23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:27

Documentaire réalisé par le cinéaste franco-irakien,  Abbas Fahdel (durée 5h55)

Chronique de la vie quotidienne en Irak, pendant un an et demi, avant et après l'invasion américaine de 2003.

Homeland : Irak, année zéro

La salle 4 de l’Omnia était pleine le week-end dernier pour assister au documentaire d’Abbas Fahdel.

Divisé en deux parties, le documentaire nous plonge dans l’univers familial d’une famille de classe moyenne plutôt intellectuelle (dommage qu’on ne connaisse pas exactement la profession du père et que la mère soit quasi inexistante dans le film).

Voyage intéressant sur l’avant l’invasion américaine en 2003 et l’après. Chaque partie aurait pu être amputée d’au moins la moitié chacune, trop de longueurs avec une caméra d’amateur ; mais au final un sentiment de colère et d’injustice face à cette terrible malchance que d’être né dans un tel pays à cette époque.

Le culte de la personnalité du dictateur Saddam Hussein apparaît clairement et donne la seule note comique à cette époque tragique; en revanche, comme toute dictature efficace, bien installée, elle a ses soutiens dans la population même et on ne sait plus très bien qui pense quoi et la méfiance règne. Dans la vie, il y a toujours l’insouciance des enfants, le rire des jeunes filles, et le réalisateur sait montrer que l’oppression, la guerre, font partie de la vie et que ça n’empêche pas les fous rires.  

Quant à la partie 2, tant attendue quand on a visionné la partie 1, ceux qui ne croyaient pas au cynisme de Bush et qui par naïveté croyaient encore au bien-fondé de son action, seront définitivement éclairés. On se demande même comment se fait-il que ce président prédateur monstrueux ne soit pas passé devant une Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité au lieu de couler des jours tranquilles dans son ranch du Texas !

Le documentaire se termine sans voyeurisme sur la mort d’un enfant de 12 ans de la famille tuée par un sniper du voisinage. Le chaos règne, le peuple subit une succession de désastres annoncés et on ne voit pas comment cela pourrait se terminer.

Et nous spectateurs, que faisons-nous ?... On laisse faire Valls et Hollande qui délogent, puis refoulent les réfugiés irakiens victimes d’atrocités ?

 

Serge Diaz

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 08:05

De Mikhaël Hers

Avec Anders Danielsen Lie (Lawrence), Judith Chemla (Zoé), Marie Rivière (Adélaïde), Féodor Atkine (Vladimir), Dounia Sichov (Ida), Stéphanie Déhel (Sasha), Lana Cooper (June), Thibault Vinçon (David), Laure Calamy (Anouk), Jean-Pierre Kalfon (Faris), Josh 

Musique David Sztanke « Tahiti Boy »

Ce sentiment de l'été

Balade et ballade, espace et temps, douleur et lumière, le film de Mikhaël Hers Ce sentiment de l'été mêle tout cela avec une douceur qui n'exclut pas la violence du deuil. Sasha brusquement s'effondre sur une pelouse; alors que le spectateur avait assisté à son réveil, qu'il l'avait suivie à son travail, qu'il s'était déjà familiarisé avec elle; cette scène inaugurale va donc l'inclure de façon quasi tangible dans le processus de deuil. Comment "survivre" quand on a perdu l'être aimé ? Sasha "femme" de Lawrence, Sasha soeur de Zoé?

C'est par des formules apparemment anodines (on se répète combien on est content de se retrouver en se donnant la bise), mais c'est surtout par des regards que les personnages échangent leurs émotions (et l'interprétation de Judith Chemla en Zoé est à cet égard exemplaire; Anders Danielsen Lie lui était peut-être plus convaincant dans Oslo, 31 août).

