22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 06:47

De Lars von Trier  Danemark USA

avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman

présenté hors compétition au festival de Cannes 

 

USA années 70/80 Jack, un tueur en série solitaire sévit dans l'état de Washington. Ingénieur perfectionniste il développe une véritable passion pour la mise en scène de ses assassinats. Maniaque il cherche à commettre le crime parfait tout en considérant chaque meurtre en soi comme une ouvre d'art....

The house that Jack built

On le sait : Lars von Trier a autant de zélateurs que de détracteurs. Ses films dérangent ? C’est tant mieux

Lors de la projection de The House That Jack Built présenté hors compétition à Cannes, beaucoup de spectateurs ont, paraît-il, quitté la salle (la séquence où Jack abat froidement deux enfants et achève leur mère leur était insupportable ; « dégoûtante » )

Même s’il emprunte à la littérature et à la mythologie et qu’il cite explicitement Dante et la Divine Comédie (l’épilogue a pour titre « catabase ») Même si Jack -tueur en série dont la pulsion créatrice prévaut à tout- est un double symbolique du réalisateur, et de Dante, il ne faut pas se tromper sur la notion d’Enfer : les images de l’épilogue renvoient au bouillonnement rouge - cette fournaise de l’imagerie traditionnelle ? Oui ; mais la vraie damnation est bien ici et maintenant « hic et nunc » Puisque tout est devenu simulacre, l’entreprise forcenée de Jack sera précisément de faire tomber. les masques En montrant ce qu’ils cachent : la Chair. Alors nous assistons à un jeu de massacres en 5 épisodes (incident) : tous les « monstres » adorés de l’Amérique -dont la famille ou la blonde pulpeuse- seront terrassés ; le « tueur » sera alors à même de (re)construire (cf titre ) en un lieu presque sanctuarisé, son Idéal….Mais humour oblige : son entreprise est soumise à des diktats (les fameux TOC dont l’hygiénisme forcené) qui risquent de faire rater la démolition. Si Jack = Lars von Trier, les « cadavres » sont comme les « dépouilles » de ses films précédents (Jack en répertorie plus de 60 ; ils sont bien conservés dans un local -chambre froide- jusqu’à ce qu’ils servent de  matériau, de portique à la Maison Nouvelle dans laquelle vont pénétrer Verge (Virgile) et Jack …A noter que jusqu'à l'épilogue Jack était censé se "confesser" à un être "invisible" (Verge, Virgile dont la voix off questionnait, tançait ou prodiguait  des conseils)

Dès lors on peut se poser la question : ce film est-il vraiment trash et gore au point d’écoeurer (sens littéral) le public ? Que nenni. L’humour est très présent et le personnage presque « pathétique » : cf ses questions à ce "faux"  inconnu , ses constantes remises en question, les contraintes qu’il s’impose , son côté enfant sadique (et des flash back sur son enfance illustrent cette propension)

Persona non grata -suite à d’étranges propos tenus à Cannes il y a quelques années- Lars von Trier nous livre une œuvre palpitante -mais non nauséeuse- où l’on retrouve ce qui fait la spécificité de sa filmographie : découpage soigné, emprunts à la littérature à la mythologie, mélange de « picturalité » et de « documentaire »

Un film irrigué de citations, de musiques (Bach, entre autres et l'image récurrente de son interprète Glenn Gould ) qui se clôt sur  « hit the road Jack » !!

Un film à l'éventail esthétique déroutant (récurrence d'une scène d'animation, images d'archives, et/ou recyclage d'images de films précédents, jump cuts -ou faux raccords, sautes d'images si perturbantes que certains  spectateurs  les assimilent à des faiblesses de montage...; mélange de grotesque et de sublime); un film provocant (confectionner un porte-monnaie avec le sein d'une victime, tuer avec un démonte-pneu...et j'en passe...) 

Film un peu long certes ; longueurs dues à une certaine complaisance dans le traitement des différents meurtres? mais n’est-ce pas une autre forme de découpage??? ou dans les digressions -même assumées?

