3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 17:01

Documentaire réalisé par Bernhard Braunstein France Autriche

 

Dans la Bibliothèque publique d‘information, au Centre Pompidou à Paris, des personnes venant des quatre coins du monde se rencontrent chaque semaine, dans l‘Atelier de conversation pour parler français. Les réfugiés de guerre côtoient les hommes d‘affaire, les étudiants insouciants croisent les victimes de persécutions politiques. Malgré leurs différences, ils partagent des objectifs communs : apprendre la langue et trouver des allié(e)s et des ami(e)s pour pouvoir (sur) vivre à l‘étranger.

 

Atelier de conversation

Bernhard Braunstein a pratiqué lui-même cet atelier de conversation. Lors de sa venue en France en 2009, et ne parlant pas un mot de français il s’y était inscrit et avait rejoint un groupe d’étrangers, venus comme lui apprendre et/ou parfaire le français. De ce "café du monde" il réalisera un documentaire (entièrement filmé à la BPI Beaubourg)

 

Écran noir ; on entend la voix d’un animateur "aujourd’hui, on va parler des clichés, des stéréotypes" quelqu’un peut m’en donner la définition ?? Des visages vont apparaître, celui d’une Chinoise "c’est comme on dit des Chinois qu’ils mangent du chien ; or ce n’est pas vrai ; c’est seulement dans certaines régions" et son rire est communicatif. Elle est relayée par un Afghan qui pointe le cliché le plus horrible pour lui  "si on dit afghan aussitôt on pense terroriste"  le ton est donné ; l’altérité vécue dans le rire ou la  Douleur

 

Le dispositif ? Un cercle étroit. Les participants sont assis en rond sur des chaises orange ; à l’initiative de l’animateur -que l’on verra rarement mais que l’on entendra – ils vont se présenter (c’est la séquence d’ouverture) évoquer leurs sensations, sentiments, leur être-là sur une terre étrangère. Un microcosme d’où retentira la voix du monde!

Voici James, Mohammed, Sheila, Irteqa, Djamal ou Niho. Et bien d’autres. Ils sont kurdes japonais espagnols syriens afghans etc..Ils sont hommes d’affaires étudiants mais aussi réfugiés La caméra filme en gros plan ces visages qui parlent tout comme elle filme ceux qui sont à l’écoute. Cette proximité n’est pas voyeurisme ; elle capte des instants ; elle donne un corps une chair un regard à ce que, par une forme de commodité hypocrite, on appelle "les étrangers" cette masse indifférenciée -et "dangereuse" "il n’y a pas d’étrangers ; il n’y a que des gens que l’on ne connaît pas encore"

 

Quels sont les sujets de "conversation" qu’abordent ces "individus" ? Le mal du pays, la crise économique, la relation amoureuse, la solitude, les différences de comportement -dans le métro ou la façon de cuire le pain-, la difficulté à se procurer de la viande halal, à remplir de la paperasserie. On rit. On pleure. Il arrive que l'on "transgresse" la règle -bannir de la conversation les questions religieuses et politiques- comme fut tenté de le faire cet Egyptien copte…

 

Très peu de mouvements de caméra. Mais pour "contextualiser", l’espace dédié à la conversation peut être filmé vide de ses occupants. Un plan élargi nous fera découvrir l’immensité de la salle de bibliothèque alors qu’un plan d’ensemble à l’intérieur du hall saisit des personnes assises ou en marche dans le murmure de leurs activités. Une seule fois une vue en extérieur sur la ville au moment crépusculaire : un plan fixe prolongé -comme si les habitants s’étaient calfeutrés dans ces habitations presque inhumaines

 

Lors de la dernière séquence du film -et qui correspond à la fin d’une séance d’atelier- les participants sont filmés en plan moyen ; avant de quitter la « salle », ils semblent prolonger une « conversation » à deux ou trois… mais leurs échos feutrés nous sont désormais inaudibles ! Ecran noir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 06:44

De Hlynur Palmeson (Danemark)

avec Elliottt Crosset Hove (Emil) Simon Sears (Johan)  Lars Mikkelsen (Carl)

Winter Brothers

Ceci n'est pas un "commentaire" mais un billet d'humeur

Angers janvier 2018 festival de cinéma  "premiers plans"  : le jury présidé par Catherine Deneuve décerne le prix à "Winter brothers"  de Hlynur Palmason

En sélection officielle étaient présentés entre autres "jusqu’à la garde" qui tient encore l’affiche ici à Rouen... "les garçons sauvages"  que vous pourrez voir lundi 5 mars en présence du réalisateur...

