23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 09:01

De Jayro Bustamante (Guatemala)

Avec Maria Mercedes Croy Manuel Antun

Ours d'argent Alfred Bauer -  Festival de Berlin 2015

Ixcanul (El Volcano)

Peut-on échapper à son destin? Maria, jeune Cakchiquel, qui vit avec ses parents pauvres sur les flancs d'un volcan, est promise à Ignacio, le contremaitre de la plantation de café. Mais la jeune maya rêve de partir avec El Pepe aux USA, loin de la dureté, de l'immobilisme de sa vie ici sur les hauteurs volcaniques. Donner son corps et le rêve d'un ailleurs, par-delà, au-delà du volcan serait exaucé!!!!

Le monde des paysans mayas tel que le filme Jayro Bustamante frappe par sa noblesse d'âme, son respect des croyances millénaires (la grossesse d'abord refusée et combattue sera acceptée au nom d'une sagesse ancestrale), sa calme soumission au labeur, gage de survie; un peuple qui parle peu (d'où l'absence de dialogues souvent). Égaré dans le monde urbain dont il méconnaît les codes et la langue, il sera la proie facile de traducteurs malhonnêtes....

Dans cette famille mononucléaire c'est la femme qui exerce une sorte de matriarcat. C'est elle qui transmet le savoir à son unique fille. Une mère tendre compréhensive et autoritaire tout à la fois. Filmées de près (belle scène où les deux corps nus s'enlacent lovés dans un bain de vapeur) la mère et la fille suscitent l'empathie. Et les travailleurs saisonniers font corps avec cette région qui "sent le café et le volcan". Aux senteurs se mêlent les bruits et les couleurs (contrastes ou correspondances entre l'anthracite du paysage mêlé de poudre et les vêtements très colorés ou sombres).

Le film s'ouvre sur le visage de Maria en gros plan; il a la beauté étrange impassible d'un masque; celui de la tragédie tandis que la mère aimante va le parer de la coiffe traditionnelle, silence et liturgie!. Et c'est sur un plan quasi identique que se clôt le film. Entre les deux, que de chemin parcouru! Que d'espoirs brisés!

Par un jeu d'analogies et sa science des cadres le réalisateur dépasse l'aspect "purement" ethnologique. Un plan-séquence au début du film où l'on gave d'alcool les porcs afin de faciliter l'accouplement -lequel restera hors champ alors que retentit le cri primal de la bête-, dépasse la portée documentaire; nous le voyons à travers les yeux de Maria qui établit d'évidentes analogies avec l'espèce humaine... Des plans en contre-plongée sur les personnages debout sur un roc noir au flanc de la masse anthracite épousent une forme d'interdépendance entre volcan et monde des hommes. La passion (de la chair entre autres) est vécue telle une force qui sourd des entrailles du volcan; il en serait de même de la piqûre du serpent. Après des péripéties dramatiques, Maria semble toucher le "fond de l'horreur". Mais précisément c'est du fond des entrailles de cette chair meurtrie, que resurgira la volonté de "vivre". Blottie auprès de ses parents aimants, blottie dans le creux du volcan!

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 08:07

Film chilien de Pablo Larrain

Avec Alfredo Castro, Roberto Farias, Antonia Zegers, J. Vadeli

Ours d'argent à Berlin 2015

El Club

Dieu vit que la lumière était bonne; il sépara la lumière des ténèbres" extrait de la Genèse I,4 cité en exergue

Que font ces hommes (et cette unique femme) apparemment sans histoires dans une maison apparemment calme dans une petite ville côtière du sud Chili (Patagonie)? L'arrivée d'un "intrus" (à l'intérieur de la communauté) et le discours très cru plein de ressentiments d'un homme apparemment ivre (extérieur) qui, adolescent a subi les abus sexuels de ce prêtre! vont lézarder l'image initiale, et pour le spectateur jouer le rôle de prémices dans ce théâtre de l'hypocrisie et de la violence .

