De Hong Sang-soo (Corée 2026)
avec Song Seon-mi, Cho Yun-hee, Park Mi-so
Présenté à la Berlinale 2026 Section Panorama
Suite à son récent divorce, une grande actrice coréenne retourne sur le devant de la scène douze ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient successivement avec trois jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation...
Le dispositif choisi est encore plus resserré minimaliste que celui auquel le cinéaste nous avait habitué ‘(depuis Un jour avec un jour sans ) .Un noir et blanc somptueux (et l’épithète n’est pas galvaudée) une salle de restaurant (brasserie tenue par des Allemands) une table, deux tasses puis deux verres de bière ; une actrice (Bae Jeong su, interprétée par Seon-mi Song) nterrogée successivement par 3 jeunes journalistes (caméra fixe et 1 plan séquence) ; celles-ci sont censées évoquer le film, mais bien vite elles bifurquent, posant des questions qui relèvent de l’intime, questions auxquelles l’actrice répond sans fard (divorce alcool éducation amour maternel) Parfois elle prend le relai, "interroge" : cette inversion des rôles permet au cinéaste d’évaluer l’impact de son "œuvre" sur le public (je n’ai pas bien compris le message dira la troisième journaliste ; la dernière séquence m’a bouleversée tant je me suis "identifiée" au personnage, avoue la première). Ses questions peuvent relever elles aussi de l’intime (relations amoureuses récentes et déjà entachées de …vétilles)
A cela s’ajoutent des "bruits venus de la cuisine", les rideaux que l’on va fermer (un extérieur surexposé entraverait la vision déjà altérée de l’actrice, et l’on pense inévitablement au "flou" de In water). Vers la fin de chaque échange on entend la voix du réalisateur (hors champ) qui impose le temps de parole ; réalisateur qui n’hésite pas à "draguer" les journalistes .. (les personnages masculins souvent faillibles alcoolos et coureurs de jupons n’ont pas déserté l’univers de Hong Sang-soo )
Le passage d’une rencontre à l’autre est assuré de façon originale : intervalle musical et simultanément, déplacement du "lieu" (cf l'affiche, le jardin se substitue au huis clos de la salle de restaurant); position très sculpturale de l’actrice, qui debout ou assise, silencieuse, savoure une cigarette libératrice
Ces redites sont en fait des "variations", des "combinatoires" (si la thématique est identique d’une rencontre à l’autre sa formulation et son inscription dans le "déroulé" sont différent.es,) . Quant à l’injonction "aimez-vous" proférée avec la puissance d’un credo, injonction en réponse à la question "Quels conseils préconisez-vous pour nous les jeunes") elle joue à chaque fois le rôle de coda. Mais surtout le cinéaste se plaît à changer "‘l'angle de vue" -filmer de dos, de profil avec de légers zooms avant (à peine perceptibles)
Le film est structuré en 5 actes (dont 3 interviews) le 4ème le plus court- fait intervenir une "maîtresse d’art dramatique" (l'actrice de cinéma suit aussi des cours de théâtre) et sert de prélude au cinquième , "reprise" de l’interview n° 1 Or les deux femmes attentives aux directives de la maîtresse d’art dramatique, hors champ, vont "répéter" un texte écrit, transposition de ce qui était oral et spontané. Passage du réel à sa représentation ? Peut-être avec ce "plus" qui "transforme" le propos initial (le champ lexical trop expressif (effet de la bière ingurgitée ?) sera édulcoré (clin d'œil ironique au rôle de la critique ?) -Annonciateur du triomphe final de l’amour maternel sur celui de la boisson ???
Jubilatoire pour les uns, ennuyeux pour d’autres Hang Sang-soo a ses amoureux inconditionnels et ses détracteurs. La répétition de schémas narratifs semblables ou similaires (d’un film à l’autre, et d’une séquence à l’autre dans le même film ) pourra toujours servir d’arguments aux contempteurs …En revanche les questionnements sur ce qui fait "un bon film" sur l’artificialité du film/ divertissement, sur le réel et sa représentation, sur la façon de "construire" une image de soi (et même l'apport autobiographique) ne sont-ils pas les réponses aux questions que se posent les "journalistes critiques" face au silence de celui qui évite les interviews…
Cela étant, on aura assisté (une fois de plus) au glissement de l’anodin vers des interrogations plus existentielles ...et l'on retiendra ces deux injonctions/préceptes
Apprendre à voir les choses telles qu’elles sont Aimez-vous
Colette Lallement-Duchoze
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