Winter brothers est le premier long métrage du plasticien vidéaste réalisateur Hlynur Palmason (d’origine islandaise il a fait ses études de cinéma au Danemark; le film a été tourné dans une carrière de calcaire danoise; le cinéaste avait procédé aux "repérages" avec sa chef opératrice un an avant le tournage)

Voici un film qui par-delà la performance picturale et sensorielle (expression déclinée ad libitum, j'en conviens....) traite d’un "drame" intime qui sert de dynamique interne : la souffrance d’un être en quête d’amour mais désespérément seul (admirablement interprété par Elliott Crosset Hove). Voici un film où la bande-son magistralement travaillée a été conçue pour être l’intérieur alors que l’image  est comme l’extérieur (propos du réalisateur)

Le cinéaste à l’issue d’une projection -à Angers- a répondu élégant, sobre et précis aux questions pertinentes posées par des spectateurs sur le casting, la musique, les jeux de contrastes, les symbolismes, etc. (l’animateur, précisons-le, menait avec intelligence le débat ; condition sine qua non pour que l’échange entre public et réalisateur soit positif....)

Commenter les  qualités indéniables et singulières de Winter brothers serait frappé d'inanité, car elles  risquent d’être absorbées -pour ne pas dire englouties- par les conditions matérielles douteuses des salles dans lesquelles ce film  est projeté (paroles de spectateurs…..) 

De plus,  il  n’a bénéficié que de deux séances/jour -du 21 au 27/02- et ne sera projeté que 4 fois du 28/02 au 6/03

Un film qui ne marche pas  Dira-t-on…...

Mais pourrait-il en être autrement compte tenu des remarques ci-dessus…. ?

Colette Lallement-Duchoze

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 06:13

Documentaire réalisé par Gilles Perret 

Avec ses hauts, ses bas, sa tendresse, son humour, et sa virulence, Jean-Luc Mélenchon est un vrai personnage de film. Qu'il soit haï ou adulé, il ne laisse personne indifférent.  Sa campagne présidentielle de 2017 n'a ressemblé à aucune autre dans le paysage politique contemporain. C'est durant ces moments intenses de sa vie, et de celle de la France, que Gilles Perret l'a accompagné au plus près.  Une période propice à la découverte des côtés moins connus d'un homme indissociable de sa pensée politique

L'insoumis
Ce documentaire fait revivre à travers les meetings de Jean Luc Mélenchon des moments de la dernière campagne électorale présidentielle.
Le ton est à l’empathie envers ce personnage actuellement incontournable pour une alternative politique de gauche radicale.
 
Gilles Perret réalise un montage chronologique habile, tutoie le candidat,  joue la carte de l’honnêteté en le montrant avec ses faiblesses. Certes notre Insoumis n’est pas un surhomme et clame à qui veut l’entendre qu’il n’y a pas de sauveur suprême mais le spectateur averti peut douter parfois de la sincérité de ses propos et de sa modestie.
Reste des traits d’intelligence politique, une lucidité dans l’analyse de classes, une capacité oratoire et une force de conviction certaine. Ce que dit JLM a déjà été dit par d’autres du même camp (je pense aux communistes) mais il le dit bien,  librement, passionnément, c’est ce qui fait son attrait et son succès.
 
La scène où JLM sort d’une émission avec Patrick Cohen et d’une poignée d’autres journalistes du même sérail télécommandé  est riche d’enseignement pour les spectateurs qui ne verraient pas des militants derrière le masque des journalistes politiques des services publics. Il y a certains journaux (en référence au journaux Le Monde, Le Figaro, Les échos, Aujourd'hui, Libération,...) qui sont des tracts que les gens achètent, dit il avec raison.
 