Spectateur déjà alerté par cette circulation de regards peu "catholiques" et d'attitudes peu "orthodoxes". Mais surtout le recours à une image délavée décolorée (grâce à des filtres des années 60) l'avait plongé dans une ambiance crépusculaire contaminant aussi bien les extérieurs (plage, champ de courses) que les intérieurs de la maison de "retraite"

 

Oui au Chili, l'Eglise catholique et souveraine préfère parquer ses prêtres pédophiles et/ou délinquants dans ce "club purgatoire" en se faisant justice elle-même, plutôt que de subir les assauts de la  presse à scandale (si vous nous expulsez je dis tout à la télévision " propos comminatoire de sœur Monica à l'émissaire du Vatican venu enquêter et prêt à fermer les lieux). Les ex-prêtres en ont conscience: aux paroles lénifiantes de sœur Monica chargée de l'intendance et du bien vivre ensemble Nous menons une bonne vie, une vie de sainte répondent en contrepoint leurs propos réalistes  C'est moi l'Eglise!  Ici c'est une prison une prison de merde avec des prisonniers de merde

 

Le cinéaste insiste là où ça fait très mal quand le refoulé éclate: mensonges turpitudes fourberies, chiens décapités ou empoisonnés et accusation de Sandokan bouc-émissaire idéal -lui par qui le scandale était arrivé- victime sacrificielle qui n'en finira pas d'être tabassée sous les regards approbateurs des vrais criminels tandis que résonne la musique d'Arvo Pärt....

 

A situation explosive dénouement apaisé? (on vous laisse découvrir le modus vivendi qui clôt le film...)

 

CLD

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 07:13

De Kore-Eda Hirokazu

Avec Haruka Ayase (Sachi) , Masami Nagasawa (Yoshimo) , Kaho (Chika) Suzu Hirose (Suzu Asano)

Film japonais présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes

 

 

 

Argument: Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura (ville balnéaire au sud de Tokyo) . Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale

Notre petite soeur

C'est à la façon d'Ozu que Kore-Eda Hirokazu filme  les scènes -et elles sont nombreuses- des repas partagés;  il affectionne aussi les plans fixes -soeurs vues de dos mais dont on peut imaginer le regard scrutant un infini de paysages comme autant de paysages mentaux; ou vues de profil en plans américains-  comme pour souder une fratrie. Son  théâtre d'ombres grises, qui fait suite au noir du deuil, contraste avec les scènes  aux couleurs vives (match de foot, cuisines). Alternance constante entre intérieurs et extérieurs (un tissu semi urbain et/ou la plage). Chuchotements ou rires; pleurs réprimandes; inconscience et insouciance, érotisme revendiqué (cf le plan inaugural et en écho celui où Suzu offre son corps ruisselant de pluie, à sécher)  ou pudeur;  c'est toute une palette de sensations de sentiments mais aussi de non-dits, que le cinéaste explore, restitue par bribes et propose à notre regard souvent subjugué par l'élégance et la délicatesse de ces jeunes filles!

Chronique familiale que cette bal(l)ade légère et distanciée dans un univers sororal?

Ce n'est pas un hasard si le film s'ouvre sur les funérailles du père: pour le trio des sœurs ce sera un nouveau départ avec la présence acceptée de leur demi-sœur (dernier lien avec le père); ce n'est pas pur hasard si vers la fin on assiste aux funérailles de cette restauratrice (spécialiste des maquereaux frits ou des toasts d'alevins) :la sœur aînée Sachi sorte de marâtre dans ce  gynécée familial, accompagne aussi de par son métier d'infirmière, les mourants en soins palliatifs. Même désir exaucé chez les deux disparus "voir les cerisiers en fleurs" Or n'était-ce pas une voûte de cerisiers qui accompagnait tutélaire la balade  de Suzu et de son compagnon timide mais follement amoureux?

Les cerisiers et ces pruniers -dont les fruits servent à faire des liqueurs -Sachi offrira à sa mère le dernier bocal datant de l'époque de la grand-mère;-ces arbres, ces fruits comme des symboles et qui vont peut-être dans cette apparente chronique familiale, effacer les spectres du passé... Spectres à peine suggérés par des allusions ou plus clairement identifiés lors de conversations.

