9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 14:57

d'Alejandro Jodorowsky (France- Chili- Japon)

avec  Alexandro Jodorowsky, Adan Jodorowsky, Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Leandro Taub, Jeremias Herskowitz, Carolyn Carlson

 

Présenté à Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

Poesia sin fin

Deuxième volet d'une autobiographie "fantasmatique" Poesia sin fin nous transporte à Santiago dans le quartier où a vécu l'auteur, un quartier "reconstitué" comme le montrent dès le début ces photos géantes d'époque (1940/50) qui vont recouvrir les façades des maisons...

En sciant l'arbre (cordon ombilical?) l'adolescent rompt avec sa famille (il ne sera pas médecin comme le désirait son père tyrannique) Il va mener une vie de bohème, -errances nécessaires pour qui veut satisfaire cette unique et profonde aspiration, être poète. À la fin il embarque pour la France (rejoindre André Breton et faire revivre le courant surréaliste; annonce du troisième opus d'une trilogie?)

Premiers émois amoureux, premiers élans artistiques, rencontres avec le poète Nicanor Parra, avec la Muse Stella Diaz, plus qu'excentrique, avec des "monstres" des nains, la faune underground, les habitués de 'l'Iris bar" (où des serveurs octogénaires déambulent telles des mécaniques), c'est bien à un voyage "mental", une folie, un dévergondage qui sollicitent tous nos sens que nous convie le réalisateur. Amour, sexe, religion, famille, créativité, tout est dit montré illustré mais avec cette force explosive et jubilatoire qui en décuple la teneur.

Une séquence à peine terminée et nous voilà embarqués sans transition dans un autre "univers": celui du tarot divinatoire (avec Carolyn Carlson) ou le défilé de diables rouges et de squelettes ou encore cette idylle avec une naine... 

Et toute la pléthore d'épithètes: surréaliste onirique baroque fantastique déjanté farfelu fantaisiste peut qualifier ce film et prouver (s'il en était besoin) l'inventivité d'Alejandro Jodorowsky 87 ans, (il intervient plusieurs fois à l'écran pour "guider" conseiller le jeune Jodo - Adan, son plus jeune fils interprète son rôle et Brontis, son fils aîné joue celui de son père)

En fait ne se parle-t-il pas à lui-même? Et par-delà la mort à son propre père?

 

Le sens de la vie n'existe pas. Il faut juste la vivre

 

 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

je n'ai pas pu "supporter" l'outrance -tout en sachant qu'il ne faut pas prendre au premier degré...

Ismael 14/10/2016

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 14:06

Documentaire réalisé par Gianfranco Rosi (Italie)

 

 

Le cinéaste a passé plus d'un an sur l'île de Lampedusa pour faire son film. Il y raconte le parcours de ces milliers de migrants qui arrivent par bateau dans des conditions catastrophiques sur ce petit morceau de terre de 20 kilomètres carrés situé entre Malte et la Tunisie

 

Autre synopsis: Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l'école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n'est pas sur une île comme les autres. C'est Lampedusa;  une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté

 

Ours d'Or Berlin 2016

Proposé  pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère

Fuocoammare, par-delà Lampedusa

On reste sans voix plus qu'ébranlés par ce documentaire hors norme

inutile de "raconter"....

Je me contenterai de citer le réalisateur lui-même

Je pense que nous sommes tous responsables de cette tragédie, peut-être la plus grande que nous ayons vue en Europe depuis l'Holocauste","Nous sommes complices si nous ne faisons rien"

 

Alors Que faire?

 

Elisabeth

Réponse à Elisabeth
1- Si on n'est pas pressé, changer de gouvernement : ni Hollande ni Jupé encore moins Le Pen...mais à gauche toute !!!
2- Si on veut agir tout de suite : Association Welcome Rouen Métropole : on donne des sous et ça paie un logement pour des réfugiés en famille ou mineurs isolés. contact@welcomerouen.org Trésorier : Sylvain Legay 200 rue des Haies 76160 Saint Martin du Vivier
Salut & Fraternité !

