29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 11:27

de Ken Loach (Grande-Bretagne)

avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone 

Ancien salarié Ricky cherche un moyen de s'en sortir. Il décide alors de devenir auto-entrepreneur au sein d'une plate-forme de livraison de colis. D'abord séduit par le discours d'une prétendue "liberté de s'enrichir vite" que promet son travail, il va déchanter très vite...

Sorry we missed you

"je n'en sais rien" répond Abby à son mari qui lui demande "où ils en sont de leur amour" . Cet aveu d'ignorance  -compte tenu du contexte- ne sonne pas le glas de l'amour mais avec cette pudeur si loachienne (?) dit une forme de lassitude d'où la tendresse ne serait pas ...encore ....exclue

Nous sommes à peu près au milieu de ce film qui analyse avec méthode (elle est parfois glaçante) les effets d’abord pervers insidieux puis de plus en plus patents et ...mortifères de l’ubérisation...L'employé (ici Ricky) qui a cru au miracle du statut d’auto-entrepreneur en acceptant d’être chauffeur-livreur pour une plate-forme numérique - est progressivement et littéralement broyé par le système- , et par ricochets- le "mal" contamine toute sa famille : sa femme et ses deux enfants

 

Le film est ponctué par de furtifs passages écran noir  qui scandent la marche inéluctable vers... l’enfer

D’abord montage parallèle : nous voyons sous forme de tableautins chacun des parents dans l’exercice de leur fonction. Elle, Abby, aide à domicile,  dans l’intimité de ces personnes seules qu’elle doit laver, nourrir ; une microsociété, îlots d’humanité filmés en plans rapprochés révélateurs à la fois de la solitude fondamentale et du dévouement sans faille d’Abby. Lui, Ricky dans le rythme des livraisons : hangar immense où les chauffeurs s’affairent tels des robots pour charger leur tournée quotidienne ; puis au volant de sa voiture utilitaire, dans le flux du trafic urbain, et sa course contre la montre au moment de la livraison (car le scanner "magique" ne laisse aucun répit: même uriner ce sera dans une bouteille et pas plus de 2’…) Les enfants souffrent immanquablement de l’absence, d’un manque affectif -même si la mère aimante gère tout à distance par téléphone et dans les conflits qui opposent père et fils, joue le rôle d’arbitre sans jamais élever le ton!!! Explosion de la cellule familiale et quand au final les liens se ressoudent, il sera trop tard ...fatalement trop tard...

 

Écran noir lors d’un entretien d’embauche: c’est le prologue générique; il plonge  le spectateur -d’emblée pris à partie - dans une "barbarie"  qui occulterait son nom? 

Opposition temps réel (vécu par le chauffeur livreur) et temps minuté sur écran (celui qu’exploitera le "patron") c’est l’illustration de cette technologie des temps modernes toujours plus asservissante, sous couvert de...

où est le temps des 8h par jour? demande nostalgique  une patiente d'Abby. Phrase anodine? Non bien évidemment... C'est l'abolition du "code du  travail", c'est l'anéantissement des garanties sociales laborieusement acquises 

En quelques traits - pas forcément incisifs-  Ken Loach traque un système de travail qui déshumanise et son plaidoyer  en faveur des victimes enchaîné(e)s  n'en est que plus sincère et généreux

 

On pourra toujours reprocher au cinéaste d’être trop "démonstratif" dans sa dénonciation et il est vrai que dans la dernière partie s’accumulent déveines et malheurs ! Mais n’est-ce pas dans l’essence même de toute création (fiction, ou docu-fiction) d’évoquer en un temps limité voire record,  ce qui est censé être dilaté dans la durée?

Et personne n’osera s’offusquer de l’intrusion dans l’univers saturé des urgences tant son rendu à l’écran est proche du vécu des patients. Ricky démoli psychologiquement portera désormais sur le corps les stigmates de la violence !

 

Et le spectateur lui aussi sort groggy de la salle

 

Le cinéaste remercie "les nombreux chauffeurs-livreurs qui ont témoigné... en demandant de ne pas mentionner leur nom" !!!

Remercions Ken Loach et son fidèle coscénariste Paul Laverty pour ce film coup de poing !

À ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 06:33

de Pietro Marcello (Italie)

avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi

 

Prix coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine à la  Mostra de Venise 

À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines….D’après l’oeuvre de Jack London

Martin Eden

"le monde est donc plus fort que moi ; à son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même ce qui en réalité n’est pas rien"  c’est sur ce constat que s’ouvre le film de Pietro Marcello – mais comme cette scène inaugurale correspond aux derniers moments de la vie de Martin, le film ne se donne-t-il pas à voir comme un  long flash back...?

Certes Pietro Marcello s’inspire du roman de Jack London paru en 1909. Certes  il respecte l’intrigue principale (amour et acharnement à devenir écrivain) de ce roman d’apprentissage d’émancipation et de désillusions...

 

Mais le spectateur sera d’autant plus séduit (dérouté et sidéré tout à la fois) que le cinéaste en transposant l’intrigue de San Francisco dans la baie de Naples, brouille la chronologie (nous sommes au début du XX°, dans les années d’après-guerre, et les années 1980), gomme les repères temporels -une fois affichés- (avec sautes de temps et anachronismes), mêle flash-back (cf danse entre le frère et la sœur à différents moments de leur vie), images mentales (quand elles suppléent la pensée), images d’archives (Réelles ? Fabriquées?), images sépia, anime des cartes postales (celle du vaisseau par exemple qui revient à intervalles réguliers) fait entendre des chansons populaires (Jo Dassin entre autres)...

Ce faisant (et là on reconnaît l’originalité du cinéaste que l’on avait tant appréciée dans Bella e Perduta) Pietro Marcello va au-delà de la transposition d’un roman ; sa « libre adaptation » se mue en œuvre à part entière,  inscrite en outre dans une forme d’intemporalité.. Censé traverser tout un siècle le personnage  -marqué uniquement par les stigmates de la maladie et de son mal-être- acquiert une portée  symbolique...quasi universelle

 

Des scènes de rue, des rassemblements politiques, des scènes de pêche au poulpe, de gros plans en enfilade sur des visages d’enfants et/ou d’adultes dans une rue étroite de Naples, ou derrière les rideaux de fenêtres, (tous ces damnés de la terre) loin de contrebalancer le "récit" d’une force qui va (celle de ce marin qui rêve de devenir écrivain) l’inscrivent au contraire dans le XX° siècle, celui des grands bouleversements politiques et sociaux (guerres et défaites, fascinations du fascisme, actions collectives, espoirs trahis...) . Mais n’est-ce pas une invite à  "regarder"  ces événements sous un autre "angle" ?

 

Luca Marinelli -(rappelez-vous La grande Belleza, Una questione privata des frères Taviani, Ricordi?) donne corps à ce personnage complexe à la fois rageur et romantique, bagarreur et charmeur, libertaire et réactionnaire. Il est de tous les plans (seul, en duos ou encore dans les scènes de groupes) et son jeu est magnifié par le format de l’image 16mm.

D’ailleurs n’a-t-il pas reçu la coupe Volpi à la Mostra de Venise pour son interprétation !!

 

Un film flamboyant à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Moi aussi j'ai bien aimé ce film très travaillé, au montage fluide et avec des incursions originales (flash-backs courts,inversion de la chronologie, etc.) comme tu le dis justement.
J'ai été déçu par le dernier tiers du film où le personnage devient brutalement caractériel, peu sympathique, alors que la chance lui sourit et que son objectif semble atteint. On peut reprocher au réalisateur un virement brusque de ton qui frôle le cliché. Mais dans l'ensemble le film captive. Les spectateurs étaient nombreux dans la petite salle quasiment pleine, ce qui m'a agréablement surpris.  Serge Diaz 6/11/19

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 05:48

De Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic.

Avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani, Sami Ameziane.

Dominick Brassan a le pouvoir de se rendre invisible. Il ne s’en sert pas beaucoup. À quoi bon, d’ailleurs ? Il a fait de son pouvoir un secret vaguement honteux, qu’il dissimule même à sa fiancée, Viveka. Et puis vient un jour où le pouvoir se détraque et échappe à son contrôle en bouleversant sa vie, ses amitiés et ses amours.

 

L'angle mort

L’angle mort est cet "espace qui échappe à la vision des automobilistes comme des caméras de surveillance",  soit une zone sans contrôle, soit un monde de tous les possibles soit un univers -si minuscule fût-il- à inventer ou réinventer .