La fin est amère mais non sans une once d’espoir car il faut reconnaître à ce vieux routard de la politique qu’il sait s’entourer de jeunes, les comprendre, les stimuler et c’est certainement là l’essentiel pour notre avenir à tous.
 
Serge Diaz

 

 

Gilles Perret était venu à Rouen présenter son documentaire; c'était  début février

Il avouait être effaré par les réactions négatives de certains directeurs de salle qui ont refusé de diffuser L'Insoumis ....le prétexte invoqué alors qu'ils ne l'avaient peut-être pas encore vu ? film de propagande.... (tiens! tiens! et le film sur Macron candidat  non??) 

Or, dans ce documentaire pas d'image d'archive (comme dans les hagiographies) pas de voix off (comme dans les reportages formatés pour la télévision) et on est loin de l'image béate d'admiration que proposerait G Perret  (comme s'ingénient à le répéter certains journaleux en service télécommandé)

Mais au fait, certains spectateurs,  critiques ou directeurs de salle ne réagissent-ils pas comme l'équipe de C à vous  qui , délibérément, avait confondu l'homme et le programme politique ou pire -n'ayant pas connaissance du programme du candidat- s'ingéniait à le caricaturer pour son tempérament colérique, sa perte de sang-froid??? alors que la même équipe adopte un tout autre comportement si  l'invité se plie  servilement  aux règles ou correspond à l'idéologie véhiculée sur le plateau....

Colette

 

 

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 09:20

D' Antony Cordier 

Avec Félix Moati (Gaspard) Laetitia Dosch (Laura) Christa Théret (Coline) Guillaume Gouix (Virgil) Johan Heldenberg (Max le père) Marina Foïs (Peggy la vétérinaire)

Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir... .

Gaspard va au mariage

Drôle et fantasque ce film d’Antony Cordier se prête aisément (trop peut-être) à une lecture plurielle

Le lieu ? Un zoo où humains et animaux vivent en "bonne compagnie" Or cette unité de lieu -avec ses espaces dédaléens : l’enclos, les coulisses, la forêt avoisinante- se transforme par métaphore en cet espace labyrinthique du passé qui resurgit à la faveur de flash-back (relation avec la mère tragiquement disparue, rapports "incestueux" entre Gaspard et Coline) et c’est de ce passé encore prégnant qu’il convient de se départir, de s'arracher; l’aventure de Gaspard -qui s’est déplacé pour assister au remariage du père- est précisément cette tentative de libération "trouver quelqu’un qu’on aime plus que sa famille"

Gaspard va au mariage ou les derniers jours de l'enfance...

Les trois chapitres (suivis d’un épilogue) qui  structurent  le film à la manière d’un livre de contes, sont censés apporter un éclairage particulier sur "la petite amie imaginaire" " l’homme d’une seule femme", "celle qui mange les racines"  mais ce n’est que trompe-l’oeil…le spectateur s'étant déjà "familiarisé" avec chacun des trois (faux encarts godardiens?) 

La longue séquence d’ouverture avait donné le ton: des zadistes(?) menottés sur des rails manifestent en bloquant le passage d’un train … Et ce pseudo déraillement va encoder tout le film. Voici Coline : affublée d’une peau d’ours, elle rappelle le personnage de "peau d’âne" (telle une ursidée elle renifle, se gratte contre les arbres .....) ; voici le père qui se plonge nu dans un aquarium où des poissons suceurs vont soigner son psoriasis…voici un jeune tigre qui arpente avec aisance l’intérieur de la demeure familiale ; voici des gibbons chanteurs, un tapir câlin. Des humains qui se dénudent sans exhibition . Un zoo authentique géré par une famille (zoo miniature) sous le regard parfois halluciné de Laura !!

