12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 07:35

d'Andreï Petrovitch Zviaguintsev  (France Allemagne Lettonie 2025)

 

Avec Iris Lebedeva (Galina) Dmitri Mazourov (Gleb) Vladimir Friedmann (le maire) Boris Kudrin

Musique Evgueni Galperine et Sacha Galperine

Festival de Cannes 2026 Grand prix

 Choisi par la commission le 16 septembre 2026 pour représenter la France aux Oscars 2027 du meilleur film international  

 

Vu en avant-première dimanche 11 octobre

sortie salles 14 octobre 

 

Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Minotaure

Cinéaste russe (exilé en France) choyé par la critique occidentale (il mêle étroitement politique -notamment son opposition à Poutine- et son esthétique hautement cinématographique- dont les plans séquences les cadrages savants une caméra chirurgicale et ses choix musicaux) Andreï Zviaguintsev fait son retour avec Minotaure (en compétition au festival de Cannes 2026 le film a reçu le Grand prix ). Après un coma dû au covid long, après faute d’amour le cinéaste désirait « adapter » la femme infidèle de Chabrol en le « transposer » dans l’histoire contemporaine. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la mobilisation et l’exode massif vont nourrir le scénario de son film tourné en Lettonie (où les bâtisses rappellent celles de la Russie).

Les slogans (propagande et enrôlement) qui s’affichent à intervalles réguliers, les contrastes entre les habitats (clivages sociaux), les longues discussions (premier tiers) les jeux de miroirs et reflets, -et parfois des brisures-fissures comme autant de fêlures, le système patriarcal et ses cloisonnements, son emprise, les violences verbales et physiques, les non-dits ou tout au contraire le trop explicatif (signatures et tampons qui cautionnent l’innommable) le meurtre froidement pensé et exécuté (dans les moindres détails glaçants) la timidité apparente des sous fifres - complicité et crainte des représailles- oui tout cela va servir à illustrer  un double effondrement (celui d’un couple et celui d’un pays) double effondrement qui est bien au cœur de ce film choisi pour les Oscars 2027 même si ce n’est pas le plus percutant (nous lui avons préféré Le retour Helena ou Léviathan…)

Minotaure ? On connaît la légende. Fruit de l’accouplement monstrueux entre un taureau et Pasiphaé épouse de Minos, caché dans un palais/labyrinthe construit par le talentueux Dédale,  « monstre » à qui on donnait en pâture des jeunes garçons et jeunes filles, avant d’être terrassé par Thésée (fils d’Egée)  grâce au fil d’Ariane. Or tout cela -dans le mythe- est dû à la colère de Poséidon-(qui pour se venger de la trahison de Minos, insuffle à son épouse une passion contre nature pour le taureau blanc, Pasiphaé qui grâce à la duplicité de Dédale qui a fabriqué une génisse de bois a pu se cacher... )  … Poutine, Minotaure des temps modernes ? (cf la séquence où de très jeunes Russes -"chair à canon" -en partance pour le front sont arrachés aux étreintes d’adieux de leurs proches, ) et la Russie Poséidon ? Gleb le chef d'entreprise, et l’exécutant de basses besognes ? Gleb avatar du Minotaure qui se nourrit de corruption, de mensonges, Gleb un mari qui tue froidement, maquille le meurtre ? lui qui impose ‘(en pâture à la sainte Russie de Poutine ) des employés pour la conscription militaire ? Quoi qu’il en soit, Russie Poutine et Gleb sont enfermés tous trois dans "le labyrinthe de leurs contradictions."  et le battement de tambour qui traverse le film ne serait-il pas similaire à un métronome sacrificiel reliant mythe et violence de l’Etat (Etat qui dépasse les frontières de l’ex Russie)

Qui  sera Thésée ?

Le dernier plan -nuages noirs qui envahissent l’écran, nuages captés par le fils de Gleb et Galina -apparemment réconciliés –(dans la conclusion étrangement "apaisée" d’un Mal, momentanément déplacé en exil en Crête?) nuages captés à partir du hublot de l’avion qui entame sa descente sur Héraklion- nuages ligne de démarcation ou écran? Ces nuages noirs, alimenteront immanquablement les gloses à venir,- à cause précisément de l’au-dessus et de l’en-dessous, de l’avers et de l’envers, d’une préscience du futur ???

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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