8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 17:08

De Gabriele Muccino (Italie)

avec Stefano Accorsi, Carolina Crescentini, Elena Cucci, Stefania Sandrelli

 

Argument: 

Une famille italienne se réunit sur une petite île (Ischia) pour célébrer les 50 ans de mariage de leurs aînés, Pietro et Alba. Lorsqu’un orage inattendu les surprend, tous les membres de la famille sont contraints de cohabiter pendant deux jours et deux nuits. Cette cohabitation forcée ravive bientôt les disputes oubliées et les vieux conflits, transformant l’île en véritable labyrinthe des passions.

Une famille italienne

La structure de cette tragi-comédie est certes intéressante ; de par son mouvement très rythmé -de l’arrivée joyeuse, au délitement avec crescendos et accalmies - en harmonie (?) avec la tempête qui oblige à cohabiter ; par l’alternance entre scènes de groupe et duos plus intimes.

Certes on sera sensible aux interprétations -entre autres- de Stefania Sandrelli, dans le rôle de la mère ou de Stefano Accorsi " l’artiste" de la famille

 

Mais dans cette galerie de personnages, le réalisateur insiste lourdement sur les fêlures, les ressentiments (jusqu’aux révélations finales que crache comme du venin la femme de Riccardo alors en retrait….)  Et que dire de ces crêpages de chignon ? Des éructations du père ? (Ivano Marescotti) Du comportement hystérique de Ginevra ?

Une galerie où défilent tous les archétypes (à la limite parfois de la caricature); où les renversements de situation (le bourreau qui devient victime et vice-versa) sont " prévisibles". Est-ce du grand guignol ?

Et l’on va passer d’un mari atteint de la maladie d’Alzheimer, aux amours naissantes entre deux ados, d’une famille recomposée aux tromperies entre maris et femmes, Bref du déjà vu et du déjà entendu (cf les clichés sur toute relation familiale) 

 

A tout cela s'ajoute une façon particulière  de filmer Ischia avec ses lumières, ses ruelles, ses rocailles, ses frondaisons en arborescence, son infini marin... Là où on était en droit d’attendre une interpénétration avec les personnages, on voit  le papier glacé d’une carte postale ....

 

Une famille italienne tient plus du roman-photo et du théâtre filmé que d’une radiographie douce-amère des âmes 

 

Alors Tutto bene ???

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 16:26

de Alireza Khatami (Chili France)

avec Juan Margello, Tomas del Estal, Manuel Moron

Prix du meilleur scénario Mostra de Venise 2017

 

argument:

Quelque part en Amérique latine...Le vieux gardien de la morgue se souvient de chaque détail de sa vie sauf des noms, y compris du sien. A la suite d'une manifestation qui a tourné au massacre, les miliciens investissent la morgue pour se débarrasser des civils qu'ils ont abattus. Après leur départ, le vieil homme découvre le corps oublié d'une jeune femme....

Les Versets de l'oubli

 

Voici  le vieux gardien de la morgue; il n'a pas de nom...  (excellent Juan Margello). Lente est sa démarche aux pas cadencés, rare sa parole et si bienveillant son regard.

Dans sa volonté de donner une sépulture décente à une jeune femme, (un acte éminemment politique) il  recourt  à des subterfuges  et il va côtoyer le fossoyeur (le prologue peut d’ailleurs être interprété comme une mise en abyme) une femme muette qui se rend régulièrement à la morgue à la recherche de sa fille disparue depuis 30 ans, un archiviste dont la parole s’apparente à des grognements et qui semble déboussolé par les sonneries intempestives d’un réveil...) et le chauffeur de corbillard à la parole à la fois résignée et truculente...

Le spectateur est immergé dans une forme d’espace temps: la dure réalité (les victimes de répression dans n’importe quelle dictature d’ailleurs risquent au mieux d’être enterrées dans une fosse commune au pire de disparaître...) côtoie l’onirisme (une baleine qui plane dans le ciel) et le passé retrouvé (les flashs qui s’imposent à la mémoire du personnage principal).