Le titre semble insister à la fois sur la légèreté (c'est la saison estivale c'est la lumière la chaleur) et la nostalgie (en ce sens qu'il se réfère au passé ce dont témoignent l'adjectif "ce" et le substantif "sentiment");  et d'ailleurs par détestation du numérique, le réalisateur a filmé en 16mm ce qui donne à l'image une sorte de patine....(celle précisément des souvenirs, du passé)

L'été? Le film nous transporte de Berlin -l'été de la mort de Sasha-, à Paris l'été suivant, puis à New York -soit le troisième été-, avec un passage à Annecy (où les parents de Sasha ont un chalet; et ce n'est pas pur hasard s'ils sont interprétés par les acteurs rohmériens Marie Rivière et Féodor Atkine). Douceur estivale? là ce n'est pas un simple cliché. Les décors urbains, les espaces parcourus, les habits légers (short le plus souvent pour Zoé) les couleurs, tout est empreint de cette lumière jamais trop vive qui vient moirer une terrasse, s'alanguir sur un banc, être à l'affût dans une embrasure de fenêtre, ou encore se réfracter et se diffracter sur le lac d'Annecy.

Une atmosphère bien particulière préside ainsi au souvenir, en l'enserrant  dans sa confrontation avec le présent. "Je n'y arriverai jamais" confie Lawrence un jour à Zoé "comment tu fais toi?"

Et pourtant....L'affiche est d'ailleurs éloquente: le personnage est vu de dos sur une plage mais son être semble attiré par ...Et après avoir vu le film on pourra  gloser ad infinitum !

Colette Lallement-Duchoze

Oui c'est un film réussi sur le deuil, bien maîtrisé, doux, sensible, intelligent.

Je pencherai plutôt pour l'attachante personnalité et le jeu de l'acteur norvégien si ténu, si intériorisé.

On tremble à l'idée d'un tel sujet réalisé par un cinéaste à la sauce américaine!...

Ce film est littéraire, à l'opposé de ces téléfilms qui nous gavent par leur pseudo-réalisme. Là aucune prétention de style mais de l'épure, sans effets tire-larmes.

Ce film nous touche au plus profond de l'âme.

Serge 23/02

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:10

De Joel et Ethan Coen

Avec Josh Brolin, George Clooney, Scarlett Johansson, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Tilda Swinton, Channing Tatum

Ave, César!

Il ne faut pas être grand clerc ni grand expert des studios Capitol Pictures d'Hollywood des années 50 pour déceler certains clins d'oeil, tant ils sont patents...N'en déplaise aux exégètes, là n'est pas l'intérêt du film!

Les frères Coen nous invitent à suivre le parcours quotidien du "fixeur" Eddie Mannix (officiellement il est chef de production, mais il est aussi payé pour régler tous les problèmes "collatéraux"). Une voix off annonce d'emblée que le personnage vit autant le jour que la nuit et le gros plan récurrent sur la cadran de sa montre rappelle qu'il doit régler en un temps record tous les dysfonctionnements.

C'est un personnage ambigu: d'une part en "bon chrétien" il va régulièrement se confesser pour des péchés véniels (tendance au tabagisme) mais il pratique sans vergogne ce qui n'est pas très "catholique" (camoufler la grossesse d'une actrice, promouvoir au rang de stars des acteurs incompétents, pactiser avec la presse en divulguant les pires mensonges, on en passe...)

La course du personnage impose au film son tempo . Comme Mannix ne cesse d'aller d'un plateau  à l'autre, de visionner les rushs, -quand il n'est pas sollicité dans son bureau par des appels téléphoniques ou des rendez-vous imprévus -, la comédie des frères Coen (avec cet effet spéculaire car Ave Cesar est aussi le titre d'un peplum en cours de réalisation) est faite d'une succession rapide d'extraits de films en cours de tournage -avec les technologies de l'époque: ballet aquatique (avec Scarlett Johansson), mélodrame (avec la nouvelle recrue qui ânonne, Alden Ehrenreich) comédie musicale (avec Channing Tatum en danseur de claquettes dans un bar), ave cesar où à chaque répétition sur le mont Golgotha, l'interprète G Clooney censé être aveuglé par la lumière du Christ sur la croix, achoppe sur le mot conclusif "foi" (coupez!) etc.

