1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 22:10

de Oliver Hirschbiegel

avec Christian Friedel, Katharina Schüttler, Burghat Klausner

 

 

 

Argument : Allemagne, 8 Novembre 1939. Adolf Hitler prononce une allocution devant les dirigeants du parti nazi dans la brasserie Bürgerbräu à Munich. Une bombe explose, mais Hitler ainsi que Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Martin Bormann et d’autres ont quitté les lieux quelques minutes plus tôt. L’attentat est un échec. Rattrapé à la frontière suisse alors qu’il tentait de s’enfuir, Georg Elser est arrêté puis transféré à Munich pour être interrogé. Pour les Nazis, il s’agit d’un complot et on le soupçonne d’être un pion entre les mains d’une puissance étrangère. Rien ne prédestinait Georg Elser, modeste menuisier, à commettre cet acte insensé ; mais son indignation face à la brutalité croissante du régime aura réveillé en lui un héros ordinaire…

Elser, un héros ordinaire

Un grand film que ce film du réalisateur de La chute sur un héros allemand ordinaire.

 

Hormis la qualité de la réalisation sur le jeu des acteurs, les flash-back qui sont des pauses bienvenues entre les séances d’interrogatoire et de torture, la reconstitution historique de l’Allemagne profonde des années 30, les couleurs et la musique qui ne forcent pas le trait de cette sinistre époque, ce film de Oliver Hirschbiegel nous fait profondément réfléchir et nous renvoie à note situation actuelle.

En effet, alors que la force écrasante et féroce du nazisme bat son plein, il est toujours possible de combattre, de refuser la fatalité. Cet homme ordinaire qui aime la vie, incarné si bien par Christian Friedel, nous le prouve.

Autre leçon : quand le peuple choisit par ignorance et bêtise la voie fasciste en politique il le paie très cher au final. Les Français qui se laissent aller à soutenir le FN aujourd’hui ne connaissent pas l’histoire européenne des années 30 à 40 ? Le FN n’est autre que l’héritier de ce fascisme barbare, et son maquillage de dédiabolisation actuel n’y changera rien. L’acte de mémoire utile que nous sert ce film est renforcé par cette information au générique signalant qu’il a fallu des décennies pour reconnaître Georg ELSER comme résistant.

L’Histoire bégaie...mais heureusement il y aura toujours des héros ordanaires qui à 13 minutes près pourraient changer le cours de l’Histoire.

Souhaitons à chacun d’entre nous d’avoir la lucididté et le courage de cet homme ordinaire !

Un film à voir et faire voir.

 

Serge Diaz

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 14:59

Film norvégien de Ole Glaever

Avec Ole Glaever, Marte Mgnusdotter Solem, Per Kjerstad

Natür Therapy

Pour échapper le temps d'un week-end à la morosité de son existence, (ah cette morne lassitude!) Martin (interprété par le réalisateur lui-même) part seul. Avec son sac à dos et affublé d'un bonnet, il marche, il court, il se repose au bord de l'eau ou sur un rocher. Nous le suivons qui arpente les paysages (non pas grandioses comme l'affirme le pitch mais aussi lisses que ceux d'un dépliant touristique; lacs tourbières landes rivières). Nous le suivons surtout dans ses pensées: sa voix intérieure (en off bien évidemment) que nous entendons tout au long du film illustre sa vulnérabilité, ses remises en question "suis-je un bon père", ses fantasmes (quand il se masturbe près d'un arbre cul nu, on voit une femme lui faire une fellation, bientôt relayée par un homme) ses "faux"remords (j'aurais dû rester célibataire ne connaître que la magie des rencontres) etc. etc. quoi de plus banal que cette fameuse "crise de la quarantaine"? Un souvenir toutefois le ramène à sa propre enfance dans sa difficile relation au père

 

Le ton était donné dès les premières séquences en ville: sa voix off s'interrogeant sur le chemin tout tracé d'un employé vu à travers une vitre, les propos triviaux d'un couple ami (hors champ), la gêne de retrouver sa femme (et le saumon? Tu ne vas pas le manger toute seule) le rapport sexuel vite fait debout dans la cuisine, tout cela traité comme une succession rapide de tableautins (auxquels Martin est comme étranger), précédant la décision et le départ.