Le temps est comme  suspendu; et la caméra souvent fixe permet aux acteurs de cette odyssée contre l’Oubli d’entrer et sortir de son champ comme autant d’allées  et venues dans le labyrinthe de la pensée et de la Vie 

 

Une fable minimaliste aux qualités visuelles incontestables (lumière et ombre; clair-obscur) ; une chronique à connotation métaphorique (cf entre autres le jeu incessant entre les trois dimensions ciel, terre et  profondeurs chthoniennes)  Tel se donne à voir ce  premier long métrage d'un Iranien expatrié au Chili. Un film  que je vous recommande vivement! 

Dans le rétroviseur de la voiture qui  transporte le cadavre de la jeune femme, dérobé à la morgue, apparaît un jeune homme  Instant suprême qui dit le miracle de cette coexistence entre le passé et le présent ; la mémoire contre l’oubli

Colette Lallement-Duchoze

PS le 8/08 je viens de lire dans une "critique" "du fossoyeur nous n'entendrons que la voix" Faux. Au tout début (prologue) effectivement c'est sa voix qu'entendent le gardien et le spectateur; puis nous verrons sa main hors de la fosse puis son torse avant que ce fossoyeur ne soit assis au bord du trou qu'il vient de creuser. Ce  dévoilement progressif ne correspond-il pas à un autre dévoilement? Celui du passé du gardien? et ne s'inscrit-il pas dans la dialectique "mémoire et oubli"???

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 08:27

De Richard Eyre (G-B)

avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead

 

argument

Faut-il obliger un adolescent à recevoir la transfusion qui pourrait le sauver ? Fiona Maye, Juge de la Haute Cour, décide de lui rendre visite, avant de trancher. Leur rencontre bouleversera le cours des choses.

Libre adaptation du roman de Ian McEwan

My Lady
A lire le synopsis on pourrait se dire que c’est encore un sujet tire-larme plein de bons sentiments et de poncifs dans le genre mauvais téléfilm.
Heureuse surprise!  My Lady est le contraire de tout cela !
Outre une merveilleuse Emma Thomson qui vaut le détour à elle seule, la mise en scène est à la hauteur du sujet : épurée, équilibrée, maîtrisée, sobre et captivante.
 
Le réalisateur nous entraîne vers une complexification du propos : la justice au nom de la défense du citoyen doit-elle imposer la vie à celui qui la refuse ? (en l’occurrence ici : un jeune homme d’à peine 18 ans).
Rebondissements inattendus qui tiennent en haleine, humour anglais qui rafraîchit au passage, vie privée- vie professionnelle s’emmêlent : on ne s’ennuie à aucun moment.
 
Le film s’inscrit dans une réalité sociale d’aujourd’hui, mais touche à l’universel. Réflexion sur la foi, l’aliénation, le sentiment de responsabilité, le suicide, le droit
 
Tout concourt à travers une photographie impeccable à suivre les méandres de la pensée d’une grande magistrate anglaise.
 
Bref, un moment de bonheur cinématographique.
La qualité des films produits par la BBC n’est pas une légende.
 
Serge Diaz
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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 17:37

De Guillaume Brac 

avec Milena Csero, Lucie Gunstein, Jean Joudé, 

 

argument: 

Paris, sa banlieue. Cinq filles, cinq garçons. Deux histoires. Un jour d’été . Premier conte - L’Amie du dimanche Milena et Lucie, deux collègues de travail, profitent d’un dimanche ensoleillé pour aller se baigner sur l'île de loisirs de Cergy-Pontoise. Leur rencontre avec un agent de prévention très entreprenant met à mal leur amitié naissante.Deuxième conte - Hanne et la fête nationale Tandis que les festivités du 14 juillet battent leur plein, Hanne, une étudiante norvégienne, se trouve successivement aux prises avec trois hommes. Tout ce petit monde passe la soirée ensemble à la Cité Universitaire.

Contes de juillet

Deux contes, deux courts-métrages qui réunissent chacun cinq des jeunes étudiants du Conservatoire national d’art dramatique, deux approches du "marivaudage"  moderne, deux lieux bien identifiés (la base de loisirs de Cergy Pontoise et la Cité Universitaire), une journée de juillet 2016 ; une thématique commune  : comment sortir de sa solitude - à travers une intrigue simple faite de tentatives de séduction

 

Le titre et l’esprit de marivaudage renvoient bien évidemment à Rohmer : élans brisés, frivolité apparente, au spectateur d’être à l’écoute de ces intermittences du coeur….

