4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 06:24

de Hiner Saleem (Turquie France)

avec Mehmet Kurtulus, Ezgi Mola, Mesut Akusta 

Lady Winsley, une romancière américaine est assassinée sur une petite île turque. Le célèbre inspecteur Fergan arrive d'Istanbul pour mener l'enquête. Très vite il doit faire face à des secrets bien gardés dans ce petit coin de pays où les tabous sont nombreux, les liens familiaux étroits, les traditions ancestrales et la diversité ethnique plus larges que les esprits...

Qui a tué Lady Winsley?

Loin des afféteries symboliques de Kilomètre zéro, loin du surréalisme et de l’absurde de Vodka Lemon et après s’être frotté au genre western « à la kurde » dans My sweet pepper land, Hiner Saleem (d’origine kurde il vit à Paris) va utiliser les codes du polar pour les déjouer avec facétie -sa marque de fabrique- et les mettre au service du thème qui le taraude : l’oppression de son peuple

 

Dès le générique des images/peintures kitsch d’un mauvais goût ou d’un goût grossier- et qui seront reprises en partie seulement- semblent illustrer un propos et servir de mode d’emploi. Ce roman photo est relayé par des plans majestueux: un homme seul filmé de dos, à la proue d’un bateau ; le plan s’élargit : on franchit le Bosphore, ellipse : c’est la jetée, l’homme élégant toujours seul vient de débarquer  sur une île. Nous sommes à Büyükada où un meurtre a été commis ; lui c’est l’inspecteur Fergan envoyé d’Istanbul ; avec ses faux airs de Grégory Peck, son imper à la Bogart, il a décelé dès le début deux indices qui en bonne logique aideront à trouver rapidement le coupable : l’arme utilisée et la goutte de sang dans l’oeil gauche de la victime (car si c’était le droit????)

Mais c’est sans compter sur la mesquinerie, les mensonges, le racisme, la xénophobie, le sexisme des habitants ; séparés par les conventions ancestrales très machistes, filmés séparément en groupes avec ces plans qui les montrent en enfilade ou en frontal comme dans « si tu meurs je te tue »,  femmes et hommes, Iliens consanguins, éructent la même rancœur à l’encontre de l’étranger, du Kurde en particulier, revendiquent la même justice immanente comme dans une zone de non-droit ! (ici on tue qui on veut affirme péremptoire une femme)

 

Intrigue policière (avec effet de miroir car l’inspecteur est comme le double de la romancière assassinée qui avait remué des secrets!!) intrigue sentimentale (ce serait le point faible du film) quête de soi (ou quand des révélations sur les origines de Fergan exacerbent les inimitiés) Qui a tué Lady Winsley est tout cela à la fois ; et si le réalisateur lorgne toujours du côté du burlesque (façon Otar Iosseliani), le ton facétieux et l’humour se sont un peu émoussés et avouons-le certains gags sont convenus…

 

Mais pour ceux qui découvriraient Hiner Saleem, Qui a tué lady Winsley est un film agréable à voir ; une fable non corrosive certes mais empreinte d’humour sur l’intolérance et le racisme 

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 11:40

de Gustavo Pizzi (Brésil)

avec Karine Teles, Otavio Müller, Adriana Esteves

Irène, mère de famille brésilienne, a des journées bien remplies. Entre 4 garçons, un mari rêveur, une sœur au bord de la crise de nerfs et une maison qui prend l’eau, elle tâche de tout orchestrer. Quand son aîné de 17 ans, recruté par une équipe de handball, annonce son départ pour l’Europe, Irène est prise de court : saura-t-elle, avec son optimisme bienveillant, inventer un nouveau quotidien pour sa tribu ?

La vie comme elle vient

Le film se présente comme une suite de petites scènes, de tableautins, d’où émerge une figure tutélaire, celle d’une mère aimante  (Irène a quatre garçons; le départ imminent de l’aîné sélectionné par une équipe allemande de handball est vécu comme une amputation), celle d’une épouse qui ne s’en laisse pas conter (son mari est un brin mollasson en tout cas velléitaire). Comme les ratés domestiques (plomberie, porte condamnée qui oblige à passer par la fenêtre) elle perd parfois pédale (une seule séquence toutefois où elle crie son désarroi et risque de flancher ...mais son enthousiasme sa vitalité reprennent vite le dessus).