 

Le seul intérêt du film résiderait dans le contraste entre cette banalité (situation et propos) et l'immensité d'une nature immuable (Martin est à la fois confronté à lui-même -grossissement de ses problèmes pseudo existentiels- et à l'immensité de la nature norvégienne, – qui le réduit à un homoncule-; nature si vivifiante que le personnage en vient à  s'allonger pour la nuit sous un lit de lichen; mais une nature qui n'exclut pas l'usage du smartphone (car il convient de communiquer avec l'épouse, ou de se masturber, en visionnant un porno !!)

 

Alors tout ça pour ça??? Une "thérapie" qui passe par l'enlisement à l'image de Martin malencontreusement embourbé? Par la fausse régression :Martin s'est "oublié" dans le sac de couchage?

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 19:09

De Denis Villeneuve

avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin

présenté en compétition officielle au festival de Cannes

Argument: La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l'équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

Sicario

La fascination pour le sordide était déjà bien tangible dans Prisoners; elle semble inchangée dans cette peinture de la guerre -rondement menée -contre la drogue. (Peinture qui visuellement fascine grâce au  travail du chef opérateur Roger Deakins, le  même que pour Prisoners) .

Voici par exemple des cadavres momifiés dans les entrailles d'une maison, la caméra les montre en gros plans et le spectateur les "voit" par le regard de Kate (jeune recrue du FBI) et comme elle, il est pris de nausée. Voici des visages tuméfiés des corps sanguinolents, et les tortures les plus atroces hors champ n'en sont que plus suggestives. L'aspect "politique" de cette "guerre" est bien patent lui aussi: complicités souvent douteuses entre CIA et police mexicaine et barons de la drogue; en fait, on exécute plus qu'on ne sécurise ou protège les civils. À l'instar de cette région frontalière de "non-droit", les frontières entre légalité et illégalité, entre compromis et compromissions sont bien poreuses, au grand dam de Kate...qui progressivement découvre cette double horreur!

Mais comme dans "Prisoners" l'argument mis en exergue sert en fait de prétexte. Ce qui intéresse le cinéaste c'est l'interrogation sur le mal qui est tapi en chacun de nous, un mal "originel" dont témoignent dans Sicario, l'obsédante couleur noire, (jusque dans cette vue aérienne sur les berlines des forces de police) et la fonction métaphorique des tunnels et des abymes ; et ce malgré la récurrence de plans sur des paysages de montagnes. (ne seraient-ils pas aussi des paysages intérieurs, des états d'âme? )

 

On pourrait affirmer sans faire de déduction hâtive que Sicario - film linéaire qui rompt avec la chronologie éclatée d'Incendies- est le "voyage initiatique" de Kate. En  proie à un dilemme, va-t-elle basculer elle aussi???

 

Sicaire, dit le prologue, désignait dans l'antiquité hébraïque, les activistes juifs, les zélotes opposés aux Romains; au Mexique sicario signifie tueur à gages !

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 15:59

de Samuel Benchetrit

avec Isabelle Huppert, Gustave Kerven, Valeria Bruni Tedeschi Jules Benchetrit

présenté en séance spéciale au festival de Cannes

Asphalte

Argument: Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages. Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ? Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ? Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

 

Oyez ce concert de louanges:

 

C'est un univers à la Jeunet ! !  Ouais! pas vraiment (à cause du fauteuil roulant? Rappelez-vous Pinon) je préfère l'univers décalé du premier

 

Une œuvre "cosmique" Oui si le cosmos se réduit à cette pacotille éjectée de son orbite ou si l'immeuble est une "constellation" ….ou si la "chute" est dans l'interplanétaire

 

Film social! Oui si social signifie déglingué comme cet ascenseur en panne et comme ces trois récits, vrais faux courts métrages

 

Reste(rait) la musique de Raphaël (mais là encore...rien de convaincant)

 

J-M Denis

 

 

Asphalte est un film qui se traîne, on s'ennuie faute de nombreux gags pour un film de ce genre, et sentiment de déjà vu pour tout. Déçu !

Serge Diaz 24/10/2015

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 05:37

de Muayad Alayan (Palestine)

avec Sami Metwasi, M. Abu Alhayyat, Ramzi Maqdisi

Amours, larcins et autres complications

Le titre, par la légèreté de son énoncé et l'emploi du pluriel, avertit d'emblée le spectateur; il s'agit d'une comédie -mêlant en les multipliant, amour  et procédés  a priori peu recommandables.  Et de fait, le "héros" de cette comédie grinçante va cumuler, souvent malgré lui, les impairs!