En s’inspirant d’un projet d’Emmanuel Carrière les deux cinéastes confient le rôle de Dominick (un être doué de ce pouvoir singulier d’apparaître et de disparaître) à un Noir (seule idée politique du film affirment-ils coupant court à toutes les exégèses) et choisissent comme dynamique l’inverse de ce qui traditionnellement est lié au don d’invisibilité...Ce don est vécu comme un fardeau...à l’image d’ailleurs d'un « monde qui se détraque »

Pour se rendre invisible Dominick doit pratiquer certaines techniques de respiration/concentration et se mettre nu (et nous le suivrons, invisible pour les autres, dans ses déambulations dans la ville alors que la météo est peu clémente ; que de ruissellements et de froidure !!) Visible il travaille dans un magasin de guitares dans une remise en sous-sol ; visible il observe sa voisine aveugle...la seule d’ailleurs à capter l'insondable réel... Invisible, il le sera toujours,  quand il est confronté à des situations embarrassantes !!!

 

Le choix du format 1,33, les ambiances nocturnes, les couloirs interminables dans les immeubles  (avec de judicieuses profondeurs de champ) les souterrains (l’incroyable scène d’ouverture avec sa mise en scène virevoltante plaçait la naissance de Dominick sous l’égide de ces caves irradiées de musique) le refus d’effets spéciaux, tout concourt à faire de « l’angle mort » une œuvre qui tient du fantastique, du poétique (même si le duo invisible-aveugle est un peu éculé) et du réalisme (la matérialité du décor urbain) mais surtout qui interroge la solitude fondamentale de qui maîtriserait l’angle mort

 

Et pourtant malgré d’indéniables qualités (dont la prestation de Jean-Christophe Folly) ce film ne parvient pas à séduire de bout en bout (est-ce cette voix intérieure ? l’opposition mal traitée entre Dominick et Richard lequel utilise son « don » à des fins maléfiques ?  cette propension à  multiplier les angles de vue sur ...une pléthore de thèmes, dont certains à peine esquissés ?)

 

Insidieux, guette l’ennui 

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 05:27

BEST OF   2012- 2018

 

Festival du court métrage britannique

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 06:28

de K. Mendonça Filho et J. Dornelles (Brésil) 

avec Sonia Braga, Udo Kier, B. Colen 

 

Prix du jury  Cannes 2019

Dans un futur proche…  Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte. 

Bacurau

Fable futuriste ? Conte politique ? Dystopie -cathartique pour certains, trop manichéenne pour d’autres- ? Bacurau est tout cela à la fois ; et si l’on ajoute -pour ce qui est du traitement- le mélange de western et de cangaço (forme de banditisme social dans le nordeste fin XIX° et début XX°) on comprendra que le film ait reçu le prix  du jury au festival de Cannes. Et la tentation est grande d’appréhender le film à l’aune de l’actualité (alors qu’il a été conçu et réalisé avant l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro..)

 

Bacurau signifie en portugais engoulevent, oiseau crépusculaire qui se cache quand il repose sur une branche d’arbre. Ainsi du village éponyme de ce film, qui  "intime du noir, ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître"  "une seule rue des maisons de chaque côté une église une école voilà un microcosme familier aux Brésiliens..." (propos du réalisateur)

 

Ce village d’une contrée aride qui mêle astucieusement l’antique et le moderne (technologie) qui pratique la solidarité sans faille en bannissant tout clivage,  nous allons le découvrir avec la petite-fille de la défunte matriarche Carmelita. Le camion citerne qui la (nous) conduit traverse une immense contrée avant d’être entravé par des ….cercueils….première interrogation, premier indice (?)

C’est que la mort est omniprésente dans ce film:   il s’ouvre en effet sur une procession mortuaire (la défunte Carmelita nonagénaire) et se clôt sur l’enterrement d’un vivant (le caïd allemand au yeux d’acier qui avait programmé avec ses acolytes super armés l’extermination de Bacurau!)

Entre ces deux scènes que de perturbations! (guerre de l'eau, découverte d'une tuerie dans une ferme, passage insolite de chevaux débridés, arrivée de deux motards fluos, etc.) Que de métamorphoses! que d'effets visuels inattendus (une luminosité chatoyante qui s'opacifie; des fondus enchaînés traités tels les feuillets d'un livre que l'on déploie à ciel ouvert, un ciel endeuillé de nuages noirs

Et l'espace apparemment indolent (l'invite du panneau d'accueil "si tu viens, va en paix" était-elle ironique?) va se muer en un théâtre sanguinaire; l'ingestion de psychotrope aidant -ici la succession ultra rapide de  très gros plans sur les lèvres les langues des habitants peut prêter à sourire alors qu'elle est censée magnifier les pouvoirs de cette drogue- ce sera la victoire de la résistance collective

 

Village désert en embuscade, agresseurs aux aguets, silence sépulcral avant...l'assaut....Une scène digne d'un western.