Une famille élargie (car la sœur d’Irène, victime de violences conjugales a élu domicile chez elle avec son fils) ; une famille modeste dans un contexte socio-économique que l’on devine au détour de transactions (avec la bureaucratie locale) d’humilités (la scène où Irène fière d’avoir réussi son bac pour adultes invite son ex employeuse à la cérémonie de remise de diplôme, frappe par ses non-dits si éloquents) de constats amers (délocalisation des usines qui hésitent à embaucher)

L’essentiel pour le réalisateur (qui est aussi le mari de l’actrice) est de montrer la vitalité d’un personnage quasi "loachien". Un personnage ordinaire qui par son énergie sa bienveillance en deviendrait presque extraordinaire ! Et l’actrice Karine Teles - qui est de tous les plans- interprète à merveille ce rôle 

 

Et pourtant !

Est-ce la répétition (échelle qu’on escalade pour entrer ou sortir) est-ce l’insistance de certains plans -là où on eût aimé un peu plus de sobriété (l’exemple le plus frappant est celui où les deux corps de la mère et de son fils blotti en position fœtale semblent dériver sur une bouée) ou encore ? Est-ce tout cela qui fait que  ces petits riens qui jalonnent le quotidien d’une vie « comme elle vient » perdent de leur intensité ?

 

Un film à voir ! Bien évidemment !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 11:28

D'Isabel Coixet 2017

avec Emily Mortimer, Bill Nighy, Patricia Clarkson, J. Lance 

Adapté du roman de Penelope Fitzgerald (1994) ce film a remporté les Goyas du meilleur film, de la meilleure réalisatrice et du meilleur scénario adapté lors de la 32e cérémonie des Goyas (ou Premios Goya) 2018

 

En 1959 à Hardborough, une bourgade du nord de l’Angleterre, Florence Green, décide de racheter The Old House, une bâtisse désaffectée pour y ouvrir sa librairie. Lorsqu’elle se met à vendre le sulfureux roman de Nabokov, Lolita, la communauté sort de sa torpeur et manifeste une férocité insoupçonnée.

The Bookshop
C’est un très beau film à déguster pour les fêtes que nous offre la réalisatrice espagnole  Isabel Coixtet.
 
Film romanesque à souhait, délicat, attachant, profond, avec un zeste de tristesse, mais une belle leçon de courage féminin qui finit par l’emporter.
La dignité très british prend le pas  sur le désir de vengeance. Nous sommes en 1959 au pays des sœurs Brontë, mais cette histoire flaubertienne est universelle comme le sont tous les bons scénarios.
Chaque personnage a droit à sa construction complète et maîtrisée, on traverse diverses saisons au temps bien typique, pluies, et éclaircies, mais le ton donné par la protagoniste principale est au sourire.
 
Une belle histoire à contre courant des films actuels et ce n’est pas un mince compliment, à voir comme on lit une nouvelle émouvante auprès d’un feu de cheminée.
 
Serge Diaz

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 08:02

De Alvaro Delgado-Aparicio 2017 (Pérou) 

avec Junior Béjar Roca, Amiel Cayo, Magaly Solier

Meilleur film péruvien festival de Lima 2017

 Ours de Cristal, Berlin 2018

Dans une région reculée du Pérou, Segundo, un jeune garçon de 14 ans, se prépare à suivre les traces de son père dans l'art traditionnel du retable. En se rendant à une fête de village, Segundo observe accidentellement son père dans une situation qui le bouleverse profondément. La découverte de ce secret inavouable lui révèle la réalité brute du monde dans lequel il grandit