Une situation complexe au départ: vivant dans une banlieue palestinienne de Jérusalem, il est pris en tenaille entre les services secrets israéliens et les milices palestiniennes (contexte politique); il est en outre amoureux d'une femme mariée à qui il rend visite en l'absence du mari (situation de vaudeville).

Son rêve? Quitter -avec l'être aimé-, un pays où l'on "survit" en mendiant afin de ne pas tomber dans le piège de la servilité, comme le père! Mais le "fatum" démoniaque va lui tendre d'autres pièges....(dans le coffre de la voiture qu'il a volée, il découvre un prisonnier israélien ligoté qui gémit... au bord de l'énurésie..); le contexte politique d'alors est dominé par les négociations qui portent sur  les échanges de prisonniers; une aubaine pour l'opportuniste...mais d'autres imprévus vont lui barrer la route (et ce, dans tous les sens de cette expression)

Le réalisateur traite le plus souvent en plans larges et plans séquences les tribulations de Mousa. Tancé par le père, recherché par tous, seul dans son "combat" contre "l'ennemi" aux multiples visages, il sera de tous les plans (dans l'habitacle d'une voiture volée c'est le bricoleur astucieux, de même quand il répare le transistor d'une femme aveugle; il sait mater une chèvre rétive;  à bicyclette il fonce vers ce qu'il croit être une immense porte de sortie,.) Courses poursuites dans les ruelles, situations vaudevillesques (il se planque sous le lit "conjugal"), séances de tabassage, etc. C'est une suite d'impondérables dont l'enchaînement  ne déclenche pas un rire franc mais nous rappelle les scènettes d'un certain cinéma d'antan.

Au final, le parcours de ce "héros" n'est-il pas à l'image d'un peuple, son peuple, constamment pris au piège d'une situation quasi inextricable?.On saura gré au jeune réalisateur Muayad Alayan (malgré de nombreuses maladresses de mise en scène) d'en avoir dénoncé avec malice et auto-dérision, l'absurdité !

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 09:34

De Woody Allen

Avec Joachim Phoenix, Emma Stone, Parker Posey

Présenté au festival de Cannes (hors compétition)

L'Homme irrationnel

Hasard et nécessité? Pulsion et raison? L'enfer et les autres; morale individuelle et morale collective, acte gratuit...A grand renfort de citations, Abe le prof nouvellement débarqué sur un campus, cet "intello à la bite molle" dépressif et alcoolique, va trouver sa raison de "vivre" grâce à un acte "libérateur"; il  bouleverse aussi  le cursus d'une étudiante Jill ("qui a lu tout Dostoïevski") et celui d'une prof quadragénaire Rita ...(réglons juste les problèmes pratiques dit-elle à son compagnon au moment de le quitter définitivement).

Parallèlement le cinéaste promène son spectateur d'une romance amoureuse, d'une comédie de mœurs, vers une comédie ontologique faisant du crime un rempart contre l'ennui de vivre, le fameux taedium vitae des Anciens. Et il aura balisé le parcours par des signes à valeur de signaux: les miroirs déformants (nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes,) le personnage isolé sur un rocher face à la mer (cliché du penseur romantique) le mal être d'une femme victime d'un avocat véreux, les pistes dans la recherche de l'assassin (comme autant de chemins de traverse) et au final si la morale est sauve ce n'est dû qu'à la "malchance" (scène où le tragique se mue en comédie foutraque)

Une voix off (celle de l'étudiante) sert de fil conducteur à l'ensemble du récit; tandis que celle du prof équivaut à un monologue intérieur. Mais rarement les deux vont coïncider (d'ailleurs le pourraient-elles?). En revanche la musique empruntée au groupe Ramsay Lewis Trio illustre le caractère"orageux" des trois protagonistes (dont il convient de saluer au passage l'interprétation)

 

Mais le charme "allenien" n'opère pas (ou plus) ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 06:14

