1 novembre 2026 7 01 /11 /novembre /2026 08:10

De Nicolangelo Gelormini (Italie 2025)

 

avec Valeria Golino(Gioia) Jasmine Trinca,(Carla la mère d’Alessio) Saul Nanni (Alessio) Francesco Corella (Cosimo)

À cinquante ans, Gioia vit encore chez ses parents, sous la coupe d'une mère autoritaire. Elle consacre sa vie à l'enseignement de la littérature française. Alessio, un nouvel élève de son lycée, suit une scolarité chaotique. Gioia va alors lui proposer des cours particuliers. Quand ces deux solitudes se rencontrent, un poison silencieux se distille…

La Tentazione

Voici une enseignante Gioia Montefiori, quinqua naïve engoncée dans ses vêtements d’un autre âge comme dans une éducation sclérosée, Son quotidien ? elle le partage entre le lycée ses parents et ses lapins. Elle s’éprend d’un lycéen Alessio beau comme un dieu ou comme une tentation. Un ado ballotté entre une mère irresponsable un beau-père presque mafieux qui le contraint à des relations sexuelles tarifées. La première découvre un autre univers fait d’amour de désirs de rêves de fantaisie grâce au second aux allures pasoliniennes, (on pense à Théorème…) Une dynamique interne qui exploite aussi l’hypocrisie et le cynisme de la classe bourgeoise turinoise, tout en gardant "intactes"  la prédation l’emprise -soit le cœur même du dispositif initial ? Certes et pourtant…..

Adapté d’une pièce de théâtre, elle-même inspirée par un "fait réel" (l’affaire Gloria Rosboch qui avait "secoué" l'Italie) le film de Nocolangelo Gelormini en jouant précisément sur la frontière (poreuse ?) entre fiction et réel, est trop "boursouflé" et va s'étirer inutilement. A cela s’ajoutent des scènes grand-guignolesques mais  délestées de leur portée burlesque

La première séquence oriente le film vers la comédie légère (sur le toit Gioia répare en la déplaçant légèrement l’antenne de TV afin que la famille réunie -père muet victime d’Alzheimer mère castratrice et enfant/ vieille fille crédule obéissante-  puisse regarder le match de foot et célébrer les exploits de la Juventus. Et en montage presque parallèle voici quelques instantanés qui mettent en évidence  le "mal être"  de l’adolescent, au lycée et en famille. La prestation de l’actrice Valeria Golino (méconnaissable) force l’admiration (dans ce rôle de composition où le battement de paupière, l'ajustement de lunettes, le trottinement doivent dégager pudeur désir refoulé puis lâcher prise. Or l’opposition fort contrastée entre deux univers, entre les faux semblants -laideronne vs éphèbe, puritanisme vs escroquerie, pureté vs prédation maléfique, etc… vire trop souvent à la caricature à la complaisance. Les quelques trouvailles dans une mise en scène assez classique (certains plans conçus comme des vignettes de BD , les claquements de portes qui s’ouvrent et de ferment  avec fracas au moment même où la prof fait sauter tous les verrous intérieurs), la puissance de la musique (vertigineuse parfois)  le rythme haletant (censé épouser les mouvances et les errements de l’éphèbe) les scènes empreintes d’humour (parfois corrosif) ne suffisent pas à entraîner l’adhésion quand bien même tout cela est censé illustrer les différentes formes de " tentation"  et  la progression vers …l’inéluctable( ?

Un film vénéneux ? Peut-être -mais qui ne saurait mettre mal à l’aise (hormis peut-être sa fin tragique et le récitatif qui l’accompagne); en outre Alessio n’est pas présenté comme un psychopathe (le cinéaste cultive l'ambiguïté propre à  cet  ado déboussolé par son entourage et son éducation)

La Tentazione, ou une "Education sentimentale renversée" "inversée?? Citer Flaubert, vivre par procuration avec ses écrits, n’autorise pas pour autant la comparaison avec le roman (cf l’incipit  "ce fut comme une apparition" et l’explicit "c’est ce que nous avons eu de meilleur"…renvoi à l’épisode du bordel… non concrétisé !) 

On retiendra la thématique de "l'ajustement" (déclinée en ses sens propre et figuré) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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