Aux rappels du génie inventif de Gaspard (parachutes pour bouchons de champagne par exemple) répondent en écho inversé des menaces qui vont fissurer ce milieu (protégé?): des chiens sauvages s’attaquent aux animaux les plus fragiles ; d’énormes difficultés financières vont sonner  le glas de l’entreprise familiale...

Comédie douce amère, conte initiatique, ce film est d’abord une respiration ; elle a bien sûr des hoquets (traitement des flash-back, faux rebondissements, épilogue plus ou moins attendu, symbolisme parfois appuyé …) mais elle n’en est pas moins tonique ne serait-ce que par le mariage entre tendresse et burlesque et le questionnement assez original sur notre part d’animalité

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 07:30

de Leonardo Di Costanzo (Italie Suisse France)

 

avec  Raffaella Giordano (Giovanna) , Valentina Vannino (Maria) , Martina Abbate (Rita) 

 

présenté au festival de Cannes (quinzaine des réalisateurs) 

programmé à l'Ariel Mont Saint Aignan (Settimana italiana 14-20 février 2018) 

 

Naples. Aujourd’hui. Giovanna, travailleuse sociale combative de 60 ans, fait face à une criminalité omniprésente. Elle gère un centre qui s’occupe d’enfants défavorisés et offre ainsi une alternative à la domination mafieuse de la ville. Un jour, l’épouse d’un criminel impitoyable de la Camorra, la jeune Maria, en fuite avec ses deux enfants, se réfugie dans ce centre. Lorsqu’elle lui demande sa protection, Giovanna se retrouve confrontée, telle une Antigone moderne, à un dilemme moral qui menace de détruire son travail et sa vie.

L'Intrusa

Comment la mafia -qui reste hors champ – contamine par la peur qu’elle suscite, les relations sociales à l’intérieur d’un centre d’aide à des enfants des quartiers pauvres de Naples, c’est tout l’enjeu de ce film qui tient à la fois du documentaire et de la fiction

Un film construit sur une unité de lieu : la Masseria qui va devenir un personnage à part entière. Enclave cernée par les tours de béton (cf les premiers plans) cette ville miniature -avec ses allées et venues, son mouvement, ses activités mais aussi ses tensions est un havre de réconfort une alternative à la puissance mafieuse. Cette structure sociale auto financée est animée par des bénévoles et dirigée par Giovanna -une des fondatrices- Giovanna -au regard bleu acier, celle que l’on respecte, celle qui prône la philosophie du vivre ensemble quelle que soit l’origine des parents, quel que soit leur passé proche ou lointain.

L’arrivée de Maria l’épouse d’un criminel de la mafia locale vient enrayer le mécanisme : l’unité du groupe se fissure. Seule Giovanna garde intacte sa foi en une conciliation, réconciliation; mais de sa décision dépendra l'avenir du Centre... L’exemple de Rita lui donnerait-il raison ? Rita l’aînée des deux enfants de Maria s’intègre progressivement au groupe- la caméra qui filme à sa hauteur en illustre les différentes étapes. Mais la dernière séquence -celle de la fête où triomphe Mister Jones ce robot fabriqué par des gamins dont Rita – est aussi celle où triomphe la volonté des mères et des officiels...une volonté dominée par la Peur!

 

Le personnage de Maria l'intruse, (certains gros plans sur son visage ovale en font presque une madone de la peinture italienne) intrigue de bout en bout ; car le film suggère plus qu’il ne dit explicitement. Son apparence farouche, ses réparties violentes ou ses fins de non recevoir ne cachent-elles pas une blessure profonde ? Elle n’obéit pas aux sommations de la belle famille, elle ne rend pas visite à son mari écroué… Or elle subit à la fois le mépris et l’opprobre, recluse telle une bête traquée (seule Giovanna a sondé cette tourmente intérieure) Que signifie son départ précipité – à l’insu de tous ???

 

Concilier ses principes et les pièges du réel c’est le combat de Giovanna. Elle est quasiment de tous les plans. (en face à face avec les officiels ou Maria, fondue dans le groupe pour participer aux activités collectives ou seule dans le silence de son dilemme!!). Sa performance ? Rendre palpable et tangible cette vibration intérieure faite de rage et d’amour. Et la scène récurrente où la caméra la suit au moment crépusculaire,  déambulant  seule, dans la ville, illustre peut-être sa marche vers.....Réalisme ? Utopie ?...