Mon Père

Le titre choisi « mon père » de préférence à « Retablo » insiste sur la relation père/fils. Elle est prégnante voire primordiale ; relation complice qui va se fissurer avant de renaître dans une forme de rédemption. Dans la première partie le réalisateur filme le père et le fils dans le même plan -vus de dos au moment de la toilette ; de face quand ils travaillent à l’atelier ; de pied en cap quand ils partent livrer ; dans la deuxième -à partir du moment où Segundo a découvert l’homosexualité de son père- le fils est seul, seul avec son chagrin, seul avec sa révolte contenue ; dans le dernier tiers du film il accompagnera la souffrance d’un père mourant. Filiation et transmission. Mais que vaut l’héritage quand la figure paternelle dispensatrice d’un savoir-faire et d’un savoir-être s’effondre ? Et ce d’autant plus quand on vit comme Segundo dans une petite communauté isolée, si respectueuse de traditions ancestrales qu’elle condamne toute déviance ; toute violation de ses principes;  jusqu’à nous paraître homophobe et primitive. En deux tableaux d’un réalisme cru le réalisateur met l’accent sur la punition collective (ces deux « voleurs » de vaches torse nu fouettés jusqu’au sang sur la place publique ; le fils qui subit l’opprobre des jeunes de son âge car il est pour l'opinion,  contaminé malgré lui « fils de pédé; pédé toi même »).

Pour répondre à cette problématique le réalisateur a choisi l’art du retable; un art qui précisément ne peut se transmettre que de père en fils ; un art qui va présider à certains choix formels.

 

Car la puissance de son film vient essentiellement de sa beauté formelle ; une beauté sidérante ! Caméra fixe souvent, le réalisateur a cadré les personnages telles des figurines ; de plus il nous fait pénétrer dans les arcanes de cet art en ouvrant et fermant des fenêtres et/ou des portes (semblables à celles des retables) Ainsi se conjuguent l’art du retable et l’art cinématographique. Car si le premier est un portail de vie, le second découpe les scènes en « petites boîtes », avec cette impeccable concordance entre fond et forme ; variant couleurs et lignes en fonction de ce qu’éprouve Segundo.

 

Un film à ne pas rater !

Colette Lallement-Duchoze

Mon Père

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 04:13

de Rupert Everett

avec  Rupert EverettColin FirthColin Morgan 

À la fin du XIXe siècle, le dandy et écrivain de génie Oscar Wilde, intelligent et scandaleux brille au sein de la société londonienne. Son homosexualité est toutefois trop affichée pour son époque et il est envoyé en prison. Ruiné et malade lorsqu’il en sort, il part s’exiler à Paris. Dans sa chambre d'hôtel miteuse, au soir de sa vie, les souvenirs l'envahissent…

 The Happy Prince
Le célèbre acteur anglais Rupert Everett a investi énormément de temps et d’argent pour réaliser les dernières années d’Oscar Wilde... Un vieux rêve qui lui tenait à cœur, un grand coup de chapeau au génie de ce poète homosexuel à l’humour si brillamment british. L’auteur du portrait de Dorian Gray fut condamné à deux ans de prison pour ses frasques sexuelles bannies dans l’Angleterre victorienne du 19ème siècle.
 
On se laisse embarquer dans un tourbillon de scènes tantôt en flashback tantôt lors de son errance de dramaturge célèbre devenu pauvre, de la France à l’Italie.
Certes les images sont belles et la caméra légère, les couleurs raffinées, mais la musique en surcharge fait écho au jeu trop appuyé de Rupert Everett.
Ce manque de sobriété  nous prive de l’émotion que l’on s’attendait à éprouver pour une fin de vie tragique.
Le réalisateur/acteur en rajoute dans le vieillissement, copie à l’évidence Marlon Brando dans le Parrain, et l’on s’étonne d’une telle influence du cinéma mélodramatique américain sur un personnage aussi anglais.
 
Volontairement ou pas, les personnages ne sont pas sympathiques, hormis Robbie son ex-amant malmené.
Quant aux dialogues ils sont trop littéraires ou hectiques pour donner de la chair aux protagonistes.
 
Dommage.
 
Serge Diaz
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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 07:56

de Kirill Serebrennikov

 

avec Irina Starshenbaum, Tee Yoo, Roman Bilyk, Aleksandre Kouznetsov

 

présenté à Cannes (Compétition officielle)

 

prix Cannes Soundtrack de la meilleure musique

 

grand prix du jury (festival international du film d’Amiens)

 

prix du cinéma européen du meilleur chef décorateur pour Andreï Penkratov

 

Leningrad. Un été début des années 80. En amont de la Perestroïka les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande et une scène rock émerge. Mike et sa femme rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique

Leto

La tentation est grande de mettre en parallèle l’affiche marquée d’un cœur brandie par des groupies de Mike Naoumenko (un Bob Dylan soviétique) - dans la scène d’ouverture de Leto- et celle arborée à Cannes par l’équipe du film (le réalisateur assigné à résidence était absent du festival…). Dans les années 80 à Leningrad il faut ruser pour déjouer la police et une fois installé, il faut trépigner en sourdine voire en silence (l’oxymore en dit long!!) pour manifester sa joie ; le rock est sous contrôle policier et la scène du train sera assez cocasse : le communiste qui éructe d’injures est complètement ivre !! En 2018 la liberté de création et d’émancipation est muselée réprimée -officiellement on accuse Serebrennikov d’avoir détourné des fonds publics pour la mise en œuvre d’un projet théâtral... - Serebennikov 49 ans directeur du Gogol Center à Moscou, fut « révélé » au public français pour son spectacle Les âmes mortes présenté au festival d’Avignon en 2015

 

Leto n’est pas un biopic sur Viktor Tsoï, même s’il dit s’inspirer (cf le générique) de l’autobiographie de Natalia Naoumenko qui évoque sa relation avec lui

 

Leto signifie " l’été" : à la fois indication de temps et titre d’une chanson qu’on entendra in extenso 

 

Leto c'est un hymne à l’esprit libertaire- qui d’ailleurs précéda la Perestroïka. Souffle à la fois organique et orphique qui rappelle les années 60 aux USA et l’après 68 en France. En Russie on se passionne -dans les années 80- pour les Beatles, les Doors, T. Rex, David Bowie , Lou Reed (et ce sera une bonne partie de la musique du film)

 

Leto c'est une façon de filmer inventive et audacieuse:  un noir et blanc au service d’images en scope ; des éclats de lumière ou de couleurs ; et surtout l’insertion de saynètes -qui reprennent les chansons phare ; « visualisées » dans le contexte russe elles seront chantées à la fois par les rockers les voyageurs du bus ou du métro, ou sur des escaliers!. Et parfois s’immisce un narrateur qui s’adressant directement au public après avoir imaginé des versions plus endiablées (cf The passenger d’Iggy Pop ainsi revisité dans un train) brandit sa petite pancarte « ça n’a pas existé » (ce qui a été possible dans le monde anglo-saxon ne saurait l’être dans la Russie de Brejnev!) Ou encore ces plans en couleurs qui illustrent le carnet où Mike traduit en russe les chansons de Marc Bolan (T. Rex) David Bowie, Lou Reed (écran en split screen) On peut avoir l’impression de gribouillis d’enfant en regardant ces hachures et tags grattés à même la pellicule, mais n’est-ce pas précisément ce que recherche le cinéaste en donnant à « voir » une forme de clip jubilatoire. 

 

Leto c'est  un rythme souvent effréné en harmonie avec la fièvre créatrice; mais aussi un tempo qui fait alterner les « boeufs » les séances de studio les répétitions les fêtes et les virées en ville ou au bord de l’eau, la création de la salle de concert Leningrad Rock Club  et des séquences plus intimes -car Leto c'est aussi une histoire d’amour entre Viktor Tsoï (groupe Kino en gestation), son mentor Mike Naoumenko (groupe Zoopark) et Natalia la femme de Mike

 

Leto, un film incontournable !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 07:27

de Paul Dano (USA)

avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp

présenté au festival de Cannes (Semaine de la Critique)

A l'automne de 1960, Joe un adolescent de 14 ans, regarde, impuissant, ses parents s'éloigner l'un de l'autre. Leur séparation marquera la fin de son enfance...

Wildlife, une saison ardente

L'acteur Paul Dano (Little Miss Sunshine, The will be Blood, 12 years a Slave...) signe avec Wildlife son premier long métrage inspiré du roman de Richard Ford "une saison ardente". Le film peut se lire  comme le passage de l'adolescence à l'âge adulte (équivalent du roman dit d'apprentissage) . Et en effet Ed Oxenbould (qui interprète Joe) sera de tous les plans (seul, en groupe, ou en retrait selon la dynamique qui anime l'intrigue) C'est par son regard que l'on va assister à la déliquescence du couple que forment Jeannette (admirable Carey Mulligan) et Jerry (Jake Gyllenhaal) ses parents; parents  qu'il adule et sans lesquels il se sent comme perdu. D'autant qu'ils ont pris l'habitude de solliciter son avis sur presque tout et de faire appel à ses soins (menus travaux de réparation, conduite de la voiture...) Or le père après avoir perdu son emploi au club de golf décide de partir  combattre les incendies en forêt. La mère, déjà insatisfaite avant le départ de son mari, sait que le couple va éclater, elle rêve d'émancipation... Le fils ne juge pas; il est tout simplement désarçonné .. avant d'accepter l'inéluctable. Et c'est lui qui, grâce à ses talents de photographe débutant, transformera -dans le plan final- Wildelife en apologue ( "Bien qu'il parle d'affrontement, de chagrin, de désillusion, le film est porté par l'amour.[ .].Nous pouvons encore être une famille" cf note d'intention du réalisateur)

