15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 05:12

Du 28 au 31 mars 2019

8ème festival de films de femmes

 

au cinéma Omnia République Rouen 

 

Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition

 

26 mars 18h30   Conférence de Laura Bernard "les femmes et l'art" salle des mariages Mairie de Rouen

 

FILMS PROJETÉS  A L' OMNIA 

 

28 mars 9h30 courts métrages en direction des scolaires

 

28 mars 20h   Soirée d'ouverture SPOOR d'Agnieszka Holland (Pologne)

projection suivie d'un  moment convivial autour d'un verre à la Halle aux Toiles

 

29 mars 18h  Maman? Non merci de Magenta Baribeau (documentaire Canada) Séance suivie d'un débat en présence de la réalisatrice 

 

29 mars 20h30  El Proxeneta documentaire de Mabel Lozano (Espagne) Débat avec des représentantes du mouvement du Nid et Médecin du Monde

 

30 mars 15h En partenariat avec Rouen donne des Elles (mois d'animation  et de réflexions pour l'égalité femme/homme) 

Difficult love de Zanele Muhali (Afrique du Sud) 26' + L'horizon ne s 'arrête pas à La Courneuve  de Dalila Choukri (France) 27'   Rencontre avec la réalisatrice et la peintre Bouka 

 

30 mars 17h   5 courts métrages 

 

30 mars 20h30  avant-première Los Silencios de Beatriz Seigner (Colombie Brésil France) Rencontre avec la réalisatrice 

 

31 mars 11h  Laymun film animation de Catherine Prowse & hanna Quinn (Royaume Uni) 5' + les guerrières  de la paix de Hanna Assouline & Jessica Bertaux documentaire 55' France 

 

 

 

Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition
Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition

tarifs

pass 4 séances 20 €; tarif normal 6 € et tarif réduit 4 €

contact 

ellesfontleurcinema@lilo.org

elles-font-leur-cinema.info 

 

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 05:37

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, elle traque sans relâche un loup qui rôderait dans la forêt voisine, objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

 

Sibel

Des visages scannés aux rayons x alors qu’ils sifflent c’est le premier plan du film. Puis un énorme plan sur les yeux vert profond du personnage éponyme ; le plan s’élargit….voici la jeune fille, fusil en bandoulière, à l’affût de.... Que traque-t-elle ? Le fameux loup censé rôder dans la forêt dont elle connaît le moindre recoin.

Le tuer, arborer sa proie en trophée, ce serait à coup sûr intégrer la communauté de femmes dont elle est exclue à cause de son handicap : elle est muette. Mais elle pratique la langue des oiseaux, cette langue sifflée où chaque note correspond à une syllabe de la langue turque.

Ainsi dès les premiers plans le spectateur devine que le film sera au carrefour du documentaire et du conte (la suite prouvera qu’il s’agit plutôt d’une fable politique)

 

Sibel, à la différence de sa sœur Fatma circule en toute liberté de la maison familiale (où elle accomplit toutes les tâches domestiques) à la forêt (où elle chasse le loup), de la maison de la « folle » Narin qui habitée par une foi inébranlée attend l’être aimé Fuat, aux champs de thé où, sans foulard, elle pratique la cueillette 

 

Sibel est de tous les plans : confondue avec et dans l’épaisseur de la forêt dont elle est l’épousée, émergeant d’une fosse où elle a étalé des viscères comme appât, docilement assise à table auprès de son père (qui la chérit), coupant du bois pour Narin. La rencontre avec un fugitif qu’elle héberge dans sa cabane et soigne (mélange de salive et de plantes) sera vécue comme une épiphanie.

Et le Rocher de la Mariée jusque-là bastion inexpugnable de tous les mythes  risque de s’ébranler.....

 

Réaliste et empreint de grâce, Sibel est un film sur une émancipation, sur l’effritement progressif de toute croyance en la tradition

Un film que je vous recommande vivement

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 08:09

de Peter Farrelly (USA) 

Avec Viggo MortensenMahershala AliLinda Carde

3 Oscars meilleur film, meilleur acteur secondaire, meilleur scénario original

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune. 

Green Book: sur les routes du Sud

En se laissant porter par le rythme (celui d’un road movie ) la musique,  le jeu excellent  des deux acteurs et  l'humour de certaines réparties,  on en viendrait presque à occulter les mécanismes faciles d'un film ( mécanismes qui ont sûrement participé peu ou prou,  à l’obtention de plusieurs oscars...)