De Tarzan et Areb Nasser

Film présenté au festival de  Cannes  (section Semaine de la Critique)

soirée du 9/10/2015

Un film réalisé par deux frères palestiniens, (vivant en Jordanie) produit par la France et le Qatar, tourné en Jordanie (un garage aménagé en salon de coiffure) il n'en a pas fallu plus pour susciter une discussion où visiblement le journaliste/cinéaste palestinien qui animait le débat à l'issue de la projection, peinait à se faire comprendre. À la question "peut-on parler de film palestinien"? il tentait d'affirmer et de prouver qu'on ne saurait donner le label "palestinien", quand la production influe trop sur la création... Qu'il n'y a pas d'infrastructure pour le cinéma en Palestine encore moins à Gaza. Que le réalisme apparent de Dégradé se heurte à la "réalité" (le "quartier de Gaza" censé être reconstitué, l'absence de commentaire en faveur du Hamas -alors que c'est le vote des femmes qui aurait assuré sa victoire en 2007 -l'histoire du lion volé eut lieu précisément cette année-là-; des dialogues absurdes dans le contexte ou stéréotypés, un simulacre de microcosme -les femmes confinées dans le huis clos ne sauraient constituer un panel de la société gazaoui etc. etc.)...Malgré les précautions oratoires d'usage et les prétéritions, on a vite compris que ce film n'a pas eu grâce à ses yeux....et on le comprend!

Dégradé

argument: un salon de coiffure où sont confinées plus de 10 femmes; une famille "mafieuse" qui après avoir dérobé un lion au zoo de Gaza l'exhibe juste en face, pour narguer le "pouvoir" -en l'occurrence le Hamas lequel tentera par la force de mettre fin à ce "cas de figure"; et les femmes enfermées en subiront les effets collatéraux...

 

Un lieu clos donc, (serait-ce la métaphore de la bande de Gaza?); un espace confiné qui se prête ainsi à la théâtralisation; confinement où il est encore plus aisé de poser la caméra sur un visage pour l'isoler, un groupe, faire une vue d'ensemble. Ces femmes -une divorcée, une jeune future épousée, une étrangère, une junkie, une religieuse, la mère et sa fille, une autre sur le point d'accoucher, etc. -  attendent les soins (épilation coiffure massage- , comme dans Venus Beauté??); elles discutent librement (sexe drogue famille conditions de vie) avec humour parfois -quand il s'agit des conditions de sécurité -passages obligés aux check-points-, du rationnement, des coupures d'électricité! Le "dehors"? On l'aperçoit, on le devine (conversations téléphoniques) et surtout on entendra sa rumeur explosive quand il sera investi par les armes. Le salon se fissure emporté par la force sismique des détonations...

Dégradé? Le terme désigne une certaine coupe de cheveux.  Il est vrai qu'au niveau du montage et de la "progression dramatique" le film avance par paliers: et inutile d'être fin expert pour repérer qu'au crescendo dans la narration répondent en écho les "dégradés" des lumières et couleurs (jusqu'à la déflagration)

 

MAIS la surenchère (dialogues puis détonations), les "crépages" de chignon, le choix archétypal de femmes frisant la caricature, celui d'une cible unique (le Hamas et sa mauvaise gestion), le prétexte d'un fait divers datant de 2007 pour ausculter une société plus récente, le négligé ou la facilité dans certains rendus, une facticité évidente, font que ce film (il a suscité l'engouement du public cannois, mais c'était dans le cadre de la Semaine de la Critique....) ne peut prétendre à aucun de ces deux labels : film d'intérieur,  film palestinien!

 

 

CLD

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 14:55

Film hongrois de Miklos Jancso

avec Jonas Görbe, Tibor Molnar, Zoltan Latinovits,  Andra Kosack

 

La cinémathèque en partenariat avec Clavis Films organise une rétrospective Miklos Jancso qui débutera le 28 octobre (Paris) . Le film "Les sans-espoir" sélectionné au festival de Cannes en 1966, présenté cette année à Cannes Classics, fait partie de cette rétrospective. (En version numérique restaurée, sortie le 11 novembre)

Les sans-espoir

Argument: Dans les années 1860 une poignée d’insurgés tente de relancer les soulèvements de 1848 contre l’Empire Austro-Hongrois. Après une défaite écrasante, les prisonniers sont enfermés dans un fortin où ils doivent attendre une mort certaine... 