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 10:14

Documentaire de Jean LibonYves Hinant

France Belgique

Ni Juge ni soumise est le premier long-métrage issu de StripTease , émission culte de la télévision belge. Pendant 3 ans les réalisateurs ont suivi, à Bruxelles, la juge Anne Gruwez au cours d'enquêtes criminelles, d’auditions, de visites, de scènes de crime.

Ni juge, ni soumise
Rares sont les films où le spectateur rit encore plusieurs heures après être sorti du cinéma. Sur des sujets graves d’autres moins les deux réalisateurs de Strip-tease nous donnent à voir une anthologie de l’humour belge irrésistible, naif, profondément ancré dans l’humain, genre unique entre rêve et réalité.
 
Absolument désopilant !
Les scènes s’enchaînent sans temps mort. La juge d’instruction hors du commun nous désarçonne tout comme elle désarçonne ses clients. La scène des 3 membres d’une famille aux mariages consanguins est une anthologie inoubliablement drôle. La scène, vers la fin,  de la jeune mère djihadiste infanticide nous rappelle que la tragédie est sœur jumelle de la comédie.
 
En ces temps de grisaille hivernale, aller voir ce film est plus efficace pour la santé qu’un tube d’aspirine.
Et vous comprendrez le pourquoi de l’avertissement en préambule : “âmes sensibles s’abstenir”....de l’humour noir en prime.
 
Serge Diaz

 

 

Est-ce un documentaire, ou une fiction ? De l’art ou du cochon ? Ce n’est pas du cinéma....c’est pire  affirment les réalisateurs...

Oui bien évidemment d'un côté la truculence d'un personnage la juge Anne Gruwez -et le montage va accentuer ses traits les plus saillants, et de l'autre -mais simultanément- ces accusés, cabossés de la vie, des hommes surtout (pourquoi?) issus de l’immigration (tiens tiens...)

Alors certes on "rit" de bon coeur tant les réparties sont savoureuses

alors certes avec le fil conducteur  d'une affaire qu'on exhume -comme on exhume un cadavre- on pénètre les arcanes de la justice

Rire franc? rire jaune...plutôt 

Colette

15/02/2018

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 04:08

De Gentian Koçi  Albanie 

avec Ornela Kapetani (Leta) Suzana Prifti (Sophia) Kasem Hoxha (le facteur)

 

 

Ce film présenté en compétition au festival "à l'est du nouveau" Rouen 2-11 février 2018 a obtenu le prix du public 

 

 

Leta expulsée de son appartement pour ne pas avoir payé son loyer , emménage avec son fils chez Sophia -dont elle est l'infirmière à domicile. Pour garder son travail et son "toit", elle a tout intérêt à ce que Sophia reste en vie...

Daybreak

Une thématique cruelle.

Un traitement d’une rigueur formelle époustouflante

 

On suit le parcours d’une femme infirmière qui après avoir été renvoyée de l’hôpital puis chassée de son appartement... lutte au quotidien pour sa survie.

 

Suggérer plutôt qu’expliquer ; livrer avec parcimonie des éléments informatifs éclairants, privilégier ellipses et non-dits, telle est la démarche de Gentian Koci dans ce film construit comme une tragédie

L’essentiel du drame se passe dans le huis clos de l’appartement de Sophia (une personne âgée, en fin de vie que soigne Leta). Caméra fixe. Succession de "tableaux" comme autant de touches minimalistes. Certains sont magnifiés par une infinie tendresse (quand Leta procède à la toilette de la vieille personne, la coiffe, la pose délicatement sur le fauteuil, ausculte, est à l’écoute de sa respiration); d’autres illustrent le travail répétitif (aspirateur lavage repassage). Quand d’autres par contraste exaltent la Vie : -mère et enfant enlacés sur le canapé pour l’endormissement, mère et enfant nus dans la baignoire où  rires et sourires accompagnent le frémissement cristallin de l’eau