 

Le film est de facture très classique tout comme la thématique "marronnier",  avec des clichés, car faute de s'interroger sur la complexité des sentiments, il reste dans un en-deçà qui peut déplaire ou décevoir -même si les non-dits sont censés suppléer à ce manque apparent...

 

Dans sa façon de cadrer et dans le choix de couleurs expressives, Paul Dano emprunte souvent (trop) aux toiles d'Edward Hopper; (et on aura facilement reconnu les clins d'oeil à la station-service, aux façades de maison, à certains paysages, à ces personnages abattus de solitude que l'on devine à travers des vitres)  MAIS sans laisser au spectateur la sensation d'étrange étrangeté - celle qui émane des contours de contrastes, de l'accentuation des tons pleins, de perspectives coupées et qui  confère  au réel un effet d'imaginaire...

Ou alors s'agirait-il de rendre tangible, presque palpable, un vernis qui va craquer (sous les apparences)?

 

Je vous laisse juge

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 08:23

de Hong Sangsoo (Corée) 

avec Kim Minhee (Areum) Jung Jinyoung, Ki joobong, Sea Younghwa Ahn jaehong, Gong Minjeung 

Au bout d'une allée, un café que personne ne s'attendrait à trouver. Les gens s’assoient et parlent de leur vie. Au fil du temps, les clients se côtoient et apprennent à se connaître. Une femme les observe et semble mettre par écrit leurs pensées. La nuit commence à tomber mis tous restent dans le café

Grass

On sait la prédilection du cinéaste pour  "les intermittences du coeur" ; on connaît sa façon de filmer:  un dispositif resserré, peu d'acteurs, caméra souvent fixe, décors banals, importance accordée aux  repas et à la prise d'alcool.. Dans Grass la succession des face-à-face dans un bar s’opère comme une suite de tableautins ; les protagonistes sont filmés chacun d’un côté de la table ou l’un de dos ou l’un après l’autre (les variations épousant le contenu de leurs discussions et le ton employé). Il est question d’amours perdues, de la mort d’un être cher, de suicide,  d’une panne d’inspiration, d'alcool aussi ; la musique (Schubert, Wagner entre autres) va jouer le rôle de contrepoint ou d’illustration pathétique; elle est diffusée par le patron du bar : celui-ci, toujours hors champ, ne joue-t-il pas le rôle de DJ ?

Aux enchevêtrements de temporalités (Le jour d’après) se substitue dans Grass tout un jeu de miroirs : une personne seule (Areum, interprétée par Kim Min-hee la muse du réalisateur) est en train d’écrire face à l’écran de son ordinateur, tout comme elle est face à la caméra, elle semble s’inspirer des conversations de ses voisins -ce que suggère la traduction en italique: est-ce sa voix intérieure?..Ou bien s’agit-il de personnages déjà créés dans sa fiction et qui prennent corps alors qu’advient la parole ? Et de ce fait, on pourrait lire en filigrane un questionnement sur la création artistique en général : le réel comme source d’inspiration ?? réel vécu et réel fantasmé? la part de l'imaginé dans le prétendu réel?  Problématique similaire quand, quittant le bar, elle accompagne son frère rejoindre sa petite amie ; pourquoi le ton monte-t-il à propos d’un éventuel mariage sinon parce que dans son esprit se combinent en se mêlant et les propos entendus auparavant et des souvenirs personnels et sa propre fiction ?? Effets spéculaires aussi avec ces  vitres, quand des personnages sortent du bar pour fumer une cigarette, le reflet du dedans sur le dehors (et/ou l’inverse) s’inscrit de manière illustrative dans les problématiques soulevées par toutes les conversations (badinage et interrogations plus existentielles).  Jeu d’échos aussi : attention spectateur pressé ! Le film n’est pas terminé avec l’épilogue où le bar est filmé vide de ses occupants- mais après le générique de fin quand sur l'écran apparaît  le même plan que celui du tout début -ces touffes d’herbe dans leur jardinière- un plan qui explicite(rait)  le sens du titre "grass" ...

 

Grass ou une authentique  "leçon"  de cinéma: filmé en noir et blanc (mais un blanc qui se grise en fonction du moment de la journée) en plans séquences avec un soin très minutieux apporté aux  cadrages et des variations dans les angles de vue, et où chaque plan se prêterait à une analyse filmique...

Un film à ne pas rater ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

Grass
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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 07:30

de Louis-Julien Petit

Avec Corinne Masiero, Audrey Lamy, Déborah Lukumuena, Noémie Lvovsky,

et des comédiennes non professionnelles ayant elles aussi vécu des épisodes de vie douloureux.

 

 

Prix de la meilleure réalisation lors de la première édition du Festival International du Film Politique.

Sortie mercredi 9 janvier 2019

Vu en avant-première le vendredi 14 décembre 2018 à l’Omnia (en présence du réalisateur et de l'actrice Deborah Lukumuena)

Suite à une décision municipale, l’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF (là où elles viennent prendre une douche et trouver un peu de réconfort) va devoir fermer ses portes. Il ne reste que trois mois à une petite poignée de travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les malheureuses exclues dont elles s’occupent. Il faut recourir à la débrouille. Pourquoi pas créer une ressourcerie ? Et puis il y a aussi les petits arrangements, les falsifications, les pistons et les mensonges qui permettent d’avancer… Désormais, tout est permis !

Les Invisibles

 Elles exercent leur métier dans l’ombre, mènent un combat acharné mais "invisible" ; à ces travailleuses sociales "résistantes des temps modernes" Louis-Julien Petit rend hommage. Elles sont passées par la rue ont connu la violence, la prison et sont accueillies dans un centre de jour pour SDF, ces "invisibles" -celles que l’on côtoie sans "oser"  les regarder- vont passer de l’ombre à la lumière.

Le sujet de ce film ? un combat collectif -celui qui unit ces deux catégories d’invisibles-. Et puisque nécessité fait loi on bafouera allègrement cette dernière. Voici  des travailleuses sociales et leurs bénévoles décidées, dans l’urgence, à réinsérer coûte qu coûte les femmes dont elles s’occupent : leur centre d’accueil de jour (légal) deviendra presque de facto un centre d’accueil 24h/24h (illégal)

 

Un sujet dramatique traité souvent de manière comique (à la façon de Roberto Benigni) tout en respectant un ton juste ; mélanger « rires » et « larmes »

C’est précisément ce qu’expliquait le réalisateur lors de l’avant-première à l’Omnia (14/12/18) en réponse aux questions sur la genèse, le casting (j’ai passé un an comme bénévole en centres d’accueil pour femmes à Grenoble et à Paris [...]Je me suis inspiré du livre et du documentaire de Claire Lajeunie sur les femmes SDF paru en 2014 [….] j’ai casté plus d’une centaine de femmes et j’en ai choisi 15 […] mais pour conserver leur anonymat je leur ai fait choisir le nom qu’elles souhaitaient : on a eu ainsi Edith Piaf, Brigitte Macron, Lady Di, Simone Veil […]

 

Le film tourné à Anzin et Tourcoing, peut s’appréhender comme une comédie sociale. Une comédie roborative certes : rythme souvent enlevé, refus constant du misérabilisme, humour, truculence du personnage de Chantal qu’interprète Adolpha van Meerhaegue,  (et comme dans le film elle a connu la prison et la rue)

Un film sur des "Femmes Courage" ; un film qui pointe du doigt (sans militantisme ni moralisme) les dysfonctionnements d’un système, 

Mais sa forme de feel good movie (serait-ce dans l'air du temps?)  et une absence de réelle proposition cinématographique (néo-réalisme social? pour le différencier d’un Stéphane Brizé ou des frères Dardenne ?) risque de décevoir certains....