Un élu local venu acheter des voix avec... de la nourriture  et des médicaments périmés...pamphlet caricatural? hélas non ...

 

Alors oui Bacurau peut se lire comme "l'allégorie des opprimés qui s'insurgent contre l'agression de l'impérialisme et de la bourgeoisie nationale, à travers l'auto-organisation, germe d'une société nouvelle"  et en ce sens le film est éminemment politique 

Bacurau, une ode à la solidarité - mais qui risque de déstabiliser, déranger certains spectateurs!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 05:46

De Todd Phillips

Avec Joaquin Phoenix, Robert de Niro, Frances Conroy 

 

Lion d'Or Venise 2019

Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté, méprisé de tous et bafoué,  bascule peu à peu dans la folie pour devenir le Joker un dangereux tueur psychotique..

Joker

Un film-brûlot ? Oui car il dessine la cartographie des inégalités sociales mortifères,  met à nu les pouvoirs insidieux des médias et des hommes politiques, et métamorphose le "fameux" rêve américain en cauchemar ! La violence subie par Arthur est retournée en boomerang contre tous ses tortionnaires.

 

Mais qui est Arhur Fleck ? Un clown méprisé de tous? (et le prologue en serait la toute première illustration) Un schizophrène? (cf les séances avec la psy et l’épilogue) Arthur ou l'anti-héros?  Le film de Todd Phillips illustre sa métamorphose  : il deviendra le Joker ce "super vilain"  du monde des comic books  Evolution scandée par les scènes presque chorégraphiées, la récurrence de cette lente et longue montée des marches et de leur descente illuminée aérienne voire hypnotisante, les courses poursuites avec les représentants de l’ordre public, évolution ponctuée par le rire incontrôlable, et les révélations successives qui vont saper ses certitudes.

Arthur, avili méprisé sera Joker (tueur psychotique) adulé par une frange de la population qui reconnaît en lui le paria:  n'est-il pas perçu comme la figure tutélaire du soulèvement anti-élite voire nihiliste?

 

Mais surtout Joker est un film époustouflant dans ses partis pris de mise en scène, son sens du rythme et de la narration et par la prestation d’un Joaquin Phoenix au top de sa forme: cet acteur rend palpables toutes les nuances de la folie, il désarticule son corps amaigri pour en faire un pantin ou un danseur, et les très gros plans sur son visage qu'il maquille ou dont il déforme les lèvres en un énorme rictus  impressionnent tant pour le rendu visuel que pour tous les sens cachés, connotés

 

Dès le prologue le spectateur est comme happé : il assiste à la course effrénée d’Arthur au milieu du trafic urbain ; car ce clown   tente de récupérer la pancarte que de jeunes malfrats(?) lui ont arrachée –or  n’est-elle pas son viatique, sa raison d’être, de sur-vivre –; au bout de cette course exténuante,  les jeunes utilisent la pancarte comme une arme: elle terrassera Arthur; son corps  est cloué au sol...tel un gisant

Une course qu’accompagne la musique quasi hallucinée de l’Islandaise Hildur Guônadottir.

Tout est dit 

 

Un film à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 06:50

de Edouard Bergeon 

avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus

 

 

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu…

Au nom de la terre

Le réalisateur -dont c'est le premier long métrage- a voulu rendre hommage à son père et simultanément alerter l'opinion publique sur le mal-être des agriculteurs.

 

Intention  louable certes!

Mais exercice périlleux!

Trouver le juste équilibre entre la part autobiographique et la fiction,  entre le vécu et le pseudo-documentaire....ne pas trop verser dans le pathos...

 

 

Or précisément le chantage à l'émotion (dans la toute dernière partie), la recherche de la vraisemblance à tout prix (Guillaume Canet à moitié chauve ....mais il "doit" ressembler à ... ), l'absence de regard d'un vrai cinéaste, la mise en scène assez convenue, avec des passages purement démonstratifs,  et avouons-le une forme de complaisance (choix de musique et chansons) bref,  tout cela fait qu'on assiste plus à un téléfilm régional qu'à une oeuvre cinématographique

 

Cela étant, il convient de saluer la prestation de certains acteurs dont Verlee Baetens et Rufus 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 octobre 2019 5 04 /10 /octobre /2019 06:35

de Nicolas Pariser

avec Fabrice Luchini (Paul Théraneau), Anaïs Demoustier (Alice Heimann), Nora Hamzawi (Mélinda), Maud Wyler (Delphine), Antoine Reinartz (Daniel), Léonie Simaga (Isabelle Leinsdorf), Alexandre Steiger (Gauthier), Pascal Reneric (Xavier)..

Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

 

Alice et le maire

De son appartement Alice regarde en surplomb la ville (on a vu mieux avec Tavernier…) puis nous la suivons dévalant escaliers ou sinuant dans des ruelles, avant de franchir des portes, celles de l’Hôtel de ville, quand sur le seuil de l’une d’elles s’affiche le nom du réalisateur... S’il est vrai que le générique encode le film, voilà une déambulation dans l’espace urbain qui correspondrait à une trajectoire (avec ses traquenards ses chemins de traverse) ou plutôt serait l’illustration de la distance qui sépare le maire de ses concitoyens.

L’écart -décliné ad libitum- sera d’ailleurs une thématique majeure du film

 

Une fois employée "pour prendre du recul" (par rapport à quoi???) pour aider à "penser", Alice, trentenaire célibataire, se plaît à rédiger des notes sur les comportements que se doit d’adopter un homme politique, comportements dérivés de textes philosophiques ; la modestie en sera le "maître-mot"

 

Alice et le maire sont d’abord filmés en champ contre champ jusqu’au moment suprême -celui de la rédaction à 4 mains du "discours du siècle"- où les deux personnages sont côte à côte dans le même cadre et avec inversion des "positions": Alice assise tape sur le clavier ce que dicte le maire ...debout... .puis le maire s’assiéra...Inversion des positions, inversion des rôles ? Le maire jusque-là lecteur de discours, est devenu auteur…

Le film est aussi une sorte de voyage initiatique ; au bout d’un itinéraire fait de confrontation de partage et d’échange d’idées (importance souveraine des dialogues) chaque protagoniste aura fait un choix et l’assumera (ce que dit explicitement l’épilogue)

 

Hélas! voilà un film qui après Roubaix une lumière ou Au nom de la terre, vaut surtout pour l’interprétation de ses acteurs (Luchini qui souvent exaspère par l’outrance, le cabotinage, est ici tout en retenue et Anaïs Desmoutier est toujours aussi vibrante de finesse)

Car avouons-le la mise en scène du monde politique est bien convenue et les thématiques - celle de l’effondrement de nos démocraties et celle de la désertion de la culture dans l’exercice de l’État-  méritaient mieux (on avait moyennement apprécié le grand jeu) même si s'impose cette fascination -sincère- pour la pensée dialogale

 

Est-ce la folie qui lui fait découvrir la vérité ou la vérité qui la rend folle ? s’interroge hébété Gauthier (ex ami d’Alice) à propos de son épouse Delphine. Et le film se plaît à jeter le discrédit sur le comportement et les idées de cette femme. ...Or n’était-ce pas la Voix de la Conscience ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 13:15

de Woody Allen (USA) 2018

avec Timothée Chalamet,  Elle Fanning, Selena Gomez 

Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Un jour de pluie à New York

"J'ai besoin d’un drink, d’une cigarette et d’un air d’Irving Berlin." Tels sont les propos du jeune Gatsby désabusé, quand sur l’écran télé de sa chambre d’hôtel, il voit sa "compagne"  Asleigh aux côtés d’un acteur assailli par les caméras...alors qu’elle était censée le rejoindre, après avoir interviewé un réalisateur…

Oui Irving Berlin (et il conviendrait d’ajouter Misty thème principal du film, interprété par  Erroll Garner) c’est le remède/panacée quand on est englué (Gatsby avatar de Woody Allen) dans un marasme existentiel et victime de désillusions dans ses amours naissantes !!