Et ce n'est pas la foi qui taraude ce dernier. Sans la comprendre (dans le film c'est un benêt) il adhère facilement à l'idéologie d'une bande de communistes (la séquence du sous-marin qui va emporter vers la Russie l'acteur danseur de claquettes frise le grotesque...). À l'époque "la guerre froide" sévissait aussi sur les plateaux d'Hollywood; tout comme on revendiquait le "Sacré" (cf le plan d'ouverture)

Les frères Coen s'en donnent à cœur joie pour épingler jusqu'à la caricature tous les représentants d'une industrie cinématographique (producteurs, acteurs, journalistes, réalisateurs) toutes les failles d'un système, en pénétrant dans ses coulisses….Un système qui n'en reste pas moins "producteur" de magie...

Colette Lallement-Duchoze

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 21:23

Film réalisé par Anne Fontaine

 

Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek,  Agata Kulesza

Argument: Pologne, décembre 1945.Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher. Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser...C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Les Innocentes

J'y allais à reculons craignant  voyeurisme ou  manichéisme . 

Ce film est merveilleux de pudeur et de réalisme sur les  réactions des personnages et leurs relations. .

Les différentes personnalités y sont présentées mais non jugées a priori. Le spectateur peut donc penser ce qu'il veut. 

Le scénario est inspiré d'un fait historique et d'un personnage réel : la jeune médecin interprétée par Lou de Laâge

Les acteurs sont très bons.

L'image est magnifique. D'aucuns diront qu'elle est trop classique. 

 

Isabelle Lepicard.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 15:41

 de Corneliu Porumboiu (Roumanie)

avec Cuzin Toma, Adrian Purcarescu, Corneliu Cozmei.

Prix un Certain Talent de la sélection Un certain regard,  festival de Cannes 2015

argument: A Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure…

 

NB: Ce que ne mentionne pas le pitch c'est qu'Adrian doit trouver impérativement une somme de 800 euros sinon c'est la failite assurée; or son arrière-grand-père aurait enterré sa fortune dans le jardin de la maison familiale, avant l'arrivée au pouvoir des communistes....

Le Trésor

Dans cette comédie satirique, cinquième long métrage de Corneliu Porumboiu, triomphe à n'en pas douter l'absurde. Mais c'est aussi plus subtilement peut-être une confrontation entre passé national et passé familial dont la "chasse au trésor" est le prétexte anecdotique, le déclencheur

Et la longue séquence du jardin vaut son pesant de métaux ...Elle est filmée comme un huis clos; les trois comparses sont enfermés  dans le jardin et simultanément dans leur "délire" (le propriétaire du détecteur désire empocher son dû, alors que Adrian et Costi d'abord sceptiques -le détecteur déclenche son alarme à tout bout de champ (sens propre) - se relaient à la pelle comme s'ils creusaient leur propre tombe). Pendant ce dur labeur, le récit d'Adrian sur "l'histoire" de la maison familiale vaut un cours "d'Histoire"; briqueterie forge, jardin d'enfant sous l'ère communiste, bar à strip-tease après la révolution de 1989 avant de revenir à la famille d'origine ...C'est l'histoire de la Roumanie à travers ses strates... comme apparaissent celles de la terre quand les deux comparses creusent le trou .. L'attente dans un commissariat où les gendarmes doivent faire appel à un expert, le voleur Luca, pour ouvrir la boîte....dit l'absurdité et l'incompétence du pouvoir et prête d'autant plus à rire (sourire) que tout s'accomplit avec le sérieux d'une placide  méticulosité, ce qu'accentue le choix de plans fixes. Et quand l'écran est envahi par l'image agrandie du fameux "trésor" (qui n'est pas celui escompté), c'est une autre "histoire" de la Roumanie qui se lit en filigrane, assez troublante pour tous les protagonistes, d'ailleurs !

On vous laissera découvrir les tractations dans l'univers glacé de la banque ou encore les achats de Costi dans une bijouterie de luxe; le jeu désopilant des contrastes à la Tati...

