20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 07:05

De Sergey Dvortsevoy (Russie,  Kazakhstan) 

Avec Samal Yeslyamova, Zhipargui Abdilaeva, David Alavverdyan 

Présenté en Compétition Officielle au festival de Cannes.

Prix  d'interprétation féminine 

 

Ayka vient d'accoucher. 
Elle ne peut pas se permettre d'avoir un enfant.
Elle n'a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle.
Mais c'est compter sans la nature, qui reprendra ses droits
.

Ayka

Aux allures de documentaire Ayka invite le spectateur à suivre le "calvaire" d’une jeune femme de 25 ans, pendant 5 jours.

Ayka personnage éponyme vient d’accoucher. Désespérée (elle doit impérativement trouver du travail pour rembourser ses dettes) elle fuit la maternité, perd son sang, se vide de son lait, se fait rabrouer, insulter, cherche vainement des petits jobs, vit dans un gourbi tenu de main de maître par des marchands véreux, elle est talonnée par des mafieux de son pays d’origine qui lui feront la peau si elle ne rembourse pas ses dettes….Contexte social noir, apparemment sans issue pour cette réfugiée kirghize. Ajoutons les conditions climatiques exceptionnelles : Moscou est paralysée par une tempête de neige : les doigts d’Ayka sont engourdis par le froid, la capuche de son anorak dessine un ovale aux cristaux de givre (voir l'affiche)

Caméra portée, gros plans insistants, bande son qui amplifie l’halètement de celle qui court, fuit, s’égare, alors que les perles de sueur qui suintent sur le visage trahissent son état de fébrilité. Le réalisateur emprisonne son personnage avec cette façon de filmer au plus près et n’épargne aucun détail au spectateur (sang qui dégouline le long des cuisses, lait expulsé comme au forceps)

 

Le ton était donné dès le premier plan : trois bébés ligotés dans un chariot  ; où les conduit-on ? Et cet écho inversé quand, dans une clinique vétérinaire, on verra trois chiots bien traités se nourrissant avec avidité aux mamelles de leur "mère" . La "morale" ? on traite mieux les chiens que les humains, à condition de payer bien évidemment! (viens donne la papatte on va te soigner;  Ayka employée-remplaçante dans cette clinique, s’échine à laver le sol maculé par le sang  l’urine et les excréments de  cette  "opérée" de la gent canine ....)

 

Une vision bien pessimiste d’une société qui - hormis les soins médicaux - "propose"  aux réfugiés des conditions de vie indignes, des jobs précaires, alors que règne souveraine et despotique la corruption!!

 

En filmant son personnage souvent plein cadre (et l’actrice Samal Yeslyamova interprète à merveille ce rôle de damnée de la terre,  jouant sur la "seule note de souffrance imposée"  ), le réalisateur emprisonne du même coup le spectateur dans cette peinture crue abordée frontalement à tel point qu'on en vient à oublier les intentions louables (dénonciation de tout un système, hommage au courage d’une femme vaillante) et ne pas être convaincu par ces partis pris de mise en scène, de mise en images 

 

A vous de juger!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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