19 octobre 2026 1 19 /10 /octobre /2026 05:41

De Marine Atlan (2026)

 

avec  Colas Quignard (Toni) Suzanne Gerin (Suzanne) Mitia Capellier-Audat (James) Antonia Buresi (Madame Mercier)

Festival de Cannes 2026 : Grand prix de la Semaine de la critique

Festival du cinéma américain de Deauville 2026 : Prix d'Ornano-Valenti

Festival international du film Nouveaux Horizons 2026 : Prix du public

Vu en avant-première en présence de la réalisatrice dimanche 18  octobre 

sortie le 21

Des jeunes lycéens en classe de terminale partent en voyage scolaire à Naples avec leurs professeurs. Au cours de ce périple, ils découvrent Pompéi, ses fresques et ses corps pétrifiés par l'éruption du Vésuve. C'est l'année du bac et ils attendent ce que l'oracle Parcoursup va leur annoncer pour leur avenir. À l'orée d'une nouvelle vie qui s'ouvre à eux, ces jeunes gens sont aussi à l'âge des amitiés indéfectibles, des doutes, des questions, des premiers émois sexuels et amoureux…

La Gradiva

Laissez l’expérience et vos émotions s’exprimer, observez les corps les visages les mouvements les couleurs.(Mme Mercier à ses élèves)

 

Marine Atlan (cheffe opératrice de l’Engloutie entre autres) signe avec La Gradiva son premier long métrage. Le propos?  Faire entrer en collusion , en collision aussi la fougue d’une jeunesse contemporaine -lors d’un voyage scolaire organisé en 2025- avec la beauté "immuable " de Naples, avec les tragédies du passé (dont l’éruption du Vésuve en l’an 79) avec les vestiges de la Douleur (dont les corps pétrifiés) mais aussi avec une certaine  contemporanéité (le bord de mer, les ruelles grouillantes, les fêtes religieuses) Elle mêle habilement cinéma vérité (cf les résultats de Parcoursup vers la fin du séjour qui scelleront définitivement le futur de ces élèves de Terminale!!)    et une approche plus sensorielle, qu’elle transforme bien vite  en une "odyssée existentielle" (fatum -déterminisme social, besoin de reconnaissance et désirs, appels de la chair illustrés entre autres (dans) par "le rêve de Suzanne") Le titre ? Si pour certains la référence a la clarté de l'évidence (une nouvelle de Jensen dans laquelle un archéologue est hanté par la sculpture de "la femme qui marche" récit dont s'est emparé Freud  pour élaborer sa théorie du fantasme) elle n'a pas d'incidence quant à la compréhension du déroulé narratif  et  à sa progression vers la tragédie. Titre clin d'œil?  La réalisatrice dit avoir voulu insister sur le "déterminisme social"  … Le cas de Toni (sa quête d'identité liée à un double ancrage, à un passé napolitain)   est exemplaire! 

Les premiers plans de La Gradiva contiennent les "motifs" (photos circulation de regards et différentes dialectiques) qui seront amplifiés, telles des variations (ce n’est pas pur hasard si la musique de Satie accompagnera par deux fois ce film choral)

Au tout début, se succèdent  des photos (d’abord en noir et blanc puis en couleurs) celles d’une villa, des membres  d'une famille  et le portrait de la grand-mère de Toni (en écho nous reverrons  ces clichés stockés dans son téléphone tout comme ils habitent sa mémoire et son imaginaire); personnages figés pour l’éternité mais si vivants, d’ailleurs la dialectique du vivant et du pétrifié va s’emparer de toute la narration

Première séquence; dans le train.. Dans le couloir d’un wagon voici Toni qui "regarde" son ami James en ses ébats sexuels avec Angela ; un gros plan sur son visage à travers la vitre et s’impose à notre regard le portrait du jeune homme du Corrège ?);  dans ce même couloir Suzanne regarde Toni; circulation de regards et désirs inavoués  (?) Chacun désire quelqu’un qui regarde ailleurs… Ressort de la tragédie racinienne et dynamique du film ? Puis passage dans un tunnel (Noir qui occulte(rait) momentanément cet obscur objet du désir…)

La dialectique du "sacré" et du "profane", du sociologique et du mythologique, du vivant et du pétrifié (cf l’analyse du moulage de cette femme morte,  longtemps identifiée -mais à tort -comme  "la femme enceinte" et préfiguration de la tragédie de Toni?) cette dialectique s'inscrit aussi dans les choix musicaux ‘(Théodora côtoie Satie)  

Le film frappe  par sa construction et sa mise en scène où les ellipses n'entravent pas la fluidité   (comme  un continuum entre passé et présent, entre  magma en fusion et éveil de tous les sens?)  Echos intérieurs, connexions non métaphoriques,  contrastes/ confrontations -fixité de l’éternel/mobilité fugace du présent) L'alternance scènes de groupes et solos ou duos, scènes d'extérieur et séquences d'intérieur, groupe "scolaire" et groupe social urbain scande la narration crée un tempo, alors que  simultanément se dessinent les étapes vers...  Cadrés souvent comme des tableaux, les plans marient les "jeux d’échelle" (sculptures monumentales /regardeurs minuscules),  les jeux de lumière et de couleurs (dont l'ocre rouge des façades ou des fresques),

Ce film frappe tout autant  par le saisissant portrait d’une jeunesse; Portrait qui se lit dans ces mêmes plans devenus paysages intérieurs, Portrait qui s’écoute dans cette soirée discussion politique, ou dans les conversations  plus intimes au dortoir;  Portrait qui invite(rait)  à un parallèle avec les événements récents (révolte des lycéens)

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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