L'enfant joue un rôle majeur dans ce film; non seulement c'est sur lui que s'ouvre et se clôt le film (une véritable apothéose!!) mais le cinéaste signale comme en exergue la prégnance, dans l'esprit et le comportement des parents, des séquelles d'un certain régime; s'estimant une génération "sacrifiée" ou "en sursis" ils mettent tout en œuvre pour éviter à leur progéniture un sort identique; ce que confirmerait la lecture quotidienne de "Robin des bois"???

 

Colette Lallement-Duchoze

Tout cela est juste mais l'ensemble est un peu 'léger", scénario et mise en scène 

on ne rlt pas, on sourit.

Et on se prend à rêver de ce qu'en auraient fait les Italiens du siècle dernier.

Marcel  18/02

Le regard critique voire satirique du metteur en scène sur l'histoire de la Roumanie de ces 50 dernières années, en fait l’intérêt majeur du film.

Mais à l'instar de  l'intérieur des appartements, le film est minimaliste dans son scenario et au fil  du temps l'ennui nous guette.

Certes la fin du film est surprenante et donne de l'humanité au personnage principal

Claude 22/02

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 07:15

premier long métrage de César Acevedo. Colombie

Avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa

Caméra d'Or  festival de Cannes

La Terre et l'Ombre

Nous sommes dans la vallée du Cauca, Colombie. Sur un chemin bordé de plantations de canne à sucre, avance au loin un homme (sa marche vers...est filmée en temps réel); au passage d'un camion il est contraint de s'écarter, se mettre à l'abri; la poussière soulevée a recouvert de son linceul albâtre, le vert des plantations : c'est la scène d'ouverture.

Cet homme Alfonso, après 17 ans d'absence, revient  dans sa maison, au chevet de son fils malade. La maison est désormais le seul et minuscule  îlot d'humanité, dans un univers  gangrené par la surexploitation sucrière...

Le rythme très lent du film semble reproduire celui de la respiration du fils qui agonise, celui d'un cœur qui bat au ralenti; l'exploitation sucrière a non seulement saccagé la propriété familiale, mais elle vient de condamner un "damné de la terre"

De longs plans fixes, des cadrages savamment travaillés donnent corps à une suite de "tableaux" qui font alterner l'intimité d'une maisonnée (le fils alité dans une chambre aux volets clos; son enfant Manuel ballotté entre les aspirations contradictoires des "grands": la grand-mère rivée à sa terre, à ses racines, la mère décidée à partir alors que le père moribond ne veut pas, par amour filial, abandonner sa mère) et la révolte sociale (les ouvriers exténués par le labeur, menacent, s'insurgent réclament leur dû).

Des dialogues minimalistes (sur la rupture entre Alfonso et son épouse), un cri de révolte (celui des ouvriers) une colère hors champ (quand Alfonso somme le médecin de soigner son fils à l'hôpital); mais surtout des gestes, des poses, de gros voire très gros plans (la mère en piéta, caressant son fils, la toilette mortuaire où les parents sont comme réconciliés sur la chair de leur fils qu'ils aspergent d'eau lustrale, les visages des ouvriers filmés de profil ou en frontal). Tout cela crée une atmosphère de recueillement de désolation et de douleur où le quotidien banal est comme exhaussé à une dimension sinon mythique du moins universelle. Celle de La Terre et de l'Ombre

Des envolées lumineuses contrastent avec la grisaille (sens propre et figuré): Alfonso apprend à son petit-fils Manuel le langage des oiseaux ou à manipuler un cerf-volant (qui dans son assomption peut envahir tout l'écran ainsi transfiguré en voûte céleste)

Mais le souci de formalisme (qui vire parfois au hiératisme) est trop prononcé et sa prégnance non seulement englue les personnages dans un rôle récitatif mais loin de distiller une forme d'empathie,  laisse le spectateur comme en "retrait" .....

L'aspect politique, en revanche, est une des forces de ce film. Explicite ou simplement suggéré, il n'en est que plus convaincant !