 

Un film à voir, assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

The house that Jack built
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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 15:25

Documentaire réalisé par Florent Vassault  France, USA

scénario Cécile Vargaftig 

 

ll y a plus de 20 ans, Lindy Lou a été appelée pour faire partie d'un jury. Depuis, la culpabilité la ronge. Sa rédemption passera-t-elle par ce voyage qu'elle entame aujourd'hui à travers le Mississippi, dans le but de confronter son expérience à celle des 11 autres jurés avec lesquels elle a condamné un homme à mort ?

Lindy Lou jurée n°2

cette robe jamais plus je ne la porterai….

Les gens allaient déjeuner et nous on donnait la mort

Est-ce que je deviens folle ?

En rentrant chez moi l’émotion a été trop forte (juré n°1)

Il aurait suffi d’une voix (juré n°9)

 

Lindy Lou est une femme très croyante ; c’est une électrice républicaine ; pour elle comme pour beaucoup d'Américains  du Mississippi la peine de mort est un acte de justice qu’on ne remet pas en cause… Et pourtant …. 20 ans après avoir, en tant que jurée, condamné à mort  Bobby Wilcher (qui à 19 ans assassina deux femmes de 46 coups de couteaux…) elle est taraudée par la culpabilité et le remords. Pour avoir rendu visite au meurtrier dans les couloirs de la mort, lui avoir parlé, elle a subi l’opprobre de son entourage…

 

Sa parole enfouie le film de Florent Vassault va la libérer.

Non pas rédemption (comme on peut le lire dans le pitch) mais plutôt réconciliation avec soi..

 

C’est le réalisateur qui lui a proposé d’aller à la rencontre des autres membres du jury, afin de savoir comment eux ont vécu ce procès cette sentence et comment ils continuent de les vivre aujourd’hui !

Le documentaire s’apparente ainsi à un pèlerinage en forme de raod movie. Nous suivons Lindy Lou au volant de sa voiture, (réceptacle idéal, caisse de résonance pour un un passé ressuscité, des aveux ou des commentaires sur les personnes interviewées, ) elle se « confie » à la caméra qui restera hors champ, laissant l’intime effleurer la reviviscence. Nous traversons avec elle les paysages du Mississippi -(à la fin du documentaire une succession de plans prolongés illustre en le résumant tout le parcours de cette femme devenue « exemplaire »  A sa grande surprise certains jurés partagent ses doutes regrettent leur « geste » (d’autant que tout a été bâclé 3h30 de délibérations) remettent en cause un système, alors que d’autres ont tout oublié ou refusent de parler ou se satisfont du verdict

 

Dans ce plaidoyer contre la peine de mort, le réalisateur refuse tout regard condescendant ou arrogant, comme il refuse de bout en bout une démarche par trop démonstrative,  je veux juste chercher un point d’équilibre ;

Que Lindy Lou jurée n°2 suscite des questionnements c’est son vœu le plus cher !

Pari réussi !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 05:24

Long métrage d'animation de Michel Ocelot  France Belgique

 

 

Dans le Paris de la Belle Époque, en compagnie d’un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle rencontre des hommes et des femmes extraordinaires, qui lui donnent des indices. Elle découvre sous terre des méchants très particuliers, les Mâles-Maîtres. Les deux amis lutteront avec entrain pour une vie active dans la lumière et le vivre-ensemble…

Dilili à Paris

Elle s’appelle Dilili ; originaire de Nouvelle Calédonie, elle est à Paris ; elle s’exprime dans un français impeccable pour ne pas dire « châtié » -celui que lui a enseigné Louise Michel. Sous l’égide d'une comtesse,  elle veut prendre le temps de se familiariser avec le Paris de la Belle Epoque. Mais sa déambulation dans la capitale se transforme très vite en enquête-cauchemar : des Mâles-Maîtres sévissent dans les entrailles de la ville réduisant en esclavage les fillettes capturées ; il faut les débusquer ; il faut les punir ; elle est aidée par Orel à bord d’un triporteur -qui allègrement dévale rues, escaliers, ou d’un bateau cygne qui glisse sur les eaux dans les égouts de Paris ; avant qu’elle ne soit elle-même victime de ces bourreaux misogynes...rejoignant le "troupeau" des fillettes encagoulées de noir rampant à "quatre pattes" et servant de siège au mâle oppresseur...

