15 octobre 2026 4 15 /10 /octobre /2026 05:33

Documentaire réalisé par  Nicolas Wadimoff (2025 coproduction Suisse Palestine France)

 

avec dans leur propre rôle Adel Al Taweel, Haneen Harara, Eman Shannan, Mahmoud Jouda, Ghada Al Masri, Jawdat Khoudary, Hana Al Aiwa, Feras Elshrafi, Malak Khadra

Présenté en avant-première mondiale le 3 septembre 2025 dans la section des Giornate degli autori de la 82e Mostra de Venise

Choisi pour représenter la Suisse dans la catégorie du meilleur film international lors de la 99° cérémonie des Oscars (en 2027)

Présenté en avant-première dans le cadre du 7ème festival de cinéma palestinien à l’Omnia le 3 octobre

quelques traits blancs sur le sol: 9 exilés gazaouis dessinent les contours de leur maison et de la vie d'avant. Pas une image de dévastation. Leur seule parole porte l'espoir d'un retour à Gaza et à la vie

Qui vit encore

Alors que le "discours" sur Gaza et ses habitants s’inscrivait dans un narratif israélien qui invisibilisait les victimes ou les déshumanisait (avec un cynisme éhonté certains ministres du gouvernement Netanyahou en étaient venus à nier leur existence ou à les ravaler au rang de bêtes) narratif que s’empressaient de "reproduire" nos médias mainstream (prompts en revanche à donner la parole aux survivants israéliens du 7 octobre en les individualisant)  alors que  l’armée israélienne s’est empressée de tuer « sciemment » des journalistes palestiniens et que la presse internationale est toujours interdite d’accès, on ne peut que saluer et admirer le travail du cinéaste suisse Nicolas Wadimoff (rappelez-vous L'Apollon de Gaza  J Ziegler l'optimisme de la volonté ) Il donne la parole à des Gazaouis ayant "réussi" à quitter Gaza en mai 2024 avant la fermeture du poste frontière de .Rafah  La Suisse ayant refusé leur entrée sur le territoire, le tournage de Qui vit encore a finalement eu lieu  en Afrique du Sud, "rare pays à accepter les Palestiniens sans visa" .(ce qui est rappelé  dès le début du film ) Avec l’aide d’un des participants (l’artiste Adel Al Taweel) il crée un "espace" dépouillé fait de traits à la craie sur le sol, blanc sur noir,(quand défile le générique d’ouverture on assiste à ce tracé)

Dans ce studio en Afrique du sud où domine le noir, nous les voyons d’abord tous debout- autour d’une table. Chacun est invité à dessiner  avec un marqueur qui son jardin qui son immeuble et ses étages qui sa chambre qui son quartier qui son bureau …  et voici reconstituée une topographie, paradoxalement concrète qu’accompagne la parole celle qui "raconte" un quotidien, hélas à jamais anéanti. Puis    voici la bande de Gaza dessinée à même le sol,,  une "carte"  avec 9 carrés (comma autant de « cases ») du nord au sud de l’est à l’ouest, et la "présence" de la mer que délimite une ligne continue. Chacun va "prendre possession" de "son espace de vie " (un participant y accède les yeux fermés tant la lumière de la connaissance/connivence perdure dans l’obscur? ) Espace/temps formel qui sera l’écrin du verbe d’une parole qui libère un vécu des plus atroces…Alors que les protagonistes font corps avec leur  "case"  la récurrence d’un plan en plongée scande le « mouvement tempo » tel un métronome -. Et dans un troisième temps voici les témoignages de ces rescapés de l’enfer. Un visage apparait en gros plan puis s’affiche l’identité du locuteur (ii sera filmé en plan très serré) Son témoignage peut être interrompu par les larmes du souvenir douloureux et/ou par l’étranglement de la voix. Le musicien s'accompagne de son qanun; un extrait de vidéo (portrait d’un enfant souriant avant la tragédie alignement de corps revêtus de blanc suaire) et c'est la puissance mémorielle qui est convoquée, l'insoutenable de la mort …en filigrane  les liens forts de la famille  de la transmission des  valeurs.  Flux de ce qui a été anéanti détruit (au public d’imaginer cette extermination programmée, ce génocide,  qui a perduré et qui perdure). Détails douleurs atrocités bombardements à répétition destruction des services  de santé, des lieux d'une culture millénaire,  exil forcé morts gravats décombres paroles des aimés (voix chères qui se sont tues) voilà ce qu'ont vécu dans leur chair leur corps leur âme ces neuf "survivants exilés"  

Ces neuf Palestiniennes et Palestiniens— médecin, architecte, musicien, dessinatrice travaillant dans le cinéma d’animation, journaliste, mère au foyer, influenceuse, écrivain, entrepreneur — en quittant  leur maison, leur quartier, leur travail, leurs familles, leurs amis, leur vie, leurs morts. SAVENT qu’ils ont laissé derrière eux une partie d’eux-mêmes.

Que valent les empreintes de ce qui fut ? 

Ô flux mémoriel de la Douleur !

L'espoir d'un retour? (cf l'affirmative incluse dans le titre)

Un documentaire bouleversant  à ne pas rater (sous aucun prétexte)

 

Colette Lallement-Duchoze

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