Mais peut-être... que l'incapacité à "dire" les choses, même dans des altercations plus violentes -où une tierce personne  met fin aux hostilités- serait  la clé de cette harmonie sororale !!!

 

"Suzu si tu veux parler de ton père..." Oui. Certes.  Mais ce sera après le temps du film....

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 07:21

De Christian Carion

Avec Olivier Gourmet, August Diehl, Mathilde Seigner

 

 

 

Argument: Mai 1940. Pour fuir l'invasion allemande, les habitants d'un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l'Angleterre

En mai fais ce qu'il te plaît

Ce film a été assassiné par Le Monde et Télérama (qui avaient par ailleurs encensé Lobster!!)

J'ose dire qu'il m'a plu. 

Il y a certes des invraisemblances dans le scénario (je ne veux pas dévoiler la fin). 

Mais le film, émaillé de documents d'époque retrace bien ce qu'a été cet exode. (sans l'avoir vécu nous en avons entendu parler)

La musique d'Ennio Morricone, éreintée par les critiques susvisés, accompagne agréablement les images. Les acteurs sont bons

 

Bref, même si ce n'est pas un "grand " film, on passe un bon moment.

 

Isabelle Lepicard

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 16:17

De Kheiron

Avec lui-même,  Leilla Bekhti  Gérard Darmon

Nous trois ou rien

C’est vraiment un film très réussi, qui allie le politique et un humour énorme, inattendu (la lutte en Iran contre le shah, puis contre Khomeiny, et l’exil en France d’un couple avec enfant et leur intégration réussie) .

Excellent dosage de grave, -voire dramatique- et de léger, enlevé, scénario bien ficelé, rythme bien trouvé. Belles images au moment de la fuite via la Turquie.

L’installation à Stains de cette famille de réfugiés est décrite de manière dédramatisée, tonique, et ça fait du bien, (ça change !) tout en restant le fruit d’une observation très juste, réaliste.

Bref, un film original, -avec des répliques vraiment marrantes-, bien interprété par des personnages sympathiques : Kheiron, le réalisateur qui raconte sa propre histoire, Gérard Darmon, et surtout la jolie et vive Leila Beikhti.

 

A voir, à Rouen au Pathé Gaumont les docks 76.

Il y avait du monde dans la salle avec un mélange de public (cinéphiles et black beurs), bref de la diversité qui se retrouve sur un film de qualité. La VF se justifie.

A voir, surtout après ces terribles évènements du 13 novembre à Paris. 

 

Serge Diaz

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 07:25

Film roumain de Radu Muntean

Avec Teodor Corban, Iulian Postelnicu, Iona Flora

Présenté au festival de Cannes, section: Un Certain Regard

L'étage du dessous

Cinquième long métrage (on se souviendra peut-être de "Mardi après Noël") de Radu Muntean (cinéaste moins connu que Corneliu Porumboiu, Cristi Puiu, ou Cristian Mungiu) le film "l'étage du dessous" frappe d'emblée par son parti pris de ne pas donner une dimension politique à une histoire "banale".. Foin de de cette peinture "en creux" d'une Roumanie post communiste. Le sentiment de responsabilité, qui peut se muer en culpabilité, est -ici- uniquement personnel, individuel. Anti-héros malgré lui ce Patrascu? Un quinqua tranquille qui balade son chien dans un square en vue d'un "concours" et qui lui-même à force de jogging et d'eau minérale pense venir à bout d'une légère surcharge pondérale. De retour après cet exercice dans un immeuble sans ascenseur il entend des cris, prête l'oreille. Il verra sortir un "présumé meurtrier" MAIS il ne dira rien (ni à sa femme, ni au policier, ni à ses potes). Seul avec lui-même et ce "secret" qui va le ronger de l'intérieur, d'autant que Vali, le meurtrier (?) s'incruste dans sa vie professionnelle et familiale.

