Documentaire réalisé par Patric Chiha (France 2025)
avec Yuri Nosenko, Margarata Zubatova, Philipp Ivanov Taras Andreev, Tatiana Grishko (dans leur propre rôle)
Son :Pierre Bompy Amaury Arboun, Matthieu Perrot
Musique originale :Yuri Nosenko (un des protagonistes)
Présenté à la Berlinale,(février 2026) au Cinéma du réel (mars 2026)
Prix de la meilleure musique originale (La Diagonale, festival du cinéma autrichien mars 2026) :
Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, de nombreux Russes ont été confrontés à un choix douloureux : la prison, l’armée – ou l’exil. Margarita, Yuri et leurs amis, ont été poussés à l’exil parce qu’ils refusaient de se plier au régime. Ballottés par l’Histoire, nulle part vraiment les bienvenus, ils cherchent leur place dans le monde
Après la fiction élégiaque inspirée par Henri James la bête dans la jungle, (La bête dans la jungle - Le blog de cinexpressions) voici comme pris sur le vif de la déshérence, un couple de jeunes Yuri et Margarita issus de la contre-culture, en exil à Paris. Avec leurs potes, Philipp, Taras & Tatiana. Des discussions non pas nostalgiques mais existentielles sur le présent, le leur (les démarches administratives, le déracinement) celui de la Russie qu’ils ont quittée mais où ils aimeraient retourner, sur leur survie sans avenir, et ce constat d’une amère lucidité "où aller quand partout on est refusé" ? Quand tout vole en éclats jusqu’à ses propres certitudes ? Fuir est-ce un acte de résistance ???)
Habillement punk cheveux peroxydés (Yuri le compositeur de la musique rock et punk du film) ) ou aux couleurs flashy, ou noire, ongles verts (la fête anniversaire est d’une sidérante beauté picturale gothique punk et bariolée de tragique ) Le cinéaste mêle avec habileté des rythmes différents (musique et défilement de paysages) ralentis et accélérés, froideur métallique ou minérale (façades immeubles de la banlieue parisienne) et joyeuse lumière du vert (immense verdure à Saint Denis ?) il enchevêtre différents lieux (images de Moscou Saint Pétersbourg Istanbul Paris)
Voici Moscou en noir et blanc et comme passés aux rayons X voici des blindés qui défilent ; un seul élément rouge (victoire ) Et le passage d’une ville à l’autre, d’un espace ensoleillé à l’autre, est accompagné par cette bande-son qui semble surplomber l’errance Voici en plans serrés (allongés languides) ou en plans rapprochés, ces jeunes évoquant la mort d’un père, le montant de la prime (qui variera selon les régions…) ou encore l’armée de mercenaires de Prigojine....
Bouleversante la toute dernière séquence : Margarita et sa vie d'avant empaquetée Margarita si minuscule vue en plongée à côté de ces "paquets" sur un parking , dans l'’attente…
Certes, en privilégiant l’esthétisme- les astuces de la colorimétrie, les "négatifs" propres à la photo ou aux rayons, les ellipses et la discordance, afin d'illustrer tel un sismographe les vertiges d’une jeunesse déboussolée, le documentaire risque de ne pas faire l'unanimité... !
Il n'en reste pas moins un film à ne pas manquer !
Colette Lallement-Duchoze
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