 

Cela étant, malgré la  "fraîcheur"  malgré le désir de "bien faire"  qui anime ces étudiants, il y a cette fâcheuse tendance à « réciter » et pour certains d’évidentes difficultés à se déplacer dans l’espace ; cela vaut pour l’interprétation

 

En revanche on retrouve le sens de l’épure (Tonnerre) et surtout celui de la dramaturgie : mise en place mise en scène dans des espaces fermés -chambre d’étudiant, RER- ouverts -balade en barque, apprentissage insolite de l’escrime en pleine nature- interpénétration avec l’environnement, dénouement "soigné" comme la fermeture d'une parenthèse (désenchantée?) sur des instants fugaces de la Vie ; les "femmes" comme dans Tonnerre "dominant" la situation

Dans Hanna et la fête nationale on entendra les commentaires de la tragédie de Nice - en ce mois de juillet 2016-. Le contraste entre l'horreur -réelle mais hors champ- et la légèreté -fictionnelle mais ancrée dans le réel- n'en sera que plus troublant!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 03:19

de Benedikt Erlingsson (Islande) 

avec  Halldora GeirhardsdottirJóhann SigurðarsonDavíd Thór Jónsson

prix SACD de la Semaine de la Critique, festival de  Cannes 2018

 

 

Argument:

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l'industrie locale de l'aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d'Islande ...Mais la situation pourrait changer avec l'arrivée inattendue d'une petite orpheline dans sa vie... 

Woman at War
 

Sorti à l’Omnia de Rouen le 4 juillet, le film islandais de Benedikt Erlingsson reste toujours à l’affiche en plein été!
 
Le bouche à oreille pour ce film fonctionne à fond, tant ce film est réussi :
 
Un très bon scénario, une grande actrice, des paysages qui nous emmènent en vacances, une belle langue rocailleuse, un suspense politique, des répliques drôles, un grand humanisme qui traverse tout le film, des émotions justes et tantôt une musique de fanfare dramatique pour accompagner les séquences tantôt des mélodies ukrainiennes par un trio féminin, tout cela réjouit le spectateur qui plonge en résistance héroïque et juste avec ce personnage d’Halla, hors du commun, comme on aimerait en rencontrer dans la vie.
 
Un film à voir absolument pour la profondeur du  message qu’il diffuse et la grâce de sa forme.
 
Serge Diaz
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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 06:55

de Patricia Mazuy

avec Laurent Laffitte, Zita Hanrot, Philippe Girard

 

Argument:

Paul Sanchez, un criminel qui a assassiné toute sa famille et qui a disparu depuis 10 ans, semble être revenu sur les lieux de son crime ! Il est du moins signalé aux abords de la gare des Arcs dans le Var. À la gendarmerie de la ville, personne n’y croit, sauf peut-être Marion, une jeune gendarme de 25 ans. Elle va alors se mettre à le traquer seule.

Paul Sanchez est revenu

Après un générique « psychédélique » voici un homme épuisé prêt à acheter une voiture pour son épouse, mais sa banque refuse le virement ; au même moment une jeune policière trop zélée a retiré sa voiture à Johnny Depp au prétexte plus ou moins fallacieux d' "ébriété et fellation" ...; un journaliste avide de scoops ; et  l’annonce faite à (puis par)  la gendarmerie « Paul Sanchez est revenu »

 

Le ton est donné….En s’inspirant de faits divers (disparition de Xavier Dupont de Ligonnès ou du docteur Godard) la cinéaste va mêler plusieurs "genres" -drame policier, western provençal, comique de l’absurde, avec un jeu incessant et étonnant de "ruptures". Car la problématique est moins le fait divers en lui-même (et d’ailleurs s’agit-il bien de Paul Sanchez le criminel que l’on traque depuis dix ans ou d’un autre homme ????) que la façon dont on fantasme un fait divers…(le « cas » de Marion  est  exemplaire)

 