 

Un prologue (ou prélude avant l'embauche de Tony par le Dr Don Shirley) qui s’éternise. Certes il s’agit de montrer l’environnement de Tony Lip Vallelonga dit Tony La tchatche, mais que d’insistances inutiles-  en ce sens qu'elles n’ajoutent rien à la spécificité du personnage, se contentant de "forcer le trait". Si le fils de Tony, Nick Vallelonga, est à l’origine du scénario, est-ce pour cautionner l’authenticité du portrait de son père ? (et le générique a soin de rappeler que l’histoire s’inspire de faits réels) Auquel cas pourquoi tout ce déploiement ?

Le couple que forme le costaud  (Viggo Mortensen a dû prendre 20kg..)  raciste primaire, -mais au "bon fond" - et le pianiste fluet élégant et rigide -dans un rapport de domination inversée : le Noir éduqué et le Blanc fruste - rappelle les couples dépareillés de la comédie. Ici il frise par moments la caricature (voir par exemple les gros plans répétés et complaisants sur le visage du conducteur qui mange avec voracité, goulûment …)

Au bout du road movie, les deux personnages qui auront appris à s’apprivoiser, se réconcilient et la séquence finale -une fête de Noël dans la famille italienne élargie- prône la tolérance dans la dégustation de poulet frit....(à noter que le poulet frit dont la marque commerciale est bien visible, aura participé à "l'émancipation" du pianiste jusque-là corseté dans ses principes et son respect méticuleux du savoir-vivre, du savoir-manger!!)

 

Que de bons sentiments dans ce road movie, -qui est aussi un  voyage initiatique, pour chacun-, cousu -il faut l’avouer- de fil blanc ....A cela s'ajoutent  l’académisme et la pesanteur de la démonstration ("ode" à la tolérance clament certains spectateurs enthousiastes) et la profusion d’aphorismes clichés (sur  la dignité entre autres)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 08:20

de Natalya MerkulovaAleksey Chupov (Russie)

Avec Evgeniy TsyganovNatalya KudryashovaYuriy Kuznetsov

 

Prix d'interprétation féminine, 75ème Mostra de Venise

 

Prix du meilleur film, du meilleur acteur et de la meilleure actrice  au festival du cinéma russe d'Honfleur (novembre 2018)

 

Présenté en compétition au festival A L'Est de Rouen

Dans la Taïga sibérienne, Egor garde forestier est un bon père de famille et un bon mari respecté par ses concitoyens. Lui et sa femme Natalia attendent un deuxième enfant. Mais un jour il découvre qu’il est atteint d’un cancer incurable et qu’il ne lui reste plus que deux mois à vivre. Sans espoir de rémission, Egor va tenter de tromper la mort

L'homme qui a surpris tout le monde

Des images à la beauté plastique sidérante -qu’il s’agisse des éléments naturels (eau forêt) ou des intérieurs,  une maîtrise de l’espace et du cadre ; un jeu d’alternance entre plans larges embrassant les extérieurs et plans serrés sur des visages, ou des groupes humains, des plans-séquences dilatés, des dialogues au compte-gouttes, oui, les réalisateurs imposent une écriture belle dans son exigence et sa plasticité. Et un sens du rythme qui scande leur dramaturgie.

Au début, une succession de « tableaux » permet au spectateur de « sympathiser » avec le personnage principal ; le voici en garde-forestier qui traque les braconniers (la scène inaugurale oppose la beauté du paysage et la cupidité des hommes) ; le voici dans l'intimité de sa famille,  père, époux aimant. Le film bascule quand Egor (se sachant condamné) décide de changer d’identité. S’inspirant d’une légende sibérienne où le héros était parvenu à tromper la mort en changeant de sexe, il se travestit en femme. Désormais seul, rejeté par tous les siens, il trouve refuge dans la Nature ; mère nourricière, elle accueille ce corps tremblant de fatigue…elle devient un personnage à part entière

La colère vindicative des habitants du village -pour le moins homophobes-, leurs propos comminatoires se concrétisent dans des scènes de passage à tabac : à chaque fois Egor est seul contre tous  ; être fragile et mutique, tabassé (jusqu’à être sodomisé) il n’est plus qu’une tache rouge (rouge de la robe et du sang) gisant sur l’humus ou les graviers.

