28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 07:49

d’Abinash Bikram Shah (Népal 2025)
 

Avec : Pushpa Thing Lama, Deepika Yadav, Jasmin Bishwokarm
 

Directeur de la photographie : Noé Bach
 

Musique : Frédéric Alvarez
 

Présenté au festival de Cannes 2026 Section Un certain regard prix du public

Dans un village népalais niché au cœur d'une forêt peuplée d'éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l'une des mères de la communauté, rêve de s'échapper avec l'homme qu'elle aime. Mais lorsqu'une de ses filles disparaît, elle doit mener l'enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.

Les éléphants dans la brume

Film surprenant et séduisant dans sa singularité. Une singularité qui entremêle les rites et préceptes d’une communauté matriarcale -transgenre, le "fantastique" (-forêt nimbée de brume de mystères, dans son épaisseur et son humide torridité, espace sonore peuplé d’éléphants sauvages,) et le thriller (la recherche d’Apsara) Un film où bruits et fureurs s’enchevêtrent en une symphonie quasi fantastique souvent  "oppressante" (partition de Frédéric Alvarez) Où les "héros" attendus du titre vont servir de "comparants"  Le film s’ouvre sur leur puissance dévastatrice, se clôt sur leur pouvoir d’insoumission, la mort (suspecte ?) de l’un d’entre eux et qu’ausculte avec amour Pirati, oriente à un moment le film dans une autre direction. Comme eux à la fois vénérés et traqués, les héroïnes du film, les mères transgenres de la communauté kinnar, peuvent être "respectées"  pour leurs pouvoirs quasi mystiques et stigmatisées à cause de leur choix sexuel. La disparition d’Apsara, un crime transphobe ?  Apsara étant une des trois filles adoptives de Pirati (Pushpa Thing Lama) - intronisée "mère de foyer" par le "Guru Mata"  auquel elle devrait "succéder";

Une mini séquence de quiétude dans l’eau qui recèle en ses fonds turbides les fleurs (celles qui ont besoin de chaleur pour libérer leur couleur bleue). Pirati les arrange en bouquet (habiller l’épouvantail qui empêchera la marche des éléphants. ,Une déambulation rapide dans l’épaisse forêt-jungle entravée par Apsara (perruque blond roux maquillage outrancier comme métonymie de sa vie de prostituée) Et nous voici immergés dans un univers étrange que nous ne quitterons pas (hormis les "échappées" vers la ville)

Pirati va contrevenir aux "règles" de la communauté ; non seulement elle est amoureuse mais elle envisage de suivre son amant-musicien à Delhi -alors que les rapports sexuels sont strictement interdits dans et par la communauté ; alors qu’elle a prononcé solennellement des « vœux » de chasteté.

Mais Apsara s’est enfuie (déboussolée par l’absence "programmée et redoutée de sa mère adoptive" ?) Dès lors le film va basculer dans le thriller (battues, double enquête -policière bienveillante et Pirati la pugnace-, pour "retrouver" Apsara  ou "trouver" le meurtrier   etc…) mais simultanément il fait éclater la « transphobie ».

Oui la communauté kinnar va être victime d’exclusion, alors qu’elle avait su créer une « famille » (celle qu'on se choisit, où le lien de parenté est celui d'un besoin, d'une attention, d'un amour en partage) Oui ces femmes que nous avions vues dans la première partie participer avec les villageois à des fêtes, et dont les chants étaient accueillis dans la sérénité bienfaitrice …sont désormais pourchassées.  Et à chaque étape de l’enquête semble correspondre une montée en puissance de l’exclusion jusqu’au bannissement. Mais la séquence finale n’a-t-elle pas les accents d’une revanche (le désenchaînement "symbolique" de l’animal éléphant se conjugue aux battements de mains qui scandent une dignité reconquise…)

Un film, fait de contrastes, et de paraboles (les fleurs bleues, les éléphants comme  "masse silencieuse de la mémoire enfouie") porté par le charisme de Pushpa Thing Lama –(son visage sculptural peut exprimer l’autorité la sérénité tout comme dévasté par les grimaces il peut dire et crier la honte le refus)

Un film où le travail du jeune et talentueux directeur de la photo Noé Bach (qui se dit inspiré par la photographe Nan Goldin) est remarquable.

Un film où la matière sonore refusant l’exotisme "déconstruit des instruments traditionnels népalais pour créer un climat d'oppression"

Bref un film à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

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