 

Unité de lieu de temps et d’action : la souveraine règle du classicisme est respectée. Voici le New York que Gatsby Welles /Woody Allen affectionne : Central Park, piano-bar du Carlyle, musée Moma, intérieurs luxueux entre autres. Ça se passe un samedi. Amours et désamours : l’union, après rebondissements et prises de conscience successifs , se soldera par une désunion

 

Pour filmer les deux  "amoureux" dès leur arrivée à NewYork, Woody Allen utilise le montage parallèle mais un montage parallèle maîtrisé et très fluide (rien à voir avec ceux de certains films pourtant encensés par la critique). Voici Gatsby - veste en tweed et voix intérieure- dans ses déambulations, ses errances inquiètes -et ses rencontres- étapes-retours vers l’enfance et simultanément étapes  vers la maturité  (grâce à  la volcanique Shannon). Voici Asleigh originaire de l'Arizona, "follement dingue"  de cinéma, sujette au hoquet psychologique, qui, interviewant un cinéaste de renom, découvre l’envers et/ou les affres de ce monde (réalisateur dépressif, scénariste cocu, acteur volage). Les deux reliés à distance par téléphone….Recherche d’une identité dans et par le ruissellement de la pluie ???

 

Cette comédie qui rappelle parfois le vaudeville (on pense à Feydeau ou Labiche pour les situations comiques et les quiproquos) servie par de jeunes acteurs brillants (on découvre l’époustouflante Elle Fanning en fausse nunuche) n’est-elle pas la déclaration d’amour d’un cinéaste octogénaire à sa ville et au cinéma?

Une déclaration empreinte de nostalgie (c’est le New York de Gershwin que l’on est censé respirer voir écouter) et d’autodérision (cf la séquence chez les parents tel un film dans le film : caustique, l’évocation de ce monde huppé protocolaire, inattendu et jouissif le long monologue de la mère)

 

Un film à voir !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 08:36

d'Antoine Russbach (Suisse)

avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Ceux qui travaillent

Succession rapide de scènes sous forme de tableautins: lever 5h45, douche, préparation petit déjeuner avec sa cadette, voiture -premier arrivé au bureau il sera le dernier à le quitter....- dossiers téléphone réunion. C’est le début de ce premier long métrage du réalisateur suisse Antoine Russbach

Frank (admirablement interprété par Olivier Gourmet) est cet être impassible et comme robotisé qui exécute chaque jour les mêmes gestes. Un cadre (ici fret maritime logistique) qui a fait passer son boulot avant tout. Aussi désincarné que le monde dans lequel il évolue, un monde fait de chiffres de stats de graphismes (alors que l’acteur est de tous les plans au point parfois de les envahir ; n’est-il qu’une masse corporelle sans âme ?) Un décideur ? Mais il n’est pas le patron ...Il commande à distance à une autre catégorie d’employés (invisibles) les exécutants qu’il rudoie au bout du fil. Aliéné par un système (rendement, concurrence, mettre tout en œuvre pour sauver son entreprise) ? certes mais un système dont il profite largement (par l’argent il a acquis un statut social et son mode de vie est loin d’être précaire; d’ailleurs après son licenciement un de ses fils décrète "on n‘a pas eu de père mais là on ne changera pas de mode de vie")

D'emblée, le réalisateur refuse les clivages "bourreaux/victimes" ; de même que la décision prise (prétexte au licenciement) inhumaine, immorale, loin de renforcer une antipathie pour le personnage (on est tenté de le traiter de salaud) est là pour illustrer la violence de ce même système

Après le licenciement, le film semble s’étirer mollement. Or la thématique du désœuvrement – celui d’un cadre déchu- est plus éloquente dans d’autres films (cf l’emploi du temps de Cantet) Ce manque de souffle serait-il délibéré ? Accorder du temps à une rumination intérieure, et laisser le masque se fissurer progressivement?? Le masque sera fissuré certes -grâce à la petite Mathilde la seule à voir un père, là où ses frères et sœur voient une pompe à finances MAIS la remise en question aura été de courte durée : violence et aliénation reprendront leurs droits (dans un « cadre » illégal …cette fois...) et le dernier plan où, dans le salon, chaque membre de la famille est seul avec son portable, est lourd de sens !

 

Un film sur un mécanisme violent cynique et aliénant, traité avec une froideur glaciale ?. Certes

Un film sur une société, ultra-libérale, qui au prétexte de sanctifier les vertus du travail, d’ériger l’argent et la réussite professionnelle en valeurs suprêmes, (Franck vient d'un milieu modeste) est en fait une vaste entreprise de déshumanisation ? Assurément

Ce premier volet d’une trilogie réussira-t-il à convaincre ? Je vous laisse juge(s)

 

PS : On retiendra -entre autres- cette séquence où dans un vaste entrepôt, le père explique à sa fille la circulation des marchandises (effet palpable de la  "mondialisation")

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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