22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 06:44

de Gustav Möller  Danemark

avec Jakob Cedergren Laura Bro J Ulrik Lohmann

 voix de  Jessica Dinnage Johan Olsen, Omar Shargawi

Prix de la Critique au festival du Film Policier de Beaune 2018

 

Argument: 

Une femme victime d’un enlèvement appelle le 112. La ligne est coupée. Le policier qui a reçu l’appel n’a que son intuition son imagination et son téléphone pour la retrouver

The Guilty

Le 112 c'est le n° d'urgence de la police au Danemark. Asger est à l'écoute, il doit localiser les appels -des infos livrées avec parcimonie nous apprendront qu'il occupe ce poste de façon provisoire et qu'il est tendu dans l'attente d'un procès-  "Où êtes-vous? Qu'est-ce qui ne va pas? Vol d'un PC, chute de vélo; des gens saouls des drogués  "On vous envoie quelqu'un" ...La routine ! 

Mais un appel l'intrigue: celui d'une femme désespérée, kidnappée enfermée dans une voiture "Quel véhicule"? Blanc "Quelle direction" "sais pas" qui est le kidnappeur? Appel coupé . Cette inconnue, il faut la sauver

 

Tout le film (un huis clos) repose sur les échanges téléphoniques entre Asger et les protagonistes :  la femme Iben, son mari Michael, sa fille Mathilde et tous les "collègues" du centre d'urgence. Conscient du danger qu'encourt la "victime" le policier veut faire avancer au plus vite "l'enquête" quitte à outrepasser ses prérogatives. Entraîné dans ses choix, le spectateur va lui aussi construire son propre film -hors champ- à partir des paroles, des timbres de voix, des pleurs, des bruits (remarquable travail sur la bande-son). The Guilty mise ainsi sur la capacité d'écoute du public et la puissance de son imagination

 

Par un effet spéculaire le huis clos de la pièce devient l'univers mental d'Asger et partant, celui du spectateur. Et quand "l'intrigue" bascule, quand Asger comprend qu'il a été piégé et qu'il fulmine de rage,  le spectateur lui aussi  est contraint de "changer de point de vue" . Le scénario ne reposant que sur la suggestion, le film invite ainsi à s'interroger sur la "représentation" , sur les "projections de l'esprit" à partir de commentaires entendus et conséquemment sur toute  la "machinerie" inhérente à la création cinématographique. De plus à travers la "confession" d'Asger -et le titre est à cet égard éloquent- le film interroge les concepts du bien et du mal.

 

Le cinéaste dont c'est le premier film, maîtrise un dispositif narratif minimaliste (un acteur, un décor fait de bureaux avec des postes téléphoniques et des ordinateurs, une voix) par le jeu des gros plans ou des plans rapprochés, le sens du cadrage, la répartition des lumières. Puisque la caméra  rivée sur le personnage d'Asger (qu'interprète avec brio l'acteur Jakob Cedergen) ne peut rendre compte de l'emballement, des soubresauts de "l'intrigue" , c'est le dispositif sonore et son pouvoir évocateur qui pallient ce "manque" et c'est assurément une réussite 

 

 

Un film à ne pas rater.

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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