C'est cela le cinéma de Radu Muntean: banalité apparente , tension sous-jacente . La banalité? Ou les gestes répétitifs du quotidien! Récurrence de ces plans fixes sur la façade de l'immeuble, cage d'escalier, scellés sur la porte, récurrence de scènes d'intérieur (un appartement quelconque mais avec de belles profondeurs de champ) récurrence des scènes du square, etc. Tension? On doit à l'acteur Teodor Corban (déjà vu dans le picaresque et valaque Aferim de Radu Jude) -qui bien évidemment est de tous les plans-,  de rendre palpable par un tout petit rien ce qui progressivement va le laminer de l'intérieur (regard, geste) jusqu'à la "révélation" finale sous forme de cauchemar....

Plans séquences, caméra fixe (souvent), absence de musique, voilà un film qui peut "dérouter" d'autant que RIEN n'est dit explicitement ni même suggéré (hormis le parcours dédalien voire kafkaïen pour l'obtention de papiers -et Patrascu, de par son métier aide à le simplifier- parcours que l'on pourrait mutatis mutandis mettre en parallèle avec son cheminement intérieur ?)

"tu veux que j'aille te balancer" lui dira Vali "c'est ce que tu attends"?

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 19:47

de Alexandr Sokourov

avec Louis-Do de Lencquesaing, Benjamin , Vincent Nemeth , Johanna Korthals Altes

musique: Murat Kabardokov

 

Francofonia, le Louvre sous l'Occupation

Tout se mêle la tempête, les naufrages, l'Europe, Paris, le Musée dit à un moment en voix off le réalisateur alors qu'apparaît sur l'écran de son ordinateur, le visage éploré de Dick à bord de son cargo; -il transporte des "tableaux", entendons la mémoire d'une civilisation-, sur les eaux tumultueuses et périlleuses de la Baltique!

Oui tout se mêle en s'assemblant, dans ce film composite: passé et présent, film et film en train de se faire (avec des claps; clin d'œil aux limites d'un genre? Ou critique des productions lénifiantes?), images d'archives et reconstitutions aux couleurs sépias, comparaisons entre le comportement des armées allemandes à Paris "occupée" et à Stalingrad (sauvagement détruite, ses milliers de morts sans sépulture à cause du froid), des métaphores visuelles, des récurrences "ironiques" (une Marianne en chair et en os se faufilant dans les galeries du Louvre, en déclamant l'article I de la Constitution; Napoléon Bonaparte petit bedonnant prétentieux répétant "c'est moi" "c'est moi" devant entre autres la toile de David célébrant son "sacre"). Le réalisateur utilise toutes les techniques et trucages: split screen, fondus enchaînés, surimpressions, incrustations, inscription à l'écran de la piste sonore, cadre qui s'élargit ou se rétrécit, alors que sa voix commente interpelle et nous invite à déambuler dans une sorte d'espace-temps aux frontières abolies

La trame? (cf le sous-titre) c'est l'incroyable "collaboration" dans la capitale occupée, entre le directeur du Louvre Jacques Jaujard et le comte Franz Wolff Metternich, directeur de la commission pour "la protection des œuvres d'art en France" dans leur "sauvetage" des chefs-d'œuvre du Louvre. (imaginons les Rembrandt et les Véronèse dans un abri des caves d’un château ...).  Le Louvre comme emblème d'une nation (la France ne se conçoit pas sans le Louvre tout comme la Russie sans l'Ermitage" affirme A Sokourov) La déambulation "mémorielle" se double ainsi d'une réflexion ou du moins d'un questionnement: quel est le sens politique d'un "rapport à l'art" ?? la culture comme fondement d'une nation?

On sort un peu "sonné"  ballotté par ces flux et reflux,  et l'on se dit  in petto: voilà un réalisateur russe si épris de notre culture patrimoniale qu'il s'en est fait le chantre audacieux ! (voir les raccords entre les tableaux, ou les très gros plans sur les craquelures par exemple)

"Si à l’instant de ma mort je ne devais retenir que deux choses de la vie, ce seraient la lumière du matin en été et la grande culture européenne".

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 20:27

Documentaire réalisé par Patricio Guzmàn (Chili, France, Espagne)

Ours d'argent meilleur scénario Berlinale 2015

Le bouton de nacre

"Si l'eau a une mémoire elle a aussi une voix".