Et voici que défilent tous les artistes écrivains peintres (Picasso Toulouse Lautrec Monet Rodin Proust ) la cantatrice Emma Calvé, les scientifiques Pasteur, les figures féministes Colette, Sarah Bernhardt, Marie Curie , Louise Michel, les inventeurs Santos-Dumont...Tous nimbés d’une aura quasi céleste ils sont comme les « phares » de la culture (on pense au poème de Baudelaire) , ils seront les guides, ils apporteront un soutien dans la lutte contre les mâles- maîtres. Leurs noms ? La petite Dilili les inscrit sur son calepin (d’ailleurs les feuilles arrachées joueront le rôle d’indices quand Orel partira à sa recherche alors qu’elle a été kidnappée )

 

La scène d’ouverture aura eu le privilège de "surprendre"  le spectateur.  Est-on au pays de Kirikou ?? Un plan élargi et un travelling ascendant vont vite démentir cette première impression….

Sinon le conte et sa parabole féministe, la revendication de l’altérité, (alors que triomphe le racisme) la lutte contre l’injustice et la traque des mâles oppresseurs, pèchent par un excès d’explications (ah didactisme quand tu nous tiens) et une tendance fâcheuse au catalogue (on croit lire le bottin) que dessert une diction trop scolaire ! Manque de nuances, facticité du procédé !  

 

Certes il y a la technique, la profusion de couleurs, des ambiances, des univers à la Douanier Rousseau, d’autres très oniriques et comme nous sommes dans le Paris du début du XX° siècle la musique de Satie (entre autres). De plus Ocelot a retouché ses propres photographies de Paris afin de les faire « coller » à la réalité de la Belle Epoque. Il joue sur l’alternance contrastée entre le Paris de l’animation aux couleurs franches vives traitées en aplats, un graphisme qui rappelle l’enluminure et le sépia des photos retouchées ; de même qu’il joue sur l’opposition entre lumière et ombre -lumière des premières révoltes féministes et noirceur d’un monde chthonien où règne le mâle oppresseur-

 

Pour autant son message sera-t-il audible pour un gamin ? On peut en douter…Quant à l’adulte accompagnateur  s'il éprouve  le plaisir de « reconnaître » dans l’immense défilé tel ou tel artiste, sera-t-il à même de le partager???   

 Quoi qu'il en soit, laissons opérer la magie du conte: le  public est  transporté par la voix de Nathalie Dessay, le voici  à bord d’un dirigeable au-dessus des « miasmes morbides » dans un bleu constellé d'étoiles.  L'Ennemi a été vaincu !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Dilili à Paris
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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 14:33

de Sergei Loznitsa Ukraine 

avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriutà, T. Yatsenko

Prix de la mise en scène (Un Certain Regard) Cannes 2018

Des figurants enrôlés se retrouvent à témoigner d'un carnage tels de vrais civils devant les caméras de télévision. Nous sommes dans le Donbass, à l'est de l'Ukraine, et le secteur est en état de guerre -forces gouvernementales milices contre séparatistes pro-russes...

Donbass

Manuel de survie dans le Donbass en 12 leçons (c'est le sous-titre de l'affiche ô combien antiphrastique! Ou cynique! )

 

Traitées le plus souvent en plans séquences les 12 saynètes du film (et l’on passe d’un lieu à un autre avec un encart en bas de l’écran " territoire occupé /Ukraine orientale /check-point ; palais de/ frontière ukrainienne"  etc) illustrent le machiavélisme, le cynisme éhonté, la manipulation sordide des médias, la corruption à tous les étages (et ce au sens propre parfois). On contraint par la force ou la menace à avouer un crime qu’on n’a pas commis, on humilie (la scène où l’on fouette violemment un "déserteur" sous le regard complice  des bourreaux -du même camp ???- rappelle étrangement une séquence des "Sans espoir" de Jancso). La séquence avec le propriétaire d’une voiture "confisquée" au nom d’un idéal patriotique, vire au cauchemar dantesque (voyez la ronde de ces hommes implorant, de leur téléphone portable, l’aide -financière- de leurs proches, car ils risquent de…) Impassibilité souvent glaciale ou éructations grossières des Russes (ne pas oublier que le film est d’abord une diatribe à l’encontre du pouvoir russe, de ses représentants -civils et militaires qui occupent la région ukrainienne du Donbass…)