Chaque plan se prêterait à une "analyse" tant la composition le cadrage la répartition des couleurs et les effets de lumière témoignent de la maîtrise du cinéaste

 

L’atmosphère est parfois oppressante : peu de dialogues (une formule laconique dira l’essentiel) mais  désarroi incompréhension, souffrance, douleur tout cela peut se deviner sur le visage de Leta (admirable Ornela Kapetani qui porte le film de bout en bout) de même qu’on lit sur celui de la condamnée le combat entre la survie imposée et le désir d’en finir (je ne supporte plus de souffrir je ne supporte plus ma saleté ); mais à sa requête Leta oppose une fin de non recevoir, justifiée par son renvoi récent de l’hôpital...

 

Le passage du temps est scandé par les apparitions du facteur qui chaque mois vient apporter le montant de la pension; alors que l'extérieur s'invite pour une démarche administrative, une rencontre. Un  plan fixe sur  Leta et son enfant  sur un banc public -elle vient d'être chassée de son appartement- à ses pieds valise et sac ses seuls biens matériels, et c'est la misère du dénuement qui éclate !!

 

Le combat que mène cette jeune femme pour sa survie et celle de son enfant à Tirana aujourd’hui pose le problème des "compromis moraux" en général; mais le réalisateur ne juge pas son personnage! 

Il  égratigne  -l'accusation est à lire en filigrane- un pouvoir indifférent au mal-être des siens- et  il laisse ouvert le débat sur l’euthanasie...

 

Un film d'une rare puissance évocatrice ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 07:25

De Cristi Iftime (Roumanie)

Avec Alexandru Potocean Adrian Titieni Lucian Iftime, Lorena Zabrautanu, Nicoleta Hancu, Dan Chlorean

 

Présenté en compétition au festival "à l'Est du nouveau" à Rouen (2-11 février 2018)

Marita

Ténuité de l'intrigue scénaristique, longs plans séquences, problèmes familiaux traités avec réalisme humour ou gravité, ces caractéristiques du cinéma d’auteur roumain nous les retrouvons dans le premier long métrage de Cristi Iftime Marita (ainsi que l’acteur Adrian Titieni qui jouait le rôle du père dans Illégitime d’Adrian Siteru et plus récemment dans Baccalauréat de Cristian Mungiu). Autopsie douce-amère d’une famille, et partant de la vie familiale, Marita est aussi un road movie dans les paysages enneigés de Transylvanie

Le premier plan séquence sert de prologue : car c’est à la "faveur" d’une dispute avec sa petite amie que Costi (Alexandru Potocean) décide de rendre visite à son père (qu’il ne voit plus…depuis belle lurette). Puis il le convie pour Noël dans un chalet avec le reste de la famille (entendons la mère - ex-épouse du père-  et les 2 frères), famille recomposée le temps d’une soirée et d’une nuit … La marche vers cette (ré)union inopinée car improvisée, débute dans le huis clos de la voiture, dans l’habitacle de cette fameuse "Marita" -une Dacia- qui devient très vite un personnage à part entière. Ne fut-elle pas le témoin de confidences et disputes ? Mais surtout ses ratés, ses soubresauts, ses accessoires bringuebalants, son pneu qui manque d’air, ne sont-ils pas à l’image de cette famille et particulièrement à l’image du père que nous allons découvrir -un collectionneur de   timbres et de ... femmes - qui a raté vie conjugale et familiale ? Et filons la métaphore jusqu’au bout : Marita n’est-elle pas à l‘image d’un pays cabossé qui hoquette, se souvient, reprend vie ?