Et pendant le générique de fin nous entendrons la voix d'une descendante des Indiens de Patagonie; (communauté exterminée par les colonisateurs); voix dont la raucité semble s'accorder avec le récitatif en kaweskar . Interviewée plusieurs fois dans le film par le réalisateur, cette  femme  nomade de l'eau  ne trouve pas l'équivalent dans sa langue aux mots "dieu" et "police" (pas besoin...) tout est dit dans cette absence. En filigrane se dessinent deux conceptions de la vie, deux cultures. Mais la plus barbare n'est-elle pas celle qui se prétend "civilisée"?.

Patagonie, Sud Chili . C'est là que nous mène un "bouton de nacre" ultime relique des prisonniers de Pinochet  jetés à la mer, morts ou vifs, attachés par des morceaux de rail! Dans "Nostalgie de la lumière" c'était  le sol craquelé du désert d'Atacama que les survivants interrogaient, à la recherche de leurs morts.

Autre "bouton de nacre"  celui que le colonisateur anglais plus d'un siècle auparavant a payé pour "civiliser" Jemmy Button (mais celui-ci à son retour d'Angleterre aura perdu son identité et la communauté colonisée, sa culture).

Morts indiens, morts de Pinochet. Leur mémoire enfouie dans les profondeurs océanes, Patricio Guzman les fait (re)vivre dans un film fluide comme l'élément liquide, riche en images d'archives, en illustrations et en témoignages, un film où se mêlent harmonieusement science, poésie,  histoire  et  politique ici la plénitude bleutée a remplacé l'aveuglante lumière du désert d'Atacama

Voici un bloc de quartz où perle une goutte  d'eau. Voici des images de la planète. Une voix off commente, tel le  sillage des eaux., elle nous transporte.  Voici  aussi des photos de visages (que le colonisateur assimilait à des monstres). Dépliées à même le sol (et filmées à la verticale) voici des "cartes imaginaires" (qu'à la fin du film on enroulera dans un coffre marqué du sceau "fragile"). Nous entendons le poète Raùl Zurita Homme à la beauté tragique, qui rappelle ce pays (propos du réalisateur) lui qui fut emprisonné au temps de la dictature évoque avec émotion l'histoire de son pays et dénonce entre autres, les fomentateurs du Mal.

Au final laissons-nous porter par ces hommes déguisés en esprits (photos impressionnantes de Martin Gusinde); Que nous chuchotent-ils? "les morts deviendront des étoiles"!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Un film bien sûr intéressant aussi bien sur la culture disparue de la Patagonie que sur les horreurs de la dictature de Pinochet mais l'ensemble du film fait un peu bric à brac et au fond un peu prétentieux en particulier sur la mémoire de l'eau..

M E  le 9/11/2015

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 07:15

de Laszlo Nemes

avec Geza Rhörig, Levente Molnar, Urs Rechn

directeur de la photographie Matyas Erdely; décors de Laszlo Rajk

Grand Prix festival de Cannes

Le fils de Saul

Saul Auslânder -juif hongrois- est membre du Sonderkommando dans le camp d'extermination d'Auschwitz. Son "travail"? À l'arrivée des convois accompagner les déportés jusqu'aux chambres à gaz; contenir le flot humain; inviter à se déshabiller et les conduire doucement --en leur promettant "une tasse de thé" - jusqu'à la Porte ….puis comme les lieux doivent être impeccables pour les exécutions suivantes, il faut récurer les sols, débarrasser les corps gazés, les transporter jusqu'au four crématoire, et disperser les cendres; et ce à un rythme infernal. Aides précieuses pour les nazis, les sonderkommandos seront eux aussi exterminés (dès que leur productivité n'est plus au rendez-vous). Tel était le "fonctionnement normal d'une usine de mort"; les SS désignaient d'ailleurs les corps par le mot "stücke" (les pièces). Laszlo Nemes dit s'être inspiré essentiellement de témoignages écrits (ceux cachés, enterrés avant la rébellion de 1944). ce qui lui a permis de "pénétrer chez les damnés du camp".

 

L'horreur, dans le film de ce jeune réalisateur hongrois (formé par Bela Tarr) n'est jamais montrée frontalement, elle n'est pas "spectaculaire" (comme dans de nombreuses productions...) elle sera hors champ ou dans le flou et ce faisant d'autant plus suggestive. Elle sera aussi audible (cf la vertigineuse bande son, tissu sonore où se croisent musique et langues diverses). Le réalisateur adopte un seul point de vue: celui de Saul. Et la caméra qui le suit de bout en bout est comme vissée à lui; le choix du format 1,33 - étouffant et pour Saul et pour le spectateur- permet d'être toujours à sa hauteur (nuque, visage de face de profil, comme en effigie parfois, en tête à tête avec d'autres; bras et mains qui brossent le sol, corps qui ploie sous le poids du cadavre de "son fils", à l'instar du Christ portant sa Croix). Geza Röhrig l'interprète-qui n'est pas acteur mais écrivain poète- Laszlo Nemes l'a choisi pour sa faculté à "être mouvant" (il est aussi beau et laid, profond et impassible, très vif et très lent); son visage souvent fermé au regard éteint ou hébété (mais les sonderkommandos n'étaient-ils pas devenus des "automates"?) s'illuminera deux fois -il sourit quand il caresse le corps mort de son "fils" et dans la dernière séquence quand- momentanément à l'abri suite à la rébellion-, son regard croise celui de l'adolescent dans la clairière.....( la suite restera hors champ)

 

Loszlo Nemes avoue et ne cesse de le répéter partout où il est invité "le film ne peut pas être beau, il ne doit pas être séduisant, surtout ne pas faire un film d’horreur". Pari certes réussi: la maîtrise technique est parfois glaçante; et l'empathie avec Saul n'est pas la finalité recherchée; mais deux bémols.

Malgré son aspect quasi "documentaire" ou du moins historique Le fils de Saul est avant tout une fiction (le titre est d'ailleurs évocateur): pour éviter à "son fils" une mort déshonorante, Saul recherche un rabbin qui dira le kaddish; quête obsessionnelle beaucoup trop longue même s'il s'agit d'illustrer une forme de résistance, encore que...- De même dans la séquence finale, la fuite de quelques membres du Sonderkommando vire très vite au "film d'action"..

C'est bien l'univers concentrationnaire qui sert de toile de fond à...une autre "démonstration" ou "parabole" c'est selon! 

Alors de grâce,  ne pas comparer avec "Nuit et brouillard" de Resnais!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Tout à fait d'accord sur toute l'analyse du film mais une réserve cependant sur le point de départ : la recherche désespérée d'un rabbin alors que Saul était tout à fait apte à dire le "kaddisch". On voit bien que c'est '"argument" du scénario ; c'est la limite d'un film par ailleurs remarquable.

 M E. (9/11/2015)

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 06:16

de Yorgos Lanthimos

avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Olivia Colman

 

 

 

ArgumentDans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, il sera transformé en l'animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s'enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

The Lobster

Une fois de plus, hélas, le meilleur du film est dans la bande annonce.

Hélas,  parce que si le sujet est très intéressant,  son traitement  caricatural est raté.

En effet montrer par une sorte de fable comment les normes sociales peuvent être étouffantes voire assassines, est un thème qui touche quiconque est malheureux ou heureux en amour, autrement dit la quasi totalité de l’humanité.

Mais le film ne trouve pas sa place, entre quelques touches d’humour et une musique tristement pesante, des couleurs froides et un personnage falot à la fausse moustache ridicule, des dialogues qui ne se répondent pas, des incohérences de scénario, le spectateur reste à distance et pense à d’autres films comme Farenheit 451 autrement réussi sur le thème des sociétés totalitaires.

Le casting international à consonance marketing et le tournage dans des endroits qui sont de partout et nulle part n’ancrent pas le film dans une histoire crédible (même pour une fable) qui nous permettrait de nous identifier. Le metteur en scène nous laisse en route parce que pas assez fou ni poétique, ni drôle ou même tragique. On ressort du cinéma en se disant que finalement la présentation binaire du sujet “être ou ne pas être en couple” est une manière un peu simple et frustrante de poser la problématique.

 

Serge Diaz

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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