On retiendra la séquence du "prisonnier" donné en pâture en pleine ville: invectives camouflets crachats avant la bastonnade ; ils sont d’abord quelques jeunes hommes puis le cercle de badauds s’agrandit, cercle où des femmes, plus vindicatives et forcenées, rappellent les tueries commises par les "ennemis", avant de "célébrer" une mise à mort (justice immanente, loi du talion) le rituel sacrificiel étant stoppé in extremis par les soldats de garde ! Et que dire de ce "mariage" grotesque (la mariée en monstre fellinien) sous l’égide de la Nouvelle Russie? Le rire ne peut être franc tout juste safran alors que la salle des invités s’hystérise. A contrario le face à face entre la vice-présidente de Saint Théodose et le ministre -auquel elle vient demander une "récompense chrétienne"- est risible de par son outrance !!

 

Décors gangrenés par la lèpre (comme le sont les humains) mélange détonant (et détonnant) de baroque de sordide et de grotesque (à l’image d’une société détraquée). Une vision bien pessimiste simplificatrice et manichéenne (qu’on est loin de l’envoûtant "dans la brume" et de son questionnement si nuancé sur la notion de "responsabilité")

 

Le ton était donné dès la séquence d’ouverture : dans une loge, on maquille des visages, ceux de figurants enrôlés pour un reportage télévisé, ils seront les "victimes"  de déflagrations, (hors champ) et partant de dégradations.  En écho -contrepoint plutôt- à la fin les mêmes personnages que l’on grime mais ici .l’enjeu est d’une puissance démoniaque à couper le souffle, on va assister à la mise en scène littérale du crime, vite imputé à l’ennemi...On a quitté l’intérieur de la loge de maquillage. Plan extérieur, vue d’ensemble en légère plongée sur la place -alors qu’au loin des cheminées en trompe-l’œil émettent une fumée grisâtre immobile et que la voix susurrée des commentateurs (censés tourner un documentaire sur le « bon peuple » du Donbass) dénonce la tragédie et que chacun (personnel de TV ou de secours) s’affaire dans le rôle qui lui est dévolu...

 

La première victime de la guerre c’est la vérité

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB : Pour le camp ukrainien l’agresseur est la fédération de Russie alors que pour le Donbass l’agresseur est le camp ukrainien. Les médias russes prennent très ouvertement le parti du Donbass certes; mais les médias occidentaux n’ont pas de toute évidence le monopole de l’objectivité. On se rappelle l’art du storytelling de certains afin d’imposer UNE vision d’un conflit….

 

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 05:44
Soirée Moteur jeudi 4 octobre 18h Omnia

Soirée de présentation 

de la saison 2018/19 de Moteur, réseau des festivals de cinéma de Rouen 

 

 

jeudi 4 octobre à 18h à l'Omnia 

28 rue de la République ROUEN

 

 

à cette occasion, un programme de 7 courts métrages sera présenté

et un verre de l'amitié sera servi 

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 07:56

de Benoît Delépine et Gustave Kervern 

avec Jean Dujardin Yolande Moreau 

 

Argument:

"Escroc à la petite semaine immoral et odieux, obsédé par la réussite et allergique à l'effort,Jacques (Jean Dujardin) débarque dans la vie de sa soeur (Yolande Moreau), gérante d'une communauté Emmaüs, bien décidé à trouver la recette du succès".

