11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 10:21

Documentaire réalisé par Patricio Guzmàn  (Chili)

 

Personnes interviewées:  Francisco Gazitua, Vicente Gajardu (sculpteurs)  Pablo Salas (scénariste documentariste) , Jorge Baradit (écrivain),  Javiera Parra (chanteuse) 

 Œil d'or du meilleur documentaire au dernier Festival de Cannes

 

Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans mon pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour Nostalgie de la lumière et au sud pour Le bouton de nacre, j’ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l'histoire passée et récente du Chili.

La Cordillère des songes

Des plans aériens, des panoramiques sur les montagnes à la beauté somptueuse et redoutable à la fois ; des crêtes enneigées, des concrétions de nuages les couvrant de leur voile et la voix off du réalisateur exilé en France depuis plus de 40 ans : dès le début de ce troisième volet d’une trilogie -commencée avec Nostalgie de la lumière poursuivie avec Le bouton de nacre - Guzmàn se propose de sonder l’âme d’un pays, l’âme d’un peuple en interrogeant sa mémoire, à partir de cette matière organique. La clé de ce pays est dans ce corridor entre océan et montagne et je voudrais savoir pourquoi le Chilien est aussi différent des autres Latino-Américains, si c'est en raison de ce corridor. Guzmàn convoquera artistes scientifiques historiens mais aussi des souvenirs personnels

 

La Cordillère. Le peuple ne la connaît pas. Santiago, la capitale, lui tourne le dos. Seules des reproductions -cette grande fresque qui tapisse le mur d’un couloir de métro- ou ce graphisme sur des boîtes d’allumettes lui donnent  un semblant d’existence. Et pourtant elle couvre 80 % du pays et par son gigantisme n’est-elle pas la métaphore d’un mur qui isolerait le Chili du reste du monde ?

 

Les images sur cette muraille avec ses strates, ses pics, ses abîmes, ses anfractuosités et ses replis en font un personnage à part entière. N’est-ce pas de ses roches fracturées que les sculpteurs font des œuvres d’art ? n’est-ce pas de ces mêmes roches que les rues de Santiago sont pavées ? (sur certains pavés sont gravés les noms des victimes de la dictature de Pinochet...que la caméra va isoler en très gros plan) .

Dans ses fissures -qui illustreraient celles de l’histoire du pays- cette Cordillère cache des "secrets". On retiendra l’épisode de ce train fantôme roulant de nuit -de préférence- et transportant sa cargaison de cuivre...vers le port. Le cuivre, la richesse du pays !!!

Or le Chili -sous la dictature- a servi de cobaye aux économistes formés à l’école de Chicago...Et la globalisation néo-libérale n’aura fait qu’accentuer les inégalités devenues abyssales. Ce que dénonce avec fougue Pablo Salas. Cet alter ego de Guzmàn qui est resté au pays où il n’a cessé de filmer les soubresauts le chaos, et  toutes les manifestations depuis 1982.. Son constat est sans appel:  le Chili a bel et bien été volé et par la junte, par les défenseurs de la dictature (ils sont dans le déni permanent ou persuadés qu’ils ont œuvré pour le bien... ) et par les multinationales...

Émus nous pénétrons dans son antre où sont archivés tous ses films : antre habitacle d’une mémoire politique et sociale jusque-là préservée !!

 

Que reste-t-il de l’enfance de Guzmàn hormis la façade de cette maison qui l’a vu naître, mais c'est une coquille vide …Elle apparaît deux fois dans son documentaire, comme un îlot cabossé et fracassé par l'Histoire !

 

Son vœu : retrouver le Chili de son enfance; la récente actualité ne serait-elle pas en train de l'exaucer???? 

Sur un panneau brandi par des manifestants on peut lire nous sommes le cauchemar de ceux qui volent nos rêves Ce n’est pas 1973 c’est 2019  et malgré l’état d’urgence, malgré la féroce répression policière les manifestants ne baissent pas les bras !

La Cordillère aura-t-elle entendu leur appel? 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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