aura ses détracteurs comme pour Crosswind...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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commentaires

maria pinto 07/03/2020 01:21

bravo Colette, tu refais le film, c'est ça le regard... même si je ne suis pas tout à fait d'accord. La répétition du même est pénible. On s'ennuie dans ces silences sans corps.

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