I Feel Good

Une filmographie qui plaide pour l’humain en dénonçant les dérives d’un système qui broie les faibles et les éclopés de la vie, une esthétique déjantée qui exalte la colère (‘Aaltra Mammuth Le grand soir), c’est bien la marque du tandem Kervern Delépine. Pour I Feel Good, ils ont tourné dans le village Emmaüs de Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques) "une communauté alternative qui accueille les compagnons et développe plusieurs activités : une zone de bric-à-brac, une recyclerie-déchetterie et une ferme alternative" 

Yolande Moreau est Monique la directrice et Jean Dujardin le frère Jacques qui débarque -en peignoir...- Nourri de clichés empreints de macronisme ; clichés qu’il récite comme un bréviaire (et il est truffé de perles !!!) ce loser, est moins à la recherche d’un travail "authentique" que d’une idée qui devrait le rendre immensément riche...Jusque-là tous ses plans ont foiré -et à mesure qu’il les évoque, face à sa sœur médusée, leur illustration à l’écran en dénonce l’imposture ...et le ridicule

L’affrontement (verbal) entre le frère et la sœur ou l’illustration d’un clash entre le monde de la solidarité et celui du profit à tout prix ? (à un moment Yolande Moreau murmure, aimante et bienveillante, les bienfaits de la solidarité, d’un monde qui n’est pas contaminé par la violence mortifère de l’argent et le village -groupuscule- en est la preuve  éclatante )

Mais le film réserve des surprises: le frère a réussi ...à convaincre des compagnons en quête d’une certaine IMAGE (vendue comme condition sine qua non de leur  bonheur ou du moins d'un mieux-être) , de pratiquer une chirurgie plastique à bas prix...en Bulgarie….

Et au final un vrai twist ! Comme ultime pied de nez !!!

Si le choix du plan séquence assure une certaine fluidité (ce qu’a toujours privilégié le duo de metteurs en scène) si le jeu des deux acteurs est "impeccable" (surtout Jean Dujardin qui pour le rôle s’est inspiré de Vittorio Gassman) si la comédie aux allures de fable entraîne sinon l’adhésion du moins la connivence, il y a néanmoins quelques "longueurs" et cette "fâcheuse impression" d’un spectacle cadré et apprêté, ce qui risque d’altérer le plaisir du spectateur.

Il est vrai qu’on est loin de la veine surréaliste dAvida de l’inventivité d’Aaltra et du duo frappadingue du "grand soir"….

 

Colette Lallement-Duchoze


 

 
Le couple de copains-réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kerven sont tout le contraire des frères Dardenne. Ces derniers traitent du social avec talent et profondeur, émotion et tragique, et nous transportent ; les auteurs de I feel good, eux,  se servent du social mais ne déclenchent aucune réflexion, renversent les situations pathétiques en comique de répétition, et  lassent le spectateur même bienveillant au bout de quelques répliques.
Jean Dujardin n’est là que pour attirer du public, la folie du frère de Yolande Moreau jouée sans nuances n’est finalement plus une critique de l’esprit libéral mythomane à la Bernard Tapie mais un simple cas pathologique caricatural qui nous éloigne de l’intention des cinéastes de dénoncer le credo macronien.
En résumé, un film un peu raté sur le plan politique, ambigu même sur le fond car on rit davantage des pauvres hères naïfs et demeurés que de leur manipulateur. Dommage, dans un autre style le sujet aurait pu porter bien plus loin.
La fin du film sous forme de rédemption ne réussit pas non plus à nous convaincre de l’intérêt humaniste du message que les deux réalisateurs, gentiment anars, laissaient entendre dans leurs interviews.
Espérons que leur veine ne soit pas tarie, mais je le crains...à moins de sortir du style “sketch pour télévision grand public”.
 
Serge Diaz (2/09/18)
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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 04:58

De Jacques Audiard (USA France)

avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed

 

Ce film présenté à la Mostra de Venise a obtenu le prix du meilleur réalisateur (le 8/09/2018)

 

En 1851, dans l'Oregon, les frères Eli et Charlie Sisters sont deux tueurs à gages engagés par le Commodore, pour récupérer la formule du chimiste Hermann Kermit Warm et tuer celui-ci à l'aide du détective John Morris....