 

Colette Lallement-Duchoze 

Le 21/01/2019

Après l’excellent précédent long métrage “Discount”, Louis Julien Petit nous régale d’un film tonique et drôle au sujet pourtant si casse gueule, si hyper délicat.

 Quelle jubilation autour de la misère ! : Le réalisateur réussit ce tour de force de faire rire sans se moquer, d’émouvoir sans tomber dans la compassion,  de dénoncer notre société sans manichéisme ni angélisme.

Il fallait aussi l’immense talent de Corinne Masiero - qui a elle même vécu une situation de débine extrême -, le talent surprenant d’Audrey Lamy, et la générosité si charmante de Noémy Lvosky, pour nous éviter les clichés habituels sur les SDF. L’apparition de la grosse black Deborah Lukumuena est la cerise sur le gâteau ! énorme au sens propre et figuré, criante de justesse et de bonhomie.

Sur le fil du rasoir, on est transporté à l’intérieur de ce monde si mal connu des spectateurs lambda. Le scénario a l’intelligence de donner du souffle à ces vies étouffées, de faire jaillir l’humour et l’espoir au cœur des ténèbres.

 Bravo à ce  Louis Julien Petit d’avoir eu le courage et l’adresse d’apporter un regard tendre, bienveillant, cocasse et si respectueux de ce monde de plus en plus nombreux.

Allez voir ce film qui fait l’effet d’une bonne douche !

 Serge Diaz

 

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 05:22

Film de Hirokazu Kore-eda

avec Kirin Kiki (Hatsue Shibata) Lily Franky (Osamu Shabata) Sosuke Ikematsu, Sakura Ando (Nobuyo Shabata) Akira Emoto, Chizuru Ikewaki (kie Miyabe) Naoto Ogata kairi Jyo Mayu Matsuoka (Aki Shabata) , Miyu Sasaki

 

Palme d’or festival de Cannes

Meilleur réalisateur festival international du film d’Antalya 2018

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

"Ce film s’inscrit dans la réflexion que je mène sur la famille depuis tel père tel fils"

Une affaire de famille
La palme d’or attribuée à ce film au festival de Cannes 2018 était bien méritée !
 
Ce n’est pas courant que le cinéma japonais connu en Europe nous emmène chez les pauvres. Ce pays cache sa misère comme une honte et pourtant elle est de plus en plus présente, inévitablement. Ce ne sont pas les pauvres des frères Dardenne mais cela nous rappelle plutôt “l’argent de la vieille” d’Ettore Scola, l’humour cynique en moins.
 
Une prodigieuse distribution avec une direction d’ acteurs-enfants rare; un réalisme non larmoyant ! La joie de vivre des pauvres nous éloigne de l’apitoiement, on rit aussi, on vit au milieu de leur univers confiné. Les plans rapprochés ne sont pas voyeurs, la caméra caresse les visages et les corps en lumière intérieure. Le scénario tient en haleine, on ne voit pas passer les 2 h de projection, et les réflexions existentielles dans la bouche des protagonistes n’ont rien de déplacé, sont très naturelles, si fait que le film qui pourrait être le scénario transposé d’un fait divers a une portée dans le message sur la famille qui porte loin.
 
Emu, surpris, transporté dans un contexte local inhabituel, le spectateur est aussi happé par une mise en scène sans effets, et s’attache à de vrais personnages ni anges ni bêtes, mais terriblement atypiques et attirants.
La scène de larmes de la jeune femme en prison est une prouesse d’actrice dans le cinéma moderne.
 
Allez voir ce film intelligent qui n’est pas si triste qu’il en a l’air mais fin, sensible, profond, intéressant.
 
Serge Diaz

Oui un film à la fois tendre réaliste humain sur les liens familiaux ; un film qui dénonce les limites de l'aide sociale au Japon.

Cette famille d'accueil est en fait une famille "authentique" et elle représente une sorte de  microcosme, une forme d'arène où luttent deux forces (antagonistes??) celle d'une soif de justice et celle des lois sociales

Certains spectateurs s'étonnent de la gloutonnerie (voracité même) des personnages, ce qu'accentuent la bande son et les plans rapprochés; or cela n'illustre-t-il pas la maxime "manger à sa faim"? 

Colette

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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