De Charlotte Dauphin (2025)
avec elle-même (Marthe) Pascal Greggory (Docteur Rozère) Marisa Berenson (la grand-mère) Aurélia Petit (la tante) Violaine Gilibert (la cousine) Robert Pires (le cousin) Anouk Grinberg (Hanah) Andy MacDowell (Lady Rain)
Musique Michel-Ange Merino
Trente ans après la mort mystérieuse de sa mère, Marthe revient dans le sud de la France pour faire éclater la vérité. Mais plus elle s'approche de son passé, plus le réel semble lui échapper
Melpomène ! dans la mythologie grecque elle est la Muse de la tragédie, la "gardienne des récits où le destin et la douleur façonnent les existences" La cinéaste -pour sa mythologie personnelle- va convoquer les fantômes du passé en les faisant cohabiter avec nos fantômes intérieurs
Costumée en chasseresse amazone, Marthe participe à une chasse à courre vise et tue l’animal traqué – après un plan fixe sur le regard de la bête (si doux dans son imploration?) ; c’est le prologue; -cauchemar/réalité- il va encoder le film.
Professeur d’arts cette jeune femme (interprétée par la cinéaste) dispense un cours sur la représentation de la Mélancolie. C’est la première séquence. Ellipse Les Roches Rouges. Repos "reconstruction" après le trauma -suggéré- d’un cancer du sein et simultanément enquête sur les "circonstances réelles" de la mort de sa mère -30 ans auparavant Comme tu lui ressembles refrain mantra plein de sous-entendus entonné par tous les membres de la famille; Et si sa propre maladie était héréditaire ? (
Bienvenue à Melpomène formule de politesse du patron de la clinique de psychiatrie ( Pascal Gregory à la redoutable sobriété). Avec ses modules ses bassins suspendus ses terrasses son eau qui serpente ou descend en cascades jusqu’à la Méditerranée, le "Palais Bulles" (manifeste architectural d’Antti Levag) transformé pour la circonstance en clinique, Charlotte Dauphin le transforme en paysage mental- celui de l’enfermement avec ses pièges ( une prison dorée), celui du labyrinthe de notre conscience ? Le thriller apparent (enquête) se double d’une exploration de la maladie -détectée analysée et soignée par les hommes exerçant leur "emprise" de "sachants" sur les patientes (votre mère avait des "intuitions" elle confondait "cauchemars et réel," il valait mieux la garder" affirme avec aplomb le spécialiste). Marthe elle-même, angoissée est sommée de prendre des "anxiolytiques"
La caméra exploite ce fleuron d’architecture ainsi que le paysage alentour (végétation, roches volcaniques, criques mer) avec une habileté telle que le cadre va devenir le seuil entre visible et invisible et que chaque plan est conçu comme un tableau. Marthe évolue dans ce nouveau "territoire" qui entremêle mythe mémoire et maladie. La partition de Michel-Ange Merino met en relief son "vertige sensoriel" et la dialectique déconstruction reconstruction!
Un film à la beauté sidérante, un film à la construction magistrale (scènes en écho, théâtralisation avec les -choreutes et le coryphée, progression de la narration, et cheminement intérieur ) Un film où les silences et les regards ont la puissance suggestive de la parole
Un film contemplatif certes, mais qui interroge l’insoutenable solitude des femmes dans leur "reconstruction" suite à un trauma ainsi que l'emprise exercée par les hommes/ psychiatres A la fin, la lettre lue en voix off -celle écrite par la mère 30 ans auparavant destinée à ses parents, lettre précieusement conservée par Miss Rain, sculptrice, (le rouge de sa robe rouge contraste avec le noir de la meute des "chasseurs/ poursuivants" -réelle ou fantasmée,? la lettre donc en révélera l’insidieux pouvoir mortifère ;(on pense à 4,48 psychose de Sarah Kane.. )
Un film à ne pas bouder (le reproche ’d’esthétisation n’est qu’un prétexte fallacieux qui ne saurait résister à une analyse critique …)
Un film à ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
NB une seule séance par jour : vendredi 1830 salle 4, puis en salle 8 samedi 16h15 dimanche 18h lundi 13h45 et mardi 20h15)
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