La séquence de la toilette à l’intérieur de la cabane frappe par son traitement qui lui donne une dimension quasi religieuse et mythique -car elle ressemble à une toilette mortuaire.  Chaque geste de Natalia est décomposé, la caresse sur la peau qu’elle savonne, rince est aussi celle de la caméra qui affleure avec délicatesse le corps blessé ; avant que le couple ne s’allonge sur ce lit de fortune. La seule musique est celle du silence complice

La réalisatrice présente lors de la projection dit s’être inspirée d’une légende, qu’elle a entendue en Sibérie.  Et de fait son film mêle avec habileté, réalisme (parfois cru) et conte ; alors qu’importe la "suite" ...la  fin du film reste "ouverte" à toutes les interprétations...

 

Un film qui tout en s’interrogeant sur la Mort, dénonce l’homophobie, le rejet de l’autre -quand il ne répond pas aux normes imposées par une société conservatrice et patriarcale

 

A ne pas rater lors de sa sortie en salle

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 10:36

 

film slovène de Hanna Antonina Wojcik Slak

avec Leon Lučev Boris Cavazza, Jure Henigman

 

Présenté en avant-première au festival de Varsovie

 

 à Rouen en compétition dans le cadre du festival A L’Est,  a obtenu le prix du jury

Alija fait partie des immigrés bosniaques qui, trente ans plus tôt, sont venus travailler dans les mines de charbon de Slovénie. Il mène une existence confortable avec sa famille, mais la conjoncture est mauvaise et le chômage menace. Son patron lui confie la tâche d’explorer avec un jeune stagiaire une mine abandonnée avant de la vendre. Mais dans ce puits scellé depuis tant d’années se cache un terrible secret...

The Miner

Un des thèmes récurrents du cinéma des pays de l’ex Yougoslavie est l’obsession d’un passé douloureux (Seconde Guerre Mondiale;  guerre civile et l'épisode de Srebrenica en 1995) Pour la Slovénie s’ajoute un thème spécifique: celui de l’immigration de Bosniaques, après le morcellement ; des personnes auxquelles on refusait la nationalité slovène et qui, de ce fait, étaient  complètement déracinées. 

The Miner est au carrefour de ces trois hantises

 

La scène d’ouverture dans un environnement très lumineux met en scène le jeune Alija et sa sœur ; un cri déchire l’espace « ALIJA » la sœur s’éloignera à jamais.....Cette scène ce cri reviendront sous forme de cauchemar des années après, alors qu’Alija, seul rescapé de son village en Bosnie, s’est installé en Slovénie ; c’est un travailleur émérite et un père de famille heureux

Mais quand il découvre des ossements dans le " tunnel", il ne peut se plier aux diktats de son directeur qui le somme de faire un "faux" rapport...Les morts quels qu’ils soient ont droit à une sépulture ; c’est la conviction du "mineur" ; il incarne  ainsi une forme d’humanisme -celui que revendique la réalisatrice.

 

Un film sur le courage et la résistance ! Un film sur la dignité ! Alors que prévaut la stratégie  de l’effacement (et la mine avec ses boyaux, ses couloirs dédaléens, est déjà la métaphore de l’enfouissement ; si on la mure définitivement sans en extirper le charnier, elle ensevelira à jamais une Mémoire...fût-elle déshonorante pour un pays!)

Dans la mine avec des effets de clair- obscur (lampes frontales des mineurs) et des ambiances qui terrifient  le jeune stagiaire, Alija fait montre d’assurance ; il est dans son environnement, il fait corps avec lui. Il "fouille" le "tunnel"  comme il fouille malgré lui l’Histoire. Alors qu’au dehors, il est souvent en retrait, opinant du chef face à son directeur arrogant, par exemple ...Mais à un moment il hurlera son refus de la résignation "ça fait 30 ans que je ne fais qu’obéir"

 

Un drame psychologique, inspiré d’une histoire vraie, traité parfois comme un thriller -sans accompagnement musical-

On ne peut que louer le travail exemplaire du chef opérateur et l’interprétation sobre et élégante de Leon Lucev -acteur que nous avions déjà vu dans Circles  en  2013 du Serbe Srdan Golubovic

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 13:52

de Laura Mora (Colombie) 2017

avec Juan Pablo TrujilloNatasha JaramilloGiovanny Rodríguez

Présenté au festival A L'Est (section A L'Est dans le monde) 

Paula était présente lors de l’assassinat de son père, professeur à l’université de Medellín. Alors que l’enquête officielle est déjà classée, elle fait la connaissance de l’assassin, Jesús. La relation qui se noue entre eux, malgré le désir de vengeance de Paula, va ébranler les certitudes de cette dernière.