 

Une voix off commente -explique en fait- le contexte politique (entre autres, le compromis austro-hongrois de 1867; le rôle des insurgés en 1848 devenus plus ou moins "bandits" et fondus dans la masse paysanne; adulés par les uns, pourchassés par le pouvoir) alors que défilent des dessins stylisés, (extraits d'albums? de livres encyclopédiques ?) C'est le prologue. Et pendant plus d'une heure le spectateur reste comme scotché face à ces splendides plans-séquences que magnifient le noir et blanc (version restaurée) et une savante organisation de l'espace. Chaque plan se prêterait à une analyse filmique....

 

Voici un fortin où sont entassés les "prisonniers" entravés . Le machiavélisme des représentants de l'armée consiste à sélectionner un ou plusieurs d'entre eux, les "forcer" à avouer (en fait dénoncer Sandor, le chef présumé, en l'identifiant) en échange de leur vie. (Gajdar qui s'était prêté à ce "jeu" morbide sera exécuté par les siens pour avoir trahi...). De toute façon le titre ne laissait aucune lueur d'espoir, et la scène finale d'une violence tragique à l'antique ne fera que le confirmer...Le comte Gédéon Rodday n'avait-il pas juré de les exterminer tous??

Voici des diagonales, des lignes de fuite (est-ce la poszta hongroise ou un immense espace abstrait?); voici des alignements (les femmes et leur pain, les rangées de soldats) voici des courbes (la ronde des hommes prisonniers encagoulés). Des vues en plongée (sur la masse) ou en contre-plongée (portes des cellules où l'on ne peut être qu'accroupi). Le réalisateur fait alterner plans rapprochés sur le fortin (avec jeu des verticales et horizontales) et plans éloignés (vers un horizon frappé d'inanité); plans sur certains visages de soldats et de prisonniers (les "sélectionnés" du jeu macabre).

Une impassibilité d'une froideur souvent glaciale que certains critiques reprochaient d'ailleurs au réalisateur. Ce à quoi on pourrait rétorquer que le choix d'un rituel sacrificiel correspond précisément à l'arbitraire qu'il veut dénoncer en le mettant en scène. Le film se donne à voir effectivement comme une liturgie, avec ses codes, avec sa chorégraphie très élaborée. C'est que Jancso a "constamment transcrit dans les structures esthétiques de son œuvre l'objet de sa méditation : l'homme prisonnier de l'Histoire, aliéné par un pouvoir totalitaire"(Michel Estève). Tortures, scènes d'humiliation (cf la séquence de la femme nue que l'on fouette violemment sous le regard hébété des siens), exécutions sommaires malgré les "promesses", Miklos Jancso ne dénonce-t-il pas "les mécanismes du pouvoir et de la délation" ?

Un film à (re)voir!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 07:27

De Kiyoshi Kurosawa

Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yu Aoi

Prix de la mise en scène, section Un certain regard,  Cannes 2015

Vers l'autre rive

Elle, le jour de la réapparition de son mari défunt "enlève tes chaussures" Lui, dans l'embrasure de la porte qui est aussi le cadre, va sortir du plan pour revenir par une autre porte...pieds déchaussés.

Un revenant qui a franchi la frontière séparant vivants et morts; une femme l'épouse qui accepte cette irréalité comme allant de soi... d'emblée le ton est donné!

Mouvement et passage vers...apparitions, disparitions, réapparitions avec effets de ralentissements ou d'accélération, avec retours en arrière (car la marche vers l'autre rive implique un retour) c'est ce que le réalisateur met en scène en traitant de façon originale le thème du deuil (même s'il s'inspire du roman "kishibe no tabi" où le travail de veille auprès d'une personne mourante, le mitoru, devient voyage avec retours et avancées vers une séparation définitive certes mais apaisée)

Enchâssement d'histoires (re) vécues par le mari, découvertes par la femme aimante, comme autant d'étapes vers la sérénité;  tel est le voyage auquel  Yusuke a convié son épouse et ce faisant, le spectateur

