De Bruno Dumont (2025)
avec Kaylon Lancel (Géo ) Kelsie Verdeilles (Ève) Louise Podolski (Manon)Mohamed Coly (Rouben) Alessandro Piquera (B) Meryl Pires (Do)
Présenté au festival de Cannes 2026 section Quinzaine des cinéastes
Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.
Bruno Dumont peut agacer, énerver, dérouter; il n'en reste pas moins un grand cinéaste qui sait dégager la puissance parfois explosive des "choses" la beauté sidérante des paysages, qui se plaît à les confronter aux corps des humains En témoigne son dernier film présenté au Festival de Cannes 2026 Les roches rouges. qui frappe par sa puissance évocatrice. Celle inhérente au paysage maritime ; à ces roches, à cette immensité de la mer – Paysage qui contient tous les éléments (le feu du soleil qui tétanise, l’eau de l’immensité marine, le vent et l’air) Paysages filmés en plans larges. -où dominent le bleu de la mer et de l’azur, le rouge de la roche volcanique de l’Esterel et le vert d’une végétation qui fait corps avec le minéral. Puissance liée aussi à cette façon d’appréhender le corps de ces gamins, filmés eux en plans serrés en gros plans ((visages comme déformés) en contre plongée (corps alignés en haut d'une falaise, jambes vues de dos comme déformées elles aussi, corps de Géo censé escalader la paroi) . Un film à hauteur d’enfant. Car il s'agit bien de très jeunes gamins (de 5 à 8 ans). Et paradoxalement -malgré le contraste , l'opposition si criante entre la petitesse de l’enfant et le gigantisme de l’environnement), l’imposante robustesse des roches, le vide abyssal (mer qui peut vous engloutir) l’immense viaduc d’Anthéor (Var), -qui vu d’en bas rejoint les cieux dans sa verticalité vertigineuse et sur lequel glissent régulièrement les trains vers l’Italie - tout cela forme un ensemble paradisiaque, une aire de jeux où évolue en toute liberté le groupe, –vite scindé en bandes rivales.. : sauter de la falaise, nager, prendre un train en partance pour Vintimille, arpenter en quad les rues et les routes. Et c’est bien dans ce contexte que Géo éprouve ses premiers émois amoureux -.très jeune Roméo vivant dans un mobile home attiré par Juliette, Eve enfant de nantis
Paradis de l’enfance ? et simultanément promesses d’une aube nouvelle? Passer outre les clivages sociaux? illustrés par cette grille qui clôture une propriété (Géo saura l'escalader...de même que l'étreinte d'amour se fera dans l'entrave même) Enfreindre? certaines règles du "vivre ensemble" (chapardage entre autres) tout comme le film semble s'accommoder des "perturbations" qui le traversent -dont la présence astucieuse et comique de lévriers sur le court de tennis
Certains détracteurs reprochent des invraisemblances s’offusquent de l’absence d’adultes -guides et protecteurs- ou de leur représentation furtive et caricaturale donc sujette à caution. Ah la magie du cinéma qui donne l’illusion de…(ces gamins n’ont bien évidemment jamais sauté des falaises ….mais filmer le saut dans le vide aura coupé le souffle…)
Un film en tout cas qui va à l’essence même de l’enfance (son énergie sa sensualité mais aussi son insolence transgressive (cf l’envie de « tuer » le rival) et qui aura filme les enfants avec singularité (choix du 20 mm, recours à l’oreillette)
Un conte cruel ? peut-être
En tout cas un film irrigué par la philosophie héraclitéenne "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve (…) c'est comme les enfants qui sautent dans l'eau "
Un film que je vous recommande
Colette Lallement-Duchoze
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