Inspiré par une tragédie qu'a vécue  la réalisatrice.

Matar a Jesus

Le film est dédié au père de la réalisatrice ; c’est d’ailleurs son assassinat qui lui sert de support  

 

 Soif de vengeance ? Questionnement sur le rôle de la justice ? Justice de droit et justice immanente ? Interrogation sur le difficile passage à l’acte ? Regard clinique sur la violence en Colombie, à Medellin en particulier ? Universalité d’un comportement malgré un ancrage bien particulier ? C’est tout cela à la fois qu'illustre  ce long métrage -le deuxième - de Laura Mora (née en 1981)

 

Dans un premier temps nous voyons la jeune fille Lita, enjouée, évoluer dans son environnement . Le film bascule après l'assassinat de son père (dont elle est témoin). D'abord tapie dans la douleur, elle décide de "prendre les choses en main" quand l'enquêteur a classé l'affaire (les cas de tueries urbaines sont si nombreux et nous manquons d'indices!!) Après avoir reconnu l'assassin , elle n'a de cesse de le traquer et de l'abattre; elle se lie d'amitié avec lui...s'invente une autre identité elle sera Paula . Dès lors nous allons les suivre dans les rues de Medellin grouillantes de monde et de pétarades, dans les intérieurs de bidonvilles assez glauques, dans les boîtes de nuit, dans l'appartement de la mère; loin de son milieu bourgeois et loin des remontrances de son frère, Paula nous entraîne dans un univers qui peut nous sembler interlope et cruel  mais qui est le quotidien de milliers de personnes et où les sicaires (dont Jesus) ne sont pas forcément habités par le Mal absolu

 

Caméra à l’épaule Laura Mora filme avec une forme de frénésie -qui rappelle celle des milieux explorés; elle fait aussi alterner séquences au rythme échevelé et ambiances plus lisses (avec d'ailleurs des effets faciles sur les cheveux lors d'une baignade par exemple);  ambiance onirique parfois (sur la piste de danse le couple est brusquement seul et comme auréolé...c'est que "les amoureux sont seuls au monde"; instant fugace car l'ambiance presque toxique reprend le dessus)

 

Le film obéit à un schéma circulaire: la fin nous ramène au point de départ  (Lita marche avec difficulté jusqu'au promontoire -mirador- et contemple à ses pieds la vaste ville) ainsi  la reprise de la même séquence laisse supposer que  nous avons assisté à un long flash back

 

Un film qui, certes, ne peut laisser indifférent (ne serait-ce que par le parti pris de réalisme) mais qui peine à entraîner l'adhésion ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 07:02

Documentaire de Nanni Moretti (Italie) 

Après le coup d'État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l'ambassade d'Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d'asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.

Santiago, Italia

Bravo Nanni Moretti d’avoir eu le mérite de réaliser un documentaire sur cet événement  majeur : le coup d’état fasciste de Pinochet au Chili le 11 septembre 1973. Il est question ici surtout d’interviews émouvantes de ces rescapés politiques qui ont pu se réfugier à l’ambassade italienne de Santiago. Pour les sexagénaires qui ont connu cette époque d’enlèvements, crimes et tortures abominables, d’emprisonnement, d’exil contraint,  difficile de retenir quelques larmes.

 

Moretti ravive la mémoire et le parallèle saute aux yeux entre les  événements actuels au Venezuela et le Chili d’avant le coup d’état. Le cuivre, aux mains d’une multinationale américaine, avait été nationalisé par le régime....Aujourd’hui l’impérialisme US veut remettre la main sur les plus grandes réserves pétrolières du monde. Kissinger, futur prix Nobel de la paix (!!) avait organisé le putsch en sous-main tout comme Trump le fait aujourd’hui avec sa haine fougueuse pour installer Guaido.