Serge 8/10/2016

Sans "raconter" on peut toutefois mettre en évidence les qualités indéniables de ce film (sa construction qui juxtapose trois histoires et qui met tout en oeuvre pour converger vers la séquence "terrible"; les aspects métaphoriques -cet oeil "paresseux" de Samuele; l'art des cadrages et le travail sur la lumière; l'absence de dialogues quand la mer agitée se gonfle de vagues ou quand le ciel est envahi de lambeaux gris foncé; etc...)

Il me semble que le réalisateur se démarquant des images auxquelles la télé nous habitue en période de crise cherche moins à "faire passer un message" qu'à rendre le public "curieux, intrigué" et le "laisser imaginer et ressentir" (cf dépliant AFCAE: les "données" dont nous disposons écrasent notre perception du réel; faire en sorte  que le public puisse interpréter les images et pas seulement les regarder) 

Colette 

Désolé Elisabeth mais vous êtes à côté de "la plaque" car le réalisateur s'éloigne de toutes ces images "à chaud" que nous livre la TV
et vous réagissez comme si c'était un doc télé .
Ismaël 19/10/2016
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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 04:13

De Xavier Dolan (Canada, France)

Avec Gaspard Ulliel (Louis) Nathalie Baye (Martine la mère) Vincent Cassel (Antoine le frère) Léa Seydoux (Suzanne la soeur) Marion Cotillard (Catherine la femme d'Antoine)

 

Grand Prix festival de Cannes 2016

Juste la fin du monde

Le visage d'un homme les yeux masqués par les mains d'un gamin; c'est ce que donne à voir l'affiche du film. Lui c'est Louis (Gaspard Ulliel); il est dans l'avion; il doit rendre visite à sa famille qu'il n'a pas vue depuis 12 ans et lui annoncer sa mort prochaine .

Les yeux bandés ou la cécité  terrifiante ? C'est comme la nuit en pleine journée on ne voit rien j'écoute je suis perdu et je ne retrouve personne" (se lamentait Louis dans la pièce de Jean-Luc Lagarce dont s'est inspiré Xavier Dolan en  situant  l'action "quelque part il y a quelque temps" )

Après l'enfermement dans cet habitacle, Louis pendant quelques heures (et le gros plan sur la pendule à coucou les annonce dans cet ultime cheminement vers une mort annoncée.) va vivre un "cauchemar" face à l'incompréhension ou du moins l'absence de "communication" des membres de sa famille- les phrases les questions ont un double sens pour le spectateur complice... Lui tout en intériorité ne pourra jamais avouer les raisons de son retour. Serait-il déjà ombre ou fantôme? Et Xavier Dolan capte souvent sur son visage une expression en légère contre plongée.. comme s'il était déjà "détaché".  La famille? Hormis quelques plans d'ensemble le réalisateur la filme dans son morcellement (gros plans successifs sur les visages de la mère de la sœur du frère et de la belle-sœur Catherine; duos mère/fils; Louis/Antoine) et dans un décor aux tonalités feutrées avec des jeux de clair-obscur et d'audacieuses profondeurs de champ. Le choix systématique de gros plans fixes prolongés ou de plans rapprochés serrés, accentue le caractère oppressant de ce huis clos familial; mais chaque personnage n'est-il pas enfermé sur lui-même ? (paroles reproches invectives insultes, ces  mercuriales qui dessinent en creux leur enfermement...)

Le passé pour Louis ? La caresse sur le matelas à la recherche d'une odeur ne délivrera que poussière....Son futur proche? C'est son "rendez-vous" avec la Mort!

Bouleversant ce film l'est assurément mais beaucoup moins que la pièce de Jean-Luc Lagarce (il est vrai aussi que l'absence de didascalies laisse totale liberté à celui qui s'empare du texte .) 

Des musiques "racoleuses" pour CE genre de film; l'étirement inutile de la séquence qui oppose les deux frères (Antoine qui fustige le langage son inanité est soudain emporté par une logorrhée), outrance jusqu'à l'hystérie dans le jeu de certains acteurs  (certes elle est imposée par Xavier Dolan); la danse sur un air moldave qui aurait dû émouvoir frise le ridicule (maladresse des mouvements dans la fixité du plan); la symbolique un peu trop appuyée de l'oiseau qui sort de la pendule, son vol erratique le mène au trépas dans l'ultime pulsation d'un cœur qui bat....