Filmés d’abord en frontal:  le père au volant et son fils Costi à ses côtés puis de dos alors que nous traversons les paysages enneigés et montagneux de la Roumanie. L’acmé du film sera le dîner/réveillon bien arrosé où les souvenirs et les blagues salaces empreints d’une certaine nostalgie assurent (momentanément ?) la cohésion de cette micro-société (à noter que l'ex-épouse, discrète, tranche singulièrement avec la nouvelle que nous avions rencontrée au troisième plan séquence)

Petit budget, choix formels limités. C’est une constante du cinéma roumain

Comment faire ré-advenir le passé sans le recours aux flashback ? Comment éviter le piège du "statisme" ? Le réalisateur a opté pour de longues discussions et/ou monologues du père. La parole en lieu et place de l’image. Paroles du père qui nourrissent l’imaginaire de son fils Costi et déclenchent des rires désopilants..Pour la séquence à table, il a choisi de varier angles de vue et cadrages alors que fusent les rires comme autant de  ponctuations .Et c'est grâce à leur performance que les acteurs auront contribué à la réussite de ces choix ….Choix qui n’entraîneront pas forcément l’adhésion du public...

A travers ce ballet fait de ruptures, (scène d’ouverture) d’attentes (les deux séquences suivantes) de réconciliations provisoires, (la longue séquence au chalet) d’incompréhensions transgénérationnelles - le lendemain matin,  le petit-fils choisit, par nécessité, de visionner ses dessins animés plutôt que d’embrasser son grand-père-  c’est bien le visage de la Roumanie qui affleure en se profilant !

 

Colette Lallement-Duchoze

Marita
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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 07:03

De Vaclav Kadrnka  République tchèque 

 

avec Karel Roden , Ales Bílík , Matous John |

présenté en compétition au festival "à l'est du nouveau" Rouen (2 -11 février 2018)

Passionné par les histoires de croisades d'enfants, le petit Janik s'est enfui de chez lui. Knight Borek le père part à sa recherche...

Little crusader

Certes le film  s’inspire d’un poème épique de Jaroslav Vrchlicky 1853 1912 (mythologie des Croisades, celle des enfants en 1212 Svojanovský křižáček. ) -une phrase est d’ailleurs citée en exergue dans le long prologue. Mais la thématique essentielle est celle de l’absence, de la recherche de l’être aimé (ce que n’a cessé de répéter le cinéaste à l’issue de la projection et lors d’une masterclass)

 

Dès lors nous allons assister à une autre forme de "croisade" celle d’un père en quête du fils disparu….avec, tel un scapulaire, le visage de Janik brodé par la mère

Si le réalisateur a choisi le format 4.3 celui du portrait, celui qui enferme, c’est que le "voyage" du père est aussi un voyage intérieur où la conscience affronte ses propres démons : la peur et la culpabilité. Enfermé dans le cadre, enfermé dans son être intérieur.  Et dès que le petit Janik revêtu de son casque d’enfant et muni de son épée aura quitté le château familial, dès que débute la quête, Borek sera de tous les plans : filmé de face, de dos, seul ou au milieu de groupes, à cheval ou terrassé;  les gros plans sur son visage alternant avec des  plans moyens et  plus larges

 

Chaque "étape" pourrait évoquer une station du Calvaire. Les personnages rencontrés, des manants le plus souvent, sont filmés dans la compacité d’un groupe aux habits mordorés alors que les enfants s’alignent en une théorie au blanc typique de Zurbaran

Dans ce "voyage" les longues plaines (le film a été tourné en Italie) vont se substituer aux forêts, l’horizontalité à la verticalité ; ciel infini et au milieu ce chevalier/cavalier; à la foi inébranlable en la réussite de sa "quête" . La  narration minimaliste allie une  fluide délicatesse  à la permanence de la tension (celle précisément qui se lit sur le visage de Borek, celle du désarroi, des attentes et des espoirs déçus...)

 

Le récit est  rythmé par la récurrence du thème musical créé et interprété par Votjech Havel et Irina Havlova. Scandé par une bande-son très travaillée (martèlement des sabots des chevaux, bruissement du vent ...) il fait de la Nature un personnage à part entière

Les fondus au blanc, les décalages dans le déplacement de la caméra, le rendu de faits concomitants alors qu’ils sont séparés et dans l’espace et dans le temps,  tout cela concourt à illustrer les images mentales de Borek, où le temps est comme figé dans la fixité de l’éternel

 

 

Un film d’une sidérante beauté

Un film envoûtant

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Lors de la séance en sa présence, le réalisateur a insisté sur l'importance de la relation père fils dans le choix du sujet de son film. Ce choix se comprend mieux quand on a vu "80 lettres" (2011)   son film précédent (programmé en 2013 au festival) qui raconte son histoire, celle d'une famille: Les vaines démarches administratives en Tchécoslovaquie communiste d'une mère et d'un fils cherchant à rejoindre le père en Grande Bretagne.