 

Même illégitimité, même boycott par les forces réactionnaires pour démanteler l’économie du pays donnant prétexte à une intervention militaire. Même silence coupable des médias européens sur la réalité sociale de ces pays d’Amérique latine, même crainte de voir le peuple aux commandes faire tache d’huile sur les pays voisins. Mêmes mensonges, même propagande. Rappelons que Giscard d’Estaing avait  envoyé d’anciens militaires de l’OAS former aux méthodes barbares les militaires sud-américains. 

 

L’Italie à ce moment-là a sauvé l’honneur de l’Europe, elle a été le seul pays à ne pas reconnaître le régime de Pinochet. Aujourd’hui les Macron et Salvini se précipitent à reconnaître un président auto-proclamé, laissent les réfugiés africains se noyer dans la Méditerranée, les temps ont changé....

 

Le réalisateur italien rend hommage à son pays qui à cette époque sut protéger, accueillir, donner du travail à ces hommes et femmes dont le seul tort était de vouloir la démocratie et la justice sociale.

La solidarité en action, combien l’ont oubliée depuis ?...

 

Un documentaire qui vient à point

à voir absolument.

 

Serge Diaz

 

Oui un documentaire mémoire du passé et fenêtre ouverte sur….

Les parallèles établis par Serge ne convaincront peut-être pas les spectateurs habitués à lire d’autres infos sur le Venezuela (presse écrite audio et télévisée à la solde de…). Et pourtant ils existent !!!

Ce que dit le président auto proclamé (de droite ) Guaido, ce que divulguent les médias  d’opposition au Venezuela et largement relayés en Occident, c’est presque terme pour terme ce que disaient les partisans de Pinochet et que nous entendons dans le documentaire (Allende étrangle son peuple ; ses choix économiques mènent le pays à la ruine, nous voulons rétablir la démocratie!!)

Colette 1/03/2019

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 06:42

De Ciro Guerra et Cristana Gallego (Colombie)

avec José Acosta, Carmina Martinez, Jhon Narvaez

Présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes

Récompenses : 

Festival Biarritz Amérique latine 2018 : Abrazo d'or du meilleur film

Festival international du film d'Antalya 2018 : Prix du public

 

Présenté à Rouen dans le cadre du festival A L’Est (section A l’Est dans le monde )

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.

Les oiseaux de passage

Inspiré de faits réels qui se sont déroulés entre 1960 et 1980, dit le générique.

Mais c’est à une tragédie à l’antique que le spectateur va assister. Le film est en effet découpé en 5 actes, avec une courbe ascendante -la prospérité- et descendante -la guerre- le dernier acte le plus court nous immerge dans la contrée des morts, les limbes. Un récitant joue au final, le rôle de coryphée ; sa silhouette se détache dans un décor sec et désertique alors que la jeune Indira vient de lui acheter trois chèvres et qu’elle s’éloigne, se confondant avec le paysage -celui de la pointe nord de la Colombie

Un film où s’opposent deux forces antagonistes : la tradition clanique et la modernité;  et à l’intérieur des clans, des rivalités dues au commerce florissant de la marijuana et au non respect de codes ancestraux (pour ne pas dire millénaires)

 

Le film s’ouvre sur un rite de passage et une danse prénuptiale. La jeune fille Zaida a terminé son année d’isolement elle peut se marier ; sa mère (dépositaire de la tradition) lui prodigue les ultimes recommandations alors qu’une aînée examine son travail de tissage ; le prétendant Rapayet est adoubé par son oncle Peregrino. Couleurs chants danse croyances langue indigène le wayuu tout concourt à donner une dimension anthropologique qui va bien au-delà du simple folklore. La  robe envahit l’écran de son tissu rouge comme si le personnage était magnifié ; la danse endiablée circulaire semble s’inscrire dans une tradition séculaire ! Il  en ira de même quand on honorera les morts (rite des lamentations, compacité du groupe des pleureuses). Les signes divins méritent interprétation (on pense aux haruspices grecs)  ; ils ponctuent la vie de ces ethnies; s'ils sont maléfiques, c'est que la transmission des valeurs a échoué!. L’honneur bafoué (l’intrépide Léonidas s’est comporté en malotrus envers la fille d’Anibal chef d’un clan rival) exige réparation. La guerre déclarée entre clans est à l’image de celle qui oppose les  trafiquants.