 

Colette Lallement-Duchoze

Ce que vous dites sur "l'académisme" du film est tout à fait vrai; mais, tout étant consciente de ce travers , accentué par la lenteur de l'action, il m'a été agréable de me laisser charmer par l'image et la musique de ce film

Isabelle Lepicard 9/02

 

Je n'ai pas parlé d'académisme mais de tendance trop prononcée au formalisme virant parfois au hiératisme (c'est pourquoi j'employais délibérément un champ lexical du sacré : piéta, eau lustrale, assomption)

Colette 15/02

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 17:56

Film d'animation réalisé par Charlie Kauffman et Duke Johnson

 

Voix de Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan, David Thewlis.

Anomalisa

C'est quoi la douleur? C'est quoi être humain? c'est quoi être vivant? Telles sont les questions que pose Michael Stone, auteur du best-seller Comment puis-je vous aider à les aider ", lors de sa conférence pour personnels de hotline. Celle-ci fera l'objet de l'avant-dernière séquence de ce film d'animation en stop motion (technique d'animation image par image permettant de créer un mouvement à partir de prises de vues fixes); film pour le moins original, sur la standardisation des rapports humains...

C'est à l'hôtel Fregoli que Michael Stone descend à Cincinnati pour sa conférence prévue le lendemain. Or si un hôtel est un lieu neutre et aseptisé, ici le patronyme renvoie au syndrome du même nom- délire paranoïaque qui affecte un individu persuadé que le monde est une seule personne qui le persécute. Et de fait tous les personnages rencontrés ont le même visage, la même voix (les traits des "marionnettes" sont à peine dessinés et c'est la voix de l'acteur Tom Noonan que l'on entend, qu'il s'agisse de la femme et du fils de Michael , du chauffeur de taxi, du gérant de l'hôtel, du groom, de l'amante délaissée invitée à prendre un verre, du vendeur de sex-shop, etc...). Pas de doute, pour le réalisateur Charlie Kauffman ce syndrome serait la métaphore de notre monde moderne...

 

Dépressif ce quinquagénaire ? La séquence du cauchemar kafkaien– si étonnamment rendue avec ce masque qui explose du visage, le cheminement jusqu'aux profondeurs de l'hôtel, le recours à une voiturette de golf, le carré rouge qui s'ouvre dans les abysses du néant, la course effrénée au retour-, ainsi que les gros plans sur son visage et ses yeux hagards le prouveraient aisément. Mais une conviction l'habite: il y a quelque chose d'unique en chacun. Et c'est Lisa cette jeune femme complexée et timide, rencontrée le soir à l'hôtel qui l'incarne; or ne serait-ce pas précisément une anomalie?? (anomalisa étant la contraction du nom commun et du nom propre). La scène d'amour qui scelle l'humanité retrouvée est bouleversante par son mélange de réalisme de pudeur et d'humour! Mais ne serait-ce pas une simple parenthèse dans le parcours chaotique du personnage?? la preuve que le Bonheur est fugitif ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS comme la bande-son du prologue (brouhaha et rires) est reprise dans le générique de fin; comme in fine vont défiler sur l'écran les paroles "éclairantes" d'une chanson , avis aux spectateurs: ne pas quitter la salle trop tôt!!!

Film intéressant et pessimiste.

J'y ai vu surtout , en dehors de l'aspect paranoïaque bien souligné par Colette, le constat d'un monde terriblement formaté. Tous ces dialogues réalistes, très justes, renvoient à un monde unicolore, que nous connaissons tous. La vie ne serait elle que la répétition de scènes banales, conformes à notre univers social ? Attitudes clichés (cette Lisa avec ses mimiques très middle classe américaine), qui provoque l'ennui, et peut effectivement conduire à une conscience aiguë d'un monde en copié collé déprimant. Chacun se reconnaîtra dans cette aventure. Le tour de force d'utiliser des personnages animés pour rendre cette sensation d'aliénation culturelle est à souligner.