 

Les Frères Sisters

En s’attaquant au genre le plus canonique Jacques Audiard -dont c’est le 8ème film- semble avoir réussi son  pari

 

Comme Leone -pour ses westerns dits spaghetti – il a tourné en Espagne  les scènes d’extérieur, les 3 régions sont mentionnées dans le générique de fin, (les scènes d’intérieur ont été filmées dans des studios en Roumanie) ; comme dans le western dit crépusculaire il complexifie les caractères : Charlie et Eli Sisters seraient les deux faces d’une même médaille et ce duo -à la gâchette facile- est par un effet spéculaire dupliqué par cet autre :Warm – le chimiste- et Morris -le détective lettré ; il fait de la traversée de l’Orégon à la Californie en passant par Mayfield, une fable picaresque avec un substrat moins "moral" que philosophique ou psychanalytique. Entendons par là que l’aspect circulaire (à la fin de leur périple les deux frères dont l’un amputé retrouvent le giron maternel), et  l’image du père -elle s’impose sous forme de cauchemar, elle a son équivalent dans la figure du Commodore redoutable et invisible- renvoient explicitement à Freud alors  que la vision d’un monde plus égalitaire en phalanstères, celle revendiquée par le chimiste, à l’opposé de la recherche effrénée du profit personnel, confère à ce film une portée "politique". .Certains aspects : la recherche de l’hygiène - découverte amusée de l’usage de la brosse à dents ou d’une chasse d’eau-  ,le  symbole de l’araignée qui a fait son nid dans la bouche d’Eli, l'amputation (castration?), le  jeu constant d’inversion (Frères/Soeurs, Mme Mayfield tenancière Virago) renvoient à la fable (apologue?) alors que d’autres : scintillement des pépites grâce au produit miracle de Warms, fragrances dont s’imprègne Eli alors qu’il touche délicatement l’étole de la prostituée, écran noir qui joue le rôle de raccord cut,  s’apparentent à une forme d’onirisme qui contraste avec la violence qui a précédé ou qui va suivre….

Les coups de feu seront quasiment hors champ (on leur préfère un crépitement étoilé), pas de très gros plans prolongés (hormis sur le cheval d’Eli moribond), des effets de ralenti ou quelques fondus enchaînés, une voix off celle du détective lettré qui  joue le rôle de narrateur, le fait d'écrire, lire philosopher pendant certaines "pauses", tout cela qui en soi n’est pas innovant, l’est indubitablement dans le genre western revisité par...

La scène d’ouverture (cf affiche) mériterait un commentaire particulier tant elle encode le film et pour la forme et pour le sens

 

Jacques Audiard en "renouvelant" un genre a fait la part belle à la musique d’Alexandre Desplat, tout en dirigeant quelques monstres du cinéma américain dont Joaquin Phoenix et John C Reilly (qui est plus ou moins à l’origine du projet)

 

Un film à voir, certes, mais qui à mon humble avis ne mérite pas la critique dithyrambique de certains commentateurs patentés (les mêmes qui avaient encensé les lourdingues "de rouille et d’os" et  "Dheepan")

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 02:33

de Germinal Roaux

avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d'Assumçao

 

 

Sélectionné à la Berlinale dans la section «Generation», dédiée à l’enfance,  ce film a reçu l'Ours de Cristal pour le meilleur film et le Grand prix du Jury International de Generation 14plus

 

 

Fortuna jeune Ethiopienne de 14 ans est accueillie avec d'autres réfugiés par une communauté de religieux catholiques dans un monastère des Alpes suisses. Elle y rencontre Kabir, un jeune Africain, c'est le coup de foudre. C'est l'hiver  et à mesure que la neige recouvre les sommets, le monastère devient leur refuge mais aussi le théâtre d'événements qui viennent ébranler la vie paisible des chanoines. Ceux-ci vont-ils renoncer à leur tradition d'hospitalité? Parviendront-ils à guider Fortunata vers sa nouvelle vie?

Fortuna
Mon Dieu quel ennui !
 
Peut-être est ce dû à mon esprit laïc allergique à la compassion religieuse mais je n’ai aimé que 3 minutes du film : la conversation entre le moine interprété par Bruno Ganz et l’acteur Patrick d’Assumçao, interprétant une sorte d’homme à tout faire du monastère. Il s’agit de savoir si la jeune Ethiopienne de 14 ans, enceinte d’un Africain qui a fui le monastère, doit avorter ou pas. Bruno Ganz dit “parfois on fait le mal en voulant faire le bien”. Et les choses en resteront là.
 