 

C’était pour amasser l’argent nécessaire à la dot  que Rapayet, aidé par son complice Moises, s’était adonné au trafic illicite de la marijuana. D’abord destiné aux touristes américains le petit commerce est devenu une véritable industrie et des cartels s’entre-tuent pour asseoir leur domination ! Hécatombes successives : les corps gisent à terre, le rouge du sang souille  la blancheur du sol

La tragédie à laquelle nous venons d’assister a de ce fait la force d’un apologue!

 

Vastes étendues désertiques (Guajira), panache de poussière au passage des voitures en service commandé, ciel strié de vols d’oiseaux ou lacéré de lambeaux noirâtres, plans rapprochés sur un groupe vu en frontal ou sur des individus isolés, très gros plans sur un criquet, tout dans la façon de filmer associe la cinégénie  des paysages et la photogénie des humains. L’assaut mortel sur une superbe villa en plein désert mêle habilement soleil de plomb et ambiance crépusculaire : ce sera d’ailleurs l’antichambre des limbes!

 

A ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

Les oiseaux de passage
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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 10:44

de Igor Voloshin (Slovaquie)

avec Jean-Marc Barr, Olga Simonova, John Robinson

 

Dans le cadre du festival A L’EST qui aura lieu à Rouen du 26 février au 5 mars 2019 (14ème édition) le film a été présenté lors de la soirée d’ouverture à l'Omnia, en présence de l’acteur Jean-Marc Barr

 

L'histoire d'un couple dont le mariage bat de l'aile et qui va devoir affronter la disparition de leur fille âgée de 16 ans. Après avoir fêté son anniversaire, la jeune fille ne revient pas à la maison, ce qui va inquiéter ses parents et incite son père à prendre en main la situation..

Cellar

La disparition d’un enfant est vécue par les parents comme une douleur indicible qui lacère le corps le déchiquette, qui mure l’être devenu suffocation dans la solitude et la quête d’un improbable "retour"; ce qu’ont évoqué avec délicatesse David Grossman dans "tombé hors du temps"  et Laurence Tardieu dans "puisque rien ne dure"; ce qu’a porté à l’écran -récemment et avec brio-, le cinéaste roumain Constantin Popescu dans Pororoca, pas un jour ne passe ; dans son film crépusculaire "faute d’amour" le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev imposait une dimension politique : le portrait sans concession d’une Russie en déliquescence -à travers celui des deux parents !

 

Alors que penser de Cellar film slovaque qui traite un sujet identique ?

Il obéit à une double dynamique, déconstruction/reconstruction pour le couple parental et l’inverse pour la quête de la vérité. En effet, le couple qui se délitait se "reconstruira" progressivement  dans la douleur de la perte de leur fille unique Lenka. Agacé par l’impéritie de l’enquêteur officiel, le père Milan (Jean-Marc Barr) prend le relais en se faisant lui-même justicier et ...tortionnaire afin de soutirer les aveux du "présumé coupable" 

Les premières images (ambiance de drogue fumée matelas incandescence de cigarettes  ) qui s’imposent à l’écran -malgré le flou- encodaient le film  sous la forme d’un puzzle dont chaque élément extirpé de  la multiplicité serait l’objet d’un traitement particulier. Et dès la disparition de l’adolescente, -elle quittera définitivement l’écran alors qu’elle marche seule sur la route et qu’elle tente désespérément d’appeler sa mère- le spectateur sait ou du moins devine …la suite est hors champ,  elle sera mise en images lors des aveux -soutirés sous la menace. Un refus du suspense "traditionnel" donc ; ce qui n’est nullement un défaut ! Bien au contraire !

 

Mais le scénario installe pesamment un dispositif dans une dimension binaire -opposition générationnelle quant aux choix musicaux ; alternance scènes de colère contenue -les parents- et d’exaltation de la vie -Lenka et son amie Beta-

Et après la disparition de Lenka, il impose une  "logique" dont le traitement est peu convaincant. Que de longueurs et de plans récurrents inutiles ! (voiture et itinéraire en lacets ; escalier à l’intérieur de la maison, vue en plongée sur le feu dans le jardin, etc..) Et que dire de la séquence où la femme Tana découvre quasiment in situ la relation adultère de son mari, sinon qu’elle frise le ridicule ? Et que penser du jeu de l’acteur principal Jean-Marc Barr ?? (on ne voit pas la transformation d’un père éploré en individu habité par la monomanie d’une soif vengeresse)

 

Impression plus que mitigée donc...

Mais ce n’est qu’un point de vue ; le film a conