27 septembre 2026 7 27 /09 /septembre /2026 09:01

de Judith Godrèche (2025)

 

avec Tess Barthélémy (Annie la fille de 17 ans et demi) Valérie Dréville (Annie Ernaux plus âgée) Victor Bonnel (H) Guslagie Malanga (Rose) Manon Valentin (Monique)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 (Un Certain Regard)

 

Vu en avant-première vendredi 25 septembre à l'Omnia en présence de Judith Godrèche,   Tess Barthélémy, Manon Valentin et Victor Bonnel 

Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

Mémoire de fille

Comment rendre compte par l’image, de l’écriture "plate" (épithète revendiquée par Annie Ernaux elle-même) -écriture héritière de l’écriture blanche définie par Barthes ? celle qui refuse le pathos les fioritures métaphoriques qui opère au  couteau  jusqu’à l’os ? (tout en sachant que l’hybridité qui prévaut dans certaines de ses oeuvres plaiderait en faveur d’une écriture en relief…mais bon…ce serait un autre débat!)

Lors de la rencontre  qui a suivi la projection du 25 septembre Judith Godrèche a "expliqué" tout le travail en amont (rencontres, discussions, échanges avec Annie Ernaux), ainsi que son travail de "metteuse en scène", de directrice d’acteurs-rices  (dont sa fille  à laquelle elle confie le rôle d'Annie  la fille de 58), . De même elle a révélé certaines "astuces" -quant au  placement/positionnement de la caméra  -afin d’éviter en filmant le (les) "corps" de les inscrire dans le voyeurisme de la sensualité  ou le naturalisme.

Même si l’on "refuse"  les catégorisations (souvent bancales) et le "métalangage" -qu’évoque à presque chaque entretien/rencontre  Annie Ernaux  , on constatera aisément qu’il y a une volonté affichée chez Judith Godrèche de faire "concorder" l’image et les choix d’écriture de la romancière. Ainsi des ruptures de rythme (ou raccords) comme autant de "tâtonnements" du souvenir (Annie Ernaux dans "mémoire de fille" raconte, à 70 ans "son" premier rapport sexuel vécu "comme un viol" -alors que le terme n'était pas mentionné ) Ainsi du montage intérieur -sur le désir d’appartenance, la honte, le consentement, la sensation constante d’être déplacée, et de ne pas être à sa place -comme autant de problématiques soulevées dans un élan militant que s’approprie la réalisatrice en dirigeant ses actrices (et acteurs) et dont elle imprime sa narration (regards, visages floutés, surimpressions, courses folles de Tess/Annie filmée de dos, vers l’amant… naïveté --sujet de moqueries   et certitudes, etc… )

 Oui à cause de  cela -et de cela seulement- le film mérite(rait) un détour car

Osons affirmer sans ambages si le film a été sélectionné à Cannes (Un Certain Regard) c’est plus pour le choix de problématiques sociétales actuelles que pour ses qualités cinématographiques

On pourra déplorer  l’usage abusif du très gros plan et du zoom  …. et certaines longueurs.

Dès le début quand  la caméra s’appesantit sur le visage de Valérie Dréville (zooms sur les ridules et l’œil…) on devine que la sobriété ne sera pas au rendez-vous, que quelque chose va alourdir le propos - par excès d’un non-dit,  paradoxalement  trop explicite… Alors que l'essentiel  comme l'écrit Annie Ernaux est précisément "d'explorer le gouffre entre l'effarante réalité de ce qui  arrive et l'étrange irréalité que revêt des années après ce qui est  arrivé"

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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