Le scénario est bien maigre, le noir et blanc mal éclairé rend encore plus sinistre le déroulé de l’histoire quasiment tout le temps sous la neige . Les plans sont longs sans recherche esthétique particulière autre que du déjà vu des ambiances bibliques.
Nous sommes dans la tristesse jusqu’au cou, et j’ai senti de la part du réalisateur comme un voyeurisme de type religieux très malsain, voire... de plus : démobilisateur.
 
La compassion est une condition nécessaire mais pas suffisante.
 
Il serait intéressant de comparer ce film avec le documentaire Libre qui sort en même temps à l’Omnia cette semaine, sur le même thème.
L’ambiance ne sera pas la même !
 
Serge Diaz
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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 16:20

De Jim Cummings (USA)

Avec lui-même, Kendal Farr, Nican Robinson

Section ACID Cannes 2018 

Grand Prix Festival de Deauville 2018

 

L’histoire de Jimmy Arnaud, un policier texan qui essaie tant bien que mal d’élever sa fille. Le portrait tragi-comique d’une figure d’une Amérique vacillante.

Thunder Road

Écrit réalisé interprété et produit par Jim Cummings ce film s’ouvre sur un (trop) long plan-séquence qui sert de prologue : les funérailles de la mère. Jimmy Arnaud officier de police, le fils, s’abstrait de l’assistance et il va prononcer une oraison funèbre faite de paroles à la fois convenues et inattendues, de gesticulations, de pleurs non maîtrisées ; et patatras le lecteur CD ne fonctionne pas...on ne pourra entendre le morceau préféré  de la défunte! qu’à cela ne tienne Jimmy Arnaud en pantomime muet exécute Thunder Road …. (C’est sur ce plan que le film se clôt d’ailleurs ; "rappel " inutile,  n’importe quel spectateur l’aurait mis en parallèle avec la chorégraphie à laquelle assistent le père et la fille dans la dernière séquence…)

Le ton est donné. Celui de la logorrhée et du dérapage (non) contrôlé. Et de fait, nous allons assister à une succession de "ratés" tant dans la vie privée (divorce, garde de l'enfant Crystal) que professionnelle (désobéissance, propos comminatoires) de cet homme. Qu'on est loin des propos affichés avec arrogance quand son "ami" lui demande si ça va "si un jour tu me vois me battre avec un alligator, aide l'alligator"  Ratés et pertes successives ponctuent l'itinéraire de ce (faux?) bravache. A travers Jimmy Arnaud le réalisateur/acteur semble dénoncer des schémas culturels et des comportements qui font florès dans le sud des Etats Unis, où le "mâle" rêve d'être John Wayne. Si l'acteur est talentueux, si le film fait la part belle aux plans séquences, si l'alternance violence/accalmie, larmes/rires crée un tempo, si le personnages est presque pathétique - à l'instar d'un clown- dans sa vaine tentative de "revenir en arrière", il y a ce je ne sais quoi qui peut vous laisser à quai ....

à vous de juger !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 05:20

d'Emmanuel Mouret 

avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz

 

argument: 

Mme de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...

Mademoiselle de Joncquières
Ce film est un régal pour les yeux, les oreilles, le cœur et l’esprit.
 
La belle langue française du XVIIIème siècle est à l’honneur dans ce festival d’habiles et raffinés dialogues, ponctuée par des musiques d’époque. Les costumes et les coiffures des femmes en harmonie avec les décors sont un enchantement. Cécile de France incarne une femme perverse certes, mais si séduisante ! et son jeu est parfait. Edouard Baer ne badine pas comme on aurait pu le craindre, ses répliques sont autant de traits d’esprit qui traduisent la philosophie libertine de l’époque : Névrose de la séduction quand tu nous tiens !
On nous dit qu’il s’agit d’une vengeance féministe contre ces hommes qui séduisent pour mieux abandonner leur proie, prémisse d’un combat contemporain mais le procédé utilisé par la Marquise pour se venger du désamour du Marquis est tout aussi cruel même si la fin surprend tout un chacun.
 
C’est léger, profond, bien mené, et ça donne même envie de lire ou relire Diderot !
 
A voir comme un élixir de jouissance.
 
Serge Diaz
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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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