"pourquoi es-tu revenu"? Rêve hantise hallucination? On serait tenté de répondre par l'affirmative si l'on ne se fiait qu'à la scène récurrente où seule, dans sa chambre, Mizuki se réveille hébétée comme au sortir d'un cauchemar. Mais le cinéaste en faisant cohabiter, coexister le monde des vivants et celui des morts -ne serait-ce que par le jeu des positionnements dans les cadrages et le champ - a opté pour une sorte de fusion où la surimpression même dans les face-à-face semble abolir les frontières (Mizuki vivante mais déjà morte? ,Yusuke mort et pourtant vivant?; les vêtements de Mizuki au début ont la pâleur de la mort, ceux de Yusuke (manteau orangé) l'éclat du vivant; Mizuki en retrait lors des conférences données par son mari à des paysans; Yusuke l'orateur acclamé mis littéralement en lumière)

En évitant une déambulation/pèlerinage dans les lieux sacrés (temples japonais entre autres) mais en ancrant son propos dans le quotidien (hôpital, gargote où a travaillé Yusuke par exemple) en multipliant les rencontres (mais certains personnages ne seraient-ils pas déjà morts? Et les autres en sursis?), en traversant des paysages où  la lumière, la cascade,  les monts et les villages se déploient parfois en un éventail d'ombres diaphanes, le cinéaste a donné une valeur universelle à ce thème de l'impermanence et à la douleur de la perte!

Je suis heureux d’être né 

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 03:54

Documentaire réalisé par Hubert Sauper Autriche France

Nous venons en amis

"Vous saviez que la lune appartient aux Blancs"? un vieillard

"Nos enfants ou nos arrière petits-enfants ne se laisseront pas faire, ce sont des humains comme vous, ils sont intelligents et dignes." Célestine

 

Voici un plan où trottinent par milliers des fourmis -et leur procession établit comme une ligne de démarcation; puis voici un enfant vu de dos qui avance nu sur une piste, c'est le prologue.

Le réalisateur en posant son biplace (qu'il a conçu pour avoir l’air inoffensif et ridicule)  va poser un regard très affûté sur ce qui sera présenté comme une fourmilière....

Nous sommes au Sud Soudan juste après le référendum (de brefs rappels sur Fachoda, le partage de l'Afrique, la colonisation; le référendum de 2011 qui séparera le Soudan Nord (musulman) du Soudan sud (chrétien). La guerre civile sanglante entre partisans du président Salva Kiir (l’homme au chapeau texan, catholique) et ceux du vice-président Riek Machar (presbytérien) sera évoquée à la fin du film (images dont le réalisme trash n'est pas sans rappeler le précédent documentaire "le cauchemar de Darwin)

Ce qui intéresse le "baroudeur" Sauper, c'est d'objectiver en la mettant en images, la pérennisation d'un système colonial qui ne dit pas son nom. Et l'on verra défiler tous les néo-prédateurs: Chinois (pour le pétrole), Américains, entrepreneurs, évangélisateurs -tous animés de "bons sentiments" (c'est qu'ils sont venus en amis  n'est-ce pas?). Filmés de face ou en groupe (lors d'une inauguration célébrant les vertus et bienfaits de la "lumière"), le visage toujours souriant et le discours bien rodé, ils incarnent un fléau dont les victimes paieront le prix fort. La terre de nos ancêtres, la terre de nos morts ne nous appartient plus. Nous n'avons plus rien!  Certaines  autorités locales, elles, avaient pactisé "nous vous donnons gratuitement nos terres en échange de l'eau potable, et de la construction d'aéroports qui occupera de la main-d'œuvre"!  quand on sait -sans être expert -que eau électricité seront utiles dans l'exploitation des réserves d'or...

Parmi des scènes à peine croyables retenons celle-ci: une "dame de charité" (texane?) outrée par la nudité des enfants (quelle horreur!!) va imposer le port de chaussettes blanches et de sandales en plastique à des gamins nus qui pleurnichent et gémissent, tant ils sont désormais entravés dans leur liberté de marcher!

La  construction "fragmentaire" parfois "heurtée" qui procède souvent par juxtapositions peut dérouter; mais n'épouse-t-elle pas la diversité des lieux, des moments et des rencontres - villages, écoles, meetings,  bars, studios, usines, etc.?

Comme dans "le Cauchemar de Darwin" certaines vues aériennes (Lac Victoria magnifié aux dimensions océanes dans Le cauchemar; ici savanes et forêt magnifiées dans leur  beauté tellurique ) et certains cadrages (mettre en exergue des détails qui disent la pollution la misère ou l'horreur du quotidien) prouvent aisément qu'un documentaire c'est une œuvre cinématographique à part entière!

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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