Little Crusader peut alors se lire comme une sorte de miroir au film précédent, les deux films se construisant sur une quête inversée.
 
J'avais particulièrement aimé le précédent, celui-ci, beaucoup plus lent et onirique a mis une bonne demi heure à me happer!
 
 
Jacqueline
vendredi 9/02/18
 
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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 07:40

De Giorgi Shengelaya (Géorgie) 1969 

avec Avtandi Varazi 

Film présenté au   festival "à l'Est du nouveau" à Rouen (Fokus sur la Géorgie) 

 

Pirosmani

En évoquant la vie et l'oeuvre du peintre naïf Niko Pirosmanichvili dit Pirosmani (1862-1918) le réalisateur Giorgi Shengelaya (né en 1937)  nous invite plutôt à une sorte de promenade dans son univers. Refusant la linéarité chronologique, il traite la plupart des séquences à la manière de......Pirosmani ...tout en donnant le primat à la vison intérieure du peintre.

Non pas animer un tableau -le rendre vivant en extirpant les personnages figés sur la toile, comme le feraient  ou l'ont fait  certains réalisateurs de biopic- Mais le cadre cinématographique  est comme un tableau indépendant avec une perspective écrasée -une des caractéristiques de l’art naïf- ;des couleurs en aplats ; des personnages filmés en frontal ou de profil ; un travail sur la (les) lumière(s) que ce soit en extérieur ou intérieur . Puis mettre en parallèle une toile du peintre …qui l'a inspiré!  Ou  la démarche inverse : montrer d'abord un tableau  puis filmer une scène qui donne vie au sujet traité par le peintre (scènes campagnardes et festives, costumes aux couleurs vives par exemple)

Ainsi se superposent deux univers (pictural et cinématographique) 

Ainsi à la vie au quotidien dans Tiflis ou à la campagne à la fin du XIX° siècle, répond en écho la vie intérieure du peintre

 

Un film circulaire : alors que défile le générique et que résonne, religieuse,  une musique d’orgue voici en "toile" de fond une peinture : un paysage, des personnages sur une sente, une église ; c’est le prologue ; en écho à la fin le même tableau ; louange mélancolique au peintre ?

 

Ce film n’est pas seulement un hommage "formel"  (une sorte de  poème pictural) il s’interroge aussi sur la liberté créatrice, sur le sort dévolu à celui qui la revendique !! Pirosmani serait moins un peintre maudit qu’un individu condamné à l’errance et la marginalisation par son refus réitéré de se plier à… n’importe quel carcan !!!

Deux peintres que nous rencontrons au début dans une taverne vont tenter de faire une exposition de ces toiles qu’ils apprécient ! Mais c’est la critique officielle qui  méprise l'oeuvre de Pirosmani et celui-ci retombe dans l’oubli ...jusqu’à une  mort prématurée dans le dénuement le plus total.

Ironie du sort ou prémonition ? c’est la fête, on s’embrasse plusieurs fois sur les joues, on rit en pleine lumière, on chante, c’est Pâques….Pâques la fête de la Résurrection ? L’ultime œuvre de Pirosmani est cette toile que nous découvrons par un travelling latéral, une cartographie narrative où la lumière franche exalte l’amour de la Vie..

 

On pourra dénoncer (et j’en suis) le systématisme du procédé, et préférer l’univers de Paradjanov (Giorgi Shengelaya  a d’ailleurs joué dans Sayat Nova...);  ce qui  ne remet pas en cause la beauté  visuelle du film 

 

Colette Lallement-Duchoze

Pirosmani
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