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 04:41

De Rafi Pitts (réalisateur né en Iran en 1967  d'une mère autochtone et d'un père anglais, persona non grata dans son pays depuis Hunter !)

 

Avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Darrell Brit-Gibson

Soy Nero

Un film qui peut déconcerter tant il procède par ellipses et ruptures de ton -même si deux séquences importantes sont traitées de façon linéaire, la dernière souffrant même de certaines "longueurs"... . Mais ces procédés n'illustrent-ils pas le parcours chaotique de Nero ce jeune latino-américain de 19 ans dont l'"errance" va le mener du Mexique -où il a été expulsé après  les attentats du 11 septembre- aux USA, de  Beverly Hills au Proche-Orient? Il marche, il court, jusqu'à se confondre avec le mouvement traité telle une épure calligraphiant l'espace... À la conquête d'une identité qu'on lui a refusée ou dont on l'a spolié, il est Nero ce clandestin confronté à ces lignes de démarcation que représentent les frontières; et même s'il est engagé par l'US Army pour être lui-même un "garde-frontière", son sentiment d'appartenance à la nation américaine sera de courte durée et plus cruel sera le désenchantement ! Le réalisateur dédie d'ailleurs son film à tous ces soldats "immigrants" les green card soldiers" (ces "étrangers" qui pour devenir citoyens américains se sont engagés dans l'armée et que l'on expulsera!)

Des interrogatoires en échos (au tout début et à la fin avec la question lancinante de "l'identité"); des rencontres marquées du sceau de l'ambiguïté (un chauffeur qui le prend en stop à la fois père affable et vétéran détraqué; Jesus  le frère se pavane  dans sa luxueuse villa  (ah le rêve américain!) mais n'en est pas moins à la solde de trafiquants; les deux soldats afro-américains  en poste  à un checkpoint "rejouent" la rivalité East Coast/ West Coast).

Des raccords inattendus: nous quittons le frère, Jesus, et juste après nous sommes propulsés dans une zone désertique (Afghanistan? Irak?).

Des contrastes criants (misère de la clandestinité et opulence des nouveaux riches; ténèbres complices du fugitif et aridité craquelée  pétrifiée de soleil où est engagé le soldat).

Tout cela au service d'un questionnement sur la notion même de frontière (qu'elle soit ethnique, nationale économique, ou sociale) et des atrocités qu'elle génère (au nom de..), ce que suggérait d'ailleurs la parabole de l'éléphant et de la fourmi au début du film (une parabole destinée à Nero qui restait hors champ!)

Certes on pourra reprocher à ce film une forme de systématisme (chaque plan montrant de façon tangible ou suggérant plus subtilement une "ligne" de démarcation contre laquelle bute sans cesse Nero ….) et pourtant  quel sens de l'absurde dans le traitement d'un sujet qui nous concerne tous au premier chef :la nationalité des étrangers.

Un film où l'esthétique propre à la fable s'en vient  draper le réel -Nero après avoir franchi le mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis trompe la vigilance des garde-frontières à la faveur d'un ciel constellé des feux d'artifice du Nouvel An! Des myriades d'étoiles annonciatrices d'un "futur" plus faste? Mais  l'Odyssée de Nero n'en était qu'à ses prémices....

 

Colette Lallement-Duchoze

Soy Nero
Soy Nero
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 04:23

Premier long métrage de Bogdan Mirica (Roumanie)

 

Avec Dragos Bucur (Roman) Gheorge Visu (Hogas) Vlad Ivanov (Samir)

 

Prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) pour la sélection Un Certain Regard, festival de Cannes  

Dogs

 

 

Par un long travelling avant, la caméra nous entraîne jusqu'aux eaux boueuses d'un étang; silence oppressant que vient interrompre un étrange glouglou; c'est alors qu'émerge un pied ensanglanté. Raccord.  Fin du prologue. Long plan fixe: dans l'immensité déserte- seul, assis sur un banc, un homme attend (une voiture? un bus?). Ellipse: le même à l'intérieur d'une maison (celle de son grand-père décédé); dans un milieu assez hostile, il devra entre autres apprivoiser la chienne "Police" qui ne cesse d'aboyer.

Ainsi c'est par petites touches et le choix de longs plans presque fixes que progressivement se met en place l'intrigue. Lui? C'est Roman décidé à vendre la propriété de plus de 500 hectares dont il a hérité. Des terres infertiles mais qui bénéficient de la proximité de la frontière... Les vendre? c'est enfreindre le pouvoir de la mafia locale dont le grand-père était le "chef"... Casus belli qui transforme ces braconniers, -paysans frustes- en "chiens" tueurs, avec la "bienveillance" ou du moins la "complicité" de la police locale! 

 

Le réalisateur procède souvent par ellipses: dialogues laconiques, où triomphe le silence des non-dits ou des sous-entendus; jeux des regards; hors champ pour certaines tueries -ce qui ne l'empêche pas d'insister parfois sur la violence presque primitive - voir le gros plan prolongé sur le crâne de Pila sauvagement aplati au marteau par Samir !!! 

Décors et  thématique de la traque propres aux westerns, ambiances -surtout les nocturnes- propres au suspense -, omniprésence du Mal et marche inexorable vers la Mort- propres aux films noirs-, c'est avec un certain brio que Bogdan Mirica mêle différents  genres, dans cette sombre  tragédie. 

 

Certes on peut voir en filigrane une image de la Roumanie post-communiste. -filmée cette fois hors du contexte urbain et des huis clos oppressants auxquels certains de ses confrères nous ont habitués. Et si le pied -que le chef de police Hogas autopsie avec tant de méticulosité- en était précisément le symbole?

Mais le réalisateur -intéressé surtout par "l'absurdité de la vie qui est en même temps une dynamique de notre existence" - propose une autre interprétation "Dogs raconte l’histoire de trois hommes qui finalement, malgré les apparences, se ressemblent énormément. Ils ne font pas que s’affronter entre eux. Leur véritable bataille est celle qu’ils mènent contre eux-mêmes"

 

Un film à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Des qualités, certes, relevées par Colette,

mais à la fin on s'ennuie de tant de noirceur distillée à un rythme trop lent...

ME

29/09/2016

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 05:12

Documentaire réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai

produit par leur société  Falabracks créée en 2009

Relève: histoire d'une création

Je danse d'abord parce que j'aime la musique.

Et de fait pour sa création "Clear, Loud, Bright, Forward" destinée à ouvrir la saison 2015-2016, Benjamin Millepied -à la tête du ballet de l'Opéra de Paris depuis novembre 2014-, écoute d'abord la musique de Nico Mulhy (un collaborateur et ami). Il s'en imprègne, prend des notes dessine des figures.

Thierry Demaizière et Alban Teurlai l'ont suivi  depuis la réception de la musique jusqu'au soir de la Première! Leur documentaire entraîne le spectateur devenu complice dans les coulisses de cette "création"  -mais ce terme a une acception plus large; car les réalisateurs évoquent aussi les affres du "processus créatif" en général. De même que "relève" peut se décliner dans ses sens propre et figuré 

On est immergé dans le labyrinthe de l'Opéra, un huis clos géant (couloirs escaliers salles de répétitions, studios) On côtoie tout le personnel (de l'assistante Virginia Gris  qui trottine à la recherche du " maître" pour lui rappeler ses rendez-vous, aux costumiers maquilleuses éclairagistes) On sympathise avec le jeune chef d'orchestre Maxime Pascal, le compositeur Nico Mulhy et le maître de ballet. Mais surtout on assiste  aux répétitions...

Et l'on comprendra mieux les exigences du chorégraphe pour les pas de deux, les portés et les pirouettes "fluides" par exemple, ainsi que son empathie pour ses danseurs qu'il encourage et gratifie toujours. Une séquence (apéritifs chips) consacrée aux "ressentis" des danseurs dit leur préférence pour la "méthode Millepied" la comparant à celle de Brigitte Lefèvre qui aura dirigé la compagnie pendant vingt ans.

 

Mais quelle surcharge (pour ne pas dire lourdeur) et quelle afféterie: goût trop prononcé pour les ralentis, le recours au flou, les jeux de miroirs, gros plans sur une jambe ou un bras, comme si, détachés du corps, ils évoluaient seuls aériens. Bien plus, à trop vouloir mettre en exergue la "modernité" que revendique Benjamin Millepied les deux "journalistes" ont opté pour une mise en scène "high tech" avec des enchaînements qui rappellent les clips et de la musique électro en toile sonore!!

 

On retiendra malgré tout la volonté affichée de Benjamin Millepied (omniprésent à l'écran) de "bouleverser" tous les codes et les traditions d'une institution devenue légendaire (créée sous Louis XIV...): Concours annuels? Il les brocarde. Hiérarchie militaire? Il la vilipende. Racisme? Il le bafoue: n'a-t-il pas donné à la métisse Letizia Galloni le premier rôle pour "La fille mal gardée"? Rénover les planchers et les éclairages plateau, introduire le multimédia, rompre avec des principes qui empêchent un "lâcher prise", etc. Ce programme a-t-il été interprété comme une Révolution dévastatrice tel un tsumani? Et non comme une "relève"?

Est-ce pour ces raisons que le chorégraphe a donné sa démission quelques mois après la Première de Clear, Loud, Bright, Forward ? (création pour laquelle d'ailleurs il avait choisi non pas des danseurs étoiles, mais 16 jeunes issus du corps de ballet....)

 

Colette Lallement-Duchoze

Relève: histoire d'une création
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:06

De Hannes Holm (Suède)

Avec Rolf Lassgard Bahar Pars Ida Engvoll Filip Berg

Prix du public Festival de Cabourg (juin 2016)

Mr Ove

Qui se cache derrière ce nom énigmatique "Ove"? Un "Vieux râleur et suicidaire" comme le dit explicitement le titre du roman de Frederick Backman, dont s'est inspiré le réalisateur Hannes Holm.

Au début, le film illustre en une succession assez rapide  d'instantanés, les trois caractéristiques du personnage éponyme: lors de ses visites rituelles au cimetière, le sexagénaire Mr Ove  apostrophe sa femme Sonja et lui confie son désir irrépressible de la rejoindre; il tente plusieurs fois de se pendre, en vain... (c'est que "le suicide n'est pas une sinécure") il invective une jeune fleuriste, une femme et son minuscule "clébard", et tous ceux qui ne respectent pas les "règles" de la co-propriété; il ne tolère pas que "tout parte en sucette".  Il ne "vit" que dans le souvenir de LA femme aimée..

Un élément "perturbateur" -l'arrivée de l'Iranienne Parvaneh de son mari et de leurs deux fillettes -vient enrayer sa trajectoire et simultanément inversera progressivement les tendances: une fraîcheur venue d'ailleurs dans le  quotidien pesant de cet homme bougon voire psychorigide. ET comme le dit expressément le sous-titre  (un rien racoleur tel un slogan publicitaire) Il vous déteste vous allez l'adorer 

Tel serait donc l'intérêt du film: lézarder, effriter pour l'abattre définitivement, une façade, celle d'un personnage buté.  Mr Ove a en fait "un trop grand coeur" (sens littéral et figuré)

 

Hélas et contrairement à ce qu'on peut lire sur le dépliant, ce film ne parvient pas à un équilibre parfait entre le rire grinçant et la tendresse délicate

Oppositions et antithèses faciles (vie et mort entre autres; légèreté et pesanteur) flash back répétés sur la mièvrerie des sentiments amoureux (et ces gros plans sur les doigts amoureux qui se cherchent!!) Abondance ad nauseam de clichés. 

Et l'humour (car il s'agit d'une comédie à la limite de la farce) n'empêche pas les bons sentiments de s'étaler dans leur viscosité

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:02

De Mohamed Diab (Egypte)

Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz, Ahmed Malek

 

Film présenté à Cannes (section Un Certain Regard)

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne. Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s'en sortir ?

Clash

Titre détonant pour un  film percutant!

 

Intérieur d'un fourgon vide, c'est le premier plan de ce film. Cette apparente vacuité sert en fait de caisse de résonance aux violences extérieures. Et quand s'ouvre avec fracas la porte, sont projetés dans l'habitacle deux journalistes de l'AFP; ils auront beau se récrier rien n'y fait d'autant que l'ingérence des Occidentaux (et particulièrement des USA) est perçue comme une trahison. Suivront des pro et anti Frères Musulmans embarqués de force comme du bétail.

Début d'un Enfer. Enfermement claustral! Et ce durant presque 24h. 

 

La cohabitation forcée commence par de violentes invectives entre "frères ennemis". La caméra virevolte, s'arrête sur un visage, un geste (se dessine peu à peu la personnalité de chacun). Le recours aux plans serrés crée de toute évidence une sensation d'étouffement : le spectateur est lui aussi "embarqué"!

Le réalisateur fait alterner intérieur et extérieur. Un extérieur vu par les "prisonniers" qui s'adressent à d'autres "entassés" dans un autre fourgon (on s'inquiète du sort d'un proche) ou qui sollicitent une aide des forces de l'ordre alors qu'au loin on voit et entend la multitude des manifestants crier "l'islam vaincra". Le film conjugue  ainsi théâtralité (un peu appuyée) pour les protagonistes du huis clos et exercice "documentaire" -dans la  reconstitution des événements (affrontements émeutiers et police; bringuebalement dans les rues de la capitale)

 Il  obéit aussi à une double dynamique interne. D'une part les "embarqués" subissant les affres de la chaleur/fournaise  vont apprendre à s'apprivoiser mus par le même désir de survie; bien plus ils sauront faire abstraction de leurs "divergences" et s'entraider (cf. la scène où l'on boit chacun à son tour une gorgée d'eau; celle où Aicha donne les épingles qui agrafent son "foulard" pour suturer une plaie -même si le très gros plan sur la blessure a un côté racoleur...). D'autre part, Mohamed Diab a su créer une sorte de "tempo": à la violence succède l'accalmie (certes de courte durée); et la narration s'interrompt à plusieurs reprises par amenuisement de la bande-son avant le passage "écran noir" -qui joue le rôle de "balise" 

Si la séquence finale (où le fourgon est pris dans une manifestation si étrange que l'on ne sait plus qui est qui) est "ouverte" (en ce sens qu'elle laisse le spectateur décider du sort des "prisonniers") son traitement rappelle trop les écrans vidéo traversés de lumières et lasers verts alors que triomphait le bleu nuit stellaire (même si les manifestants utilisent ces lasers pour "brouiller" les pistes..)

Le  tohu-bohu du film est à l'image du chaos qui a suivi la destitution de Morsi. Mais on devine aisément que Mohamed Diab est surtout intéressé par l'humain (la séquence avec le sniper, le plan sur le corps gisant du père d'Aicha, le rôle de Nagwa l'infirmière sont significatifs). Sa vision n'est pas manichéenne! D'autant que l'on connaît ses convictions profondes : ni loi islamiste, ni loi martiale 

 

Colette Lallement-Duchoze

 
Clash

"j’ai été déçu car les gens ne retiennent que ce qui les met hors d’eux dans Clash. D’un côté ceux qui me reprochent d’être anti-gouvernemental, de l’autre ceux qui me reprochent d’humaniser des radicaux musulmans. Mais j’ai juste fait un film qui parle de la diversité égyptienne, qui se permet de critiquer la société dans son ensemble" Mohamed Diab

.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:50

de Bertrand Bonello

Avec Finnegan Oldfield (David), Vincent Rottiers (Greg), Hamza Meziani (Yacine), Manal Issa (Sabrina), Martin Guyot (André), Jamil McCraven (Mika), Rabah Naït Oufella (Omar), Laure Valentinelli (Sarah), Ilias Le Doré (Samir), Fred (Robin Goldbronn), Luis Rego (Jean-Claude), Hermine Karagheuz (Patricia) Adèle Haenel (a jeune femme au vélo)

Nocturama

Certains spectateurs reprochent à Bonello d'être un "irresponsable" (avoir osé faire un film comme le sien sur le terrorisme) Faut-il rappeler que Nocturama a été tourné bien avant les attentats de 2015? Prescience donc plutôt que complaisance! D'autre part le mot "terrorisme" - galvaudé il est vrai depuis le 11/09/2001 et en France depuis janvier 2015- ne convient guère à propos de Nocturama. Préférons-lui celui d'insurrection. Certes Bonello ne mentionne pas les motivations de ces jeunes (il est intéressé plus par le "comment" que par le "pourquoi"), même si quelques flash-back illustrent brièvement leur "rencontre" -le seul discours est celui laconique et plein de sous-entendus de la jeune femme à bicyclette "ça devait arriver".  Les jeunes "terroristes" du film incarneraient plutôt la figure de la rébellion. Ce que "cachent" les reproches serait peut-être d'avoir amalgamé dans le groupe de "poseurs de bombes", des jeunes aux appartenances sociales religieuses et ethniques très diverses (juifs arabes fils de bonne famille...) alors que dans le contexte actuel  en France on ne parle  que de "musulmans radicalisés" 

 Au moins le film a le mérite d’interroger "politiquement" le spectateur....

 

D'un point purement formel Nocturama est d'une beauté rare où TOUT (cadres, plans, mouvements, angles de vue, jeux de travellings, flash-back, scène hors champ vécue sur le mode cauchemardesque, split-screen etc..) est travaillé comme au cordeau

 

Nocturama (ce mot désigne la partie d'un zoo où vivent des animaux nocturnes avec des installations d'éclairage spéciales) se présente sous la forme d'un diptyque: préparation et exécution d'attentats aux points stratégiques du "capitalisme" et du "pouvoir" , puis enfermement/réclusion dans un grand magasin de "luxe". Son épilogue reddition et mort rappelle la tragédie antique

Le film joue ainsi sur l'opposition extérieur/intérieur; jour/nuit, mutisme grave (en I) bande sonore surdimensionnée (en II) Mais l'essentiel est  de "montrer" que quelque chose gronde sous la surface qu'une menace existe réellement même et surtout si elle est "masquée": couloirs dédaléens du métro (en I) huis clos (en II) avec écrans de surveillance vite remplacés par les split-screen. Le grand magasin lui-même devient le lieu de tous les "fantasmes": les mannequins s'animent, on se travestit on porte des masques, on peut manger et boire à gogo alors que sur les écrans géants défilent les feux d'un embrasement qu'on croyait jusque-là "virtuel" ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB: la Samaritaine dégoulinante de luxe dans Nocturama - où les jeunes doivent "attendre 10h"- ne renvoie-t-elle pas à la cage dorée où sont enfermées les prostituées de l'Apollonide? De  même la Jeanne d'Arc en flammes n'est pas sans rappeler la juive balafrée! 

 

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 07:07

De Jean-Christophe Meurisse

avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual,   

Et la participation de Claire Nadeau et Olivier Saladin

 

Film présenté à Cannes (Semaine de la Critique)

 

Argument: Céline, Thomas et Maxence vont toujours par trois. Ils veulent se marier, avoir une maison, un travail, des enfants sages et manger des huîtres tous les jours. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère. 

Apnée

Succession de saynètes, de sketchs ou tableautins, le film qui se veut "une sarabande libertaire et burlesque" s'ouvre sur la vaine tentative d'un mariage officiel à 3 où le maire d'abord compréhensif en vient à perdre sa contenance d'édile de la République, il se prolonge par une séance de patinage assez désopilante -trois corps nus avec des masques de catcheurs.

Tout serait-il à l'avenant?

On a vite l'impression que le film va manquer de souffle!

Certes çà et là le discours déjanté ou blasphématoire, la présence insolite d'une autruche dans une grande surface, celle de deux kukéris (était-ce la bébête show de la Croisette?), ponctuent un itinéraire globalement foutraque. Plusieurs sketchs sont assez cocasses en ce sens qu'avec un humour pince-sans-rire ils mettent à nu des maux de notre société: les règles du savoir-faire enseignées à Pôle Emploi, l'impossible communication entre clients et banquiers, les garanties exigées pour louer un taudis que le discours mensonger de l'agence présente comme "exceptionnel" , le rôle "éducateur" de la famille dans la longue et truculente séquence  avec Olivier Saladin

 Mais pour garder le "tempo", il eût convenu d'éviter des longueurs inutiles (quelques exemples: la séquence des chaussures collées au plafond, celle du Christ "décloué" qui ira laver son corps ensanglanté dans les eaux profondes sans les avoir apprivoisées, le bain dans une baignoire étriquée -pour un trio- d'un magasin de sanitaires avec vue sur une rue passante... et même dans le numéro de patinage artistique la longueur en atténue la grâce "aérienne"...

Cela étant, le talent de la troupe des "Chiens de Navarre" n'est nullement (re)mis en cause...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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