La métamorphose de Laurent Laffitte tout au long du récit (bête traquée, visage monstrueux filmé en gros plan, -surtout quand il téléphone- , paquet de chair garrotté, pauvre diable au regard hébété à bout de course et d’efforts, stature vue de dos surplombant, comme s’il le dominait, le paysage), le parallèle constant entre deux lieux -la gendarmerie où l’exercice du pouvoir est parfois grotesque- et l’extérieur où "sévirait"  Paul Sanchez;  le paysage provençal -avec ses anfractuosités ses escarpements le rocher de Roquebrune- qui épouse les convulsions et(ou) motivations profondes des uns et des autres-; la folle obsession de Marion;  le jeu de pistes et fausses pistes; tout cela participe d’une forme d’hystérie collective que dénonce précisément Patricia Mazury

 

Serait-ce pour autant un "film trop barré" ? raison pour laquelle il a été refusé au festival de Cannes ?

On peut en douter…

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 06:44

de Gustav Möller  Danemark

avec Jakob Cedergren Laura Bro J Ulrik Lohmann

 voix de  Jessica Dinnage Johan Olsen, Omar Shargawi

Prix de la Critique au festival du Film Policier de Beaune 2018

 

Argument: 

Une femme victime d’un enlèvement appelle le 112. La ligne est coupée. Le policier qui a reçu l’appel n’a que son intuition son imagination et son téléphone pour la retrouver

The Guilty

Le 112 c'est le n° d'urgence de la police au Danemark. Asger est à l'écoute, il doit localiser les appels -des infos livrées avec parcimonie nous apprendront qu'il occupe ce poste de façon provisoire et qu'il est tendu dans l'attente d'un procès-  "Où êtes-vous? Qu'est-ce qui ne va pas? Vol d'un PC, chute de vélo; des gens saouls des drogués  "On vous envoie quelqu'un" ...La routine ! 

Mais un appel l'intrigue: celui d'une femme désespérée, kidnappée enfermée dans une voiture "Quel véhicule"? Blanc "Quelle direction" "sais pas" qui est le kidnappeur? Appel coupé . Cette inconnue, il faut la sauver

 

Tout le film (un huis clos) repose sur les échanges téléphoniques entre Asger et les protagonistes :  la femme Iben, son mari Michael, sa fille Mathilde et tous les "collègues" du centre d'urgence. Conscient du danger qu'encourt la "victime" le policier veut faire avancer au plus vite "l'enquête" quitte à outrepasser ses prérogatives. Entraîné dans ses choix, le spectateur va lui aussi construire son propre film -hors champ- à partir des paroles, des timbres de voix, des pleurs, des bruits (remarquable travail sur la bande-son). The Guilty mise ainsi sur la capacité d'écoute du public et la puissance de son imagination

 

Par un effet spéculaire le huis clos de la pièce devient l'univers mental d'Asger et partant, celui du spectateur. Et quand "l'intrigue" bascule, quand Asger comprend qu'il a été piégé et qu'il fulmine de rage,  le spectateur lui aussi  est contraint de "changer de point de vue" . Le scénario ne reposant que sur la suggestion, le film invite ainsi à s'interroger sur la "représentation" , sur les "projections de l'esprit" à partir de commentaires entendus et conséquemment sur toute  la "machinerie" inhérente à la création cinématographique. De plus à travers la "confession" d'Asger -et le titre est à cet égard éloquent- le film interroge les concepts du bien et du mal.

 

Le cinéaste dont c'est le premier film, maîtrise un dispositif narratif minimaliste (un acteur, un décor fait de bureaux avec des postes téléphoniques et des ordinateurs, une voix) par le jeu des gros plans ou des plans rapprochés, le sens du cadrage, la répartition des lumières. Puisque la caméra  rivée sur le personnage d'Asger (qu'interprète avec brio l'acteur Jakob Cedergen) ne peut rendre compte de l'emballement, des soubresauts de "l'intrigue" , c'est le dispositif sonore et son pouvoir évocateur qui pallient ce "manque" et c'est assurément une réussite 

 

 

Un film à ne pas rater.

