13 octobre 2026 2 13 /10 /octobre /2026 10:34

d’Alejandro González Iñárritu (US G-B Mexique 2025)

Avec Tom Cruise, John Goodman, Riz Ahmed, Sandra Hüller, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons

Musique Cosmo Sheldrake

L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.

Digger

Nous voici tout d’abord dans  l’intimité de Digger (interprété par un Tom Cruise méconnaissable vieillissant et ridicule dans son accoutrement)  il prodigue mots d’amour et caresses à Maggie sa chatte de 38 ans Ce magnat du pétrole feint de solliciter l’avis de ses collaborateurs, mais n’en fait qu’à sa guise jusqu’au jour où il apprend que ses forages ont décroché un glacier au Groenland  dont la dérive vers l’Europe risque d'anéantir les humains .. Responsable d’avoir trop tété le lait maternel de la terre ? il se doit de démontrer qu’il est le  "sauveur du monde"  CQFD

Pour dénoncer les  "dérives"  des irresponsables, qui nous gouvernent  Iñárritu refuse les facilités du film catastrophe (tout en s’en  inspirant) il lui préfère les enchâssements et les mises en abyme, la création et ses fonctions cathartiques, le contraste entre la réalité et sa représentation fictionnelle, (image) entre le réel et les mots qui vont l’appréhender (discours sirupeux auphémisants) Tom Cruise interprète précisément cette dualité   ( avec le "panache" outrecuidant qui sied) il est   Digger Rockwell magnat du pétrole aux allures "trumpiennes" , et Curtis l’acteur  (lequel dans sa vie est torturé par l’attente de sa fille…)  

Le film est encadré par un plan où des bulles sous-marines font miroiter un ciel étoilé. Alors qu’au tout début ce plan est suivi par un autre en trompe l’œil qui va s’étrécir aux dimensions d’un lever de rideau, au final (donc après le "spectacle") le rideau tombe et le public  …(mais ne pas spoiler)

 Film dans le film, pièce de théâtre dans le "théâtre" (terme décliné dans ses nombreuses acceptions et connotations) comédie (absurde ?) avec une surenchère de faux semblants, de contre plongées, avec des allers et retours entre le devant de la scène et les coulisses , entre abysses et air qui était... libre, une comédie pamphlétaire qui brouille (délibérément) les repères spatio-temporels (scène, gradins, catastrophes réelles et à venir)

Le cinéaste cherche-t-il à entraîner le spectateur (de sa fiction fossil fools)  tout autant que les regardeurs de la fiction "Digger", dans le gouffre, les apnées, les abysses, les rebondissements -alors que la prise de conscience ne serait plus la bienvenue quand le pire est déjà advenu… ????. et Cosmo Sheldrake qui signe la musique a su créer une atmosphère à la fois onirique et anxiogène  

Ambitieux "projet" , aura-t-il convaincu ?

L’humour ravageur omniprésent (cf le cancer colorectal du président)  l’auto dérision, le rythme virevoltant, les couleurs délibérément comme aquarellées (dont le bleu cendré)  contrastant avec la magnificence des décors et la munificence affichée du protagoniste, l’opposition entre la compacité d’une foule hystérisée et la solitude orgueilleuse du protagoniste , tout cela ne tempère-t-il pas le message assez "déprimant" ? (cf le tout dernier plan, cf aussi la thématique de l’auto destruction) Tout comme avoir fait jouer un acteur archi connu,  à contre-emploi (mais qui sera toujours au CENTRE du cadre … comme Digger est au centre du monde)…

Un film boursouflé et indigeste pour certains, passionnant et jubilatoire pour d’autres

Je vous laisse juge…

 

Colette Lallement-Duchoze


 

 [CL1]

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