Serge 8/02

C'est ce que je formulais avec cette expression délibérément "cliché" : standardisation des relations humaines; le syndrome de Fregoli lui servant de métaphore...
Lisa, vendeuse d'Akron fait  peut-être"middle-class" , mais dans le film elle   tranche sur les autres et c'est cette singularité, cette ingénuité désarmante qui "séduisent" Michael et le guérissent pour un court instant de son taedium vitae

 

Colette 9/02

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:47

de Michael Almereyda

avec Peter Sarsgaard, Winona Ryder, Jim Gaffigan

 

 

Argument: poussé par le souhait de comprendre comment tant d'hommes et de femmes ont pu adhérer aveuglément à la doctrine nazie et à son lot d'horreurs, le psychologue Stanley Milgram décide de réaliser dès 1961 une expérience scientifique à base de décharges électriques visant à analyser les mécanismes qui poussent un individu à se soumettre à l'autorité

Experimenter, l'histoire de Stanley Milgram

Le sujet est intéressant: le test de Milgram démontrerait que obéir ou désobéir à l'autorité ne dépend pas seulement de notre caractère mais du contexte et d’un grand nombre de paramètres

Le film d'Almereyda n'est pas vraiment un biopic/documentaire  (comme on veut le présenter); le réalisateur a choisi une froideur presque glaçante  et imposé à l'acteur Peter Sarsgaard qui interprète Milgram, une certaine "distance" -ce qui ne l'empêche pas de traverser l'écran et de s'adresser à nous... alors qu'il est en pleine "expérimentation"

Preuve que le spectateur ne sera pas manipulé comme les cobayes de Milgram? ???

1H40  entre "adhésion" et "distance": mais c'est peut-être le but recherché!!!

 

Elisabeth

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 17:37

Film de Naomi Kawase

avec Kirin Kiki, Masatashi Nagase,  Kyara Uchida

 

argument: Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ». Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable...

Les délices de Tokyo

A lire les critiques, on peut se dire : encore un film sur les mérites de l’art culinaire !

Eh bien non, c’est beaucoup plus et mieux que ça.

Bien plus aussi qu’un voyage exotique dans un Japon aux rues  bordées de cerisiers blancs en fleur, le film de la talentueuse réalisatrice Naomi Kawase nous donne une grande leçon d’humanité.

En effet, il serait dommage pour le spectateur de connaître tout le sujet du film, et pour ne rien dévoiler de la deuxième partie , disons simplement qu’elle décrit (tout en le dénonçant finement) un Japon où le conformisme règne, où toute différence est mal vue, voire mise brutalement au ban de la société.

On imagine la réaction des spectateurs japonais face à un aspect de leur civilisation qu’ils méconnaissent.

 

Ce qui est montré, avec une grande poésie, nous émeut parce qu’il touche à l’universel.  

 

Serge Diaz

Les délices de Tokyo

Entièrement d'accord avec Serge.

Il faut aller voir ce film aussi et peut-être même surtout pour la deuxième partie que Serge a raison de ne pas dévoiler

Marcel 3/02/2016

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 06:39

De Bouli Lanners

Avec Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow

 

 

Argument: Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners), deux inséparables chasseurs de prime doivent retrouver un téléphone au contenu sensible, égaré par son influent propriétaire. Leur recherche va les conduire dans une petite ville paumée, où ils vont croiser Esther (Aurore Broutin) et Willy (David Murgia), un jeune couple en marge du monde qui semble fuir un grand danger

Les premiers, les derniers

Le cinéaste Bouli Lanners aime filmer de grands espaces (on se souviendra d'Eldorado) et les personnages qui les arpentent en voiture ou à pied, sont souvent bourrus marginaux mais profondément humains.

Ici la vaste étendue beauceronne; là un no man's land.

Des rencontres "improbables", (un cerf, un Christ flingueur, une momie, un ex croque-mort) des figures paternelles de "sages" (bonheur de revoir Max von Sydow!) viennent peupler ce film aux allures de western

 

Mais la symbolique (mystique??) est un peu facile

 

Le titre aurait dû m'alerter ...

alors je vous mets en garde...

 

Elisabeth

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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