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 18:44

de Matteo Garrone Italie

avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, A. Baldari  Calabria

 

prix d'interprétation masculine Cannes 2018

Dogman

Un homme à l’allure chétive (il rappelle Buster Keaton ou Toto l’acteur de Uccellacci Uccelini ou du pigeon) il est toiletteur pour chiens, il aime son métier, parle aux animaux comme à des êtres humains, sait les amadouer C’est Marcello. En face un colosse/molosse Simoncino accro à la cocaïne violent sans état d’âme apparent, la brute épaisse qui terrorise le quartier. Leurs liens ? Le premier fournit de la drogue (l’argent récolté lui permettra de faire de la plongée avec Alida sa fille adorée…) et il croit en l’amitié…. Mais à force d’humiliations de bagarres de propos comminatoires, face au non respect de la parole donnée, trahi abandonné par les « siens » Marcello « craque »

C’est ce parcours, cette perte de l’innocence (propos du cinéaste) que « raconte » cette tragédie, inspirée d’un fait réel.

Dogman

Dès le premier plan, le spectateur recule comme pris à la gorge par les crocs -en très gros plan- d’un chien rétif au toilettage. En écho inversé à la fin les chiens encagés regardent, placides, le spectacle de la bestialité : le combat à mort de deux humains…..

L’environnement participe lui aussi de la tragédie : lagunes et béton à la périphérie de Naples ; une place entourée d’immeubles comme lacérés lézardés voire déglingués. Filmés à différents moments de la journée et de la nuit, ils sont comme la « ponctuation » du récit qui prend très vite les allures d’une farce macabre. Laquelle se mue en parabole politique : le visage de Marcello empli de douceur et d’humanité peut refléter une Italie en train de disparaître ; alors que Simoncino incarnerait le retour d’une barbarie (qui n’est pas l’apanage de l’Italie tant ce retour concerne d’autres pays européens….)

On peut regretter une surenchère dans le traitement de la violence (dernière séquence surtout) une complaisance dans le combat entre David et Goliath. Mais on ne peut qu’admirer la performance de l’acteur Marcello Fonte qui a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes. Ses sourires son phrasé son allure sa démarche et son regard surtout, c’est un coeur mis à nu. ; on y lit la peur la douceur, l’empathie l’exaspération. Et quand le rire se fait rictus, quand le regard s’enténèbre de colère froide, quand la parole devient sadique, il sera trop tard ….

Je raconte le parcours d’un anti-héros et ses mauvais choix aboutissent à la violence

 

Colette Lallement-Duchoze

Dogman
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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 17:40

De Quentin Dupieux 

Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier

Dans un commissariat parisien des années 70, un inspecteur de police particulièrement tatillon, cuisine à petit feu un pauvre bougre accusé de meurtre...

Au Poste!

Hormis le prologue ubuesque -ou bunuelien-:où dans une clairière un chef d’orchestre en slip rouge, chaussures et chaussettes noires dirige ses musiciens debout sur une botte de paille,- tout se passera à huis clos dans un poste de police. Mais la musique que nous avons entendue (Mozart) est  précisément celle qu’entendra de son poste radio, un préposé du Poste de police… "Au poste  dans le poste" ?

 

Unité de lieu (un commissariat) de temps (une nuit)  d’action (un interrogatoire) 

Un lieu aux boiseries d’un autre âge avec des portes qui permettent entrées et sorties (dont celle de l’employé venu chercher seau et serpillière rangés dans le placard où est "planqué" un cadavre !!! -celui de Philippe, le  borgne qui avait pour mission de jeter un œil sur le suspect pendant le temps de pause du commissaire!) Fiona  sa femme - Anaïs Desmoutier -méconnaissable mais truculente- a hâte de lui annoncer sa grossesse. Les autres lieux  - place déserte, immeuble, palier, appartement- illustrent telles des images mentales,  les propos de Fugain (le "prévenu" ) lors de son interrogatoire et jouent le rôle de flash back

Un interrogatoire centré surtout sur les 7 allers et retours (ou va-et-vient) du  "suspect" . De quoi est-il présumé coupable ? D’avoir découvert un cadavre lors de son 7ème aller et retour et de ne pas avoir alerté aussitôt la police….Suspect numéro 1. Et le commissaire  fait répéter (reprenons, reprenons) commente tape à la machine alors que le "suspect"  impavide -souvent - s'exécute; il  "reprend" lui aussi ....les incorrections syntaxiques   les impropriétés lexicales ou les tics de langage du commissaire ....qui s'exécute....

L’intérêt de cette comédie (policière) qui lorgnerait du côté des polars des années 70/80 avec Belmondo -si l'on se fiait à l’affiche rappellant  Peur sur la ville-,  mais qui assurément  est un clin d’oeil à Garde à vue de Claude Miller , réside à la fois dans le jeu des mises en abyme et la logique (faussement) absurde des dialogues.

Les allers et retours évoqués -visualisés aussi- par Fugain, à la fois tortueux et insignifiants ne sont-ils pas à l’image du cinéma de Dupieux (à moitié génial, à moitié poussif pour reprendre la formule d’un critique du Figarock que liront les acteurs … en s'interrogeant sur sa pertinence) ???  En écho voici les allers et retours du commissaire  : il interrompt son interrogatoire pour aller manger, rendre visite à son fils et il  s'invite dans le discours de Fugain pour en apprécier le bien-fondé

Le langage ? Des formules prises au pied de la lettre : corps à repasser, poumon qui brûle (d’où s’échappent les volutes de la cigarette du commissaire) côtoient le non-sens, le désopilant ; le banal devient comique (cf Buffet froid) et le regard parfois ahuri de Grégoire Ludig accentue cet aspect .

Si l’on ajoute cette jubilatoire contamination du présent par le rêve ou le fantasme (revivant les épisodes récents Fugain abolit les repères temporels) et l’excellente interprétation du duo Benoît Poelvoorde/ Grégoire Ludig, on ne peut qu’être enthousiasmé par ce genre de comédie où l’absurde distillé sans surenchère et l‘humour décalé renouvellent les codes du genre policier….Le rapport à la " représentation" culminera d’ailleurs dans le final

 

Au poste moins glauque que Wrong Cops moins déjanté que Rubber.? Certes car il s'agit ici d'un questionnement sur le langage, sur  les codes d'un genre littéraire et cinématographique, sur les attentes du public

Quoi qu’il en soit, mieux vaut un film barré qu’un film qui incite à se  barrer

 

Colette Lallement-Duchoze

Au Poste!
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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 06:01

De Laura Bispuri Italie 

avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu 

 

argument: 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Ma fille

Le film s’ouvre sur une scène de rodéo ; et voici la gamine Vittoria à la chevelure flamboyante qui surprend deux êtres copulant "sauvagement"  dans un recoin du corral. Hébétée elle retourne dans le giron maternel......

Le ton est donné !...bestialité chaleur écrasante, deux archétypes du féminin (la "sainte" Tina et la "putain" Angelica ) et au milieu une gamine qui va "grandir". Car le film retrace son parcours (à valeur initiatique) à partir d’un questionnement sur la "place de la mère" en même temps qu'évolueront  les deux mères adoptive et génitrice 

Bien que la thématique soit assez originale, et l’interprétation réussie (surtout Alice Rohrwacher en femme complètement déjantée et alcoolique mais si fragile..) il y a ce « je ne sais quoi » qui déçoit !

D’abord le contraste entre les deux archétypes, trop appuyé,  frise la caricature (très protectrice Tina peut être  castratrice ; trop égoïste Angelica est une mère irresponsable). La corrélation entre le paysage extérieur (chaleur qui minéralise tous les éléments) et paysage intérieur, est surlignée. Par deux fois -et à des moments clé dans le parcours initiatique des 3 d’ailleurs- le passage de motards éclabousse de son nuage de poussière éléments et personnages jusqu’à abolir tous les repères !! L’insistance (très gros plan sur le trou qui mène à une nécropole) que met Angelica à forcer la gamine à se faufiler ...au lieu de la connotation dramatique attendue devient presque grotesque ; et l’on pourrait multiplier les exemples ! Le plan final qui  met l'accent  sur la réconciliation et la fonction de guide dévolue à la gamine (andiamo) sacrifie la connotation à une simple dénotation

Au final, impression très mitigée !!!

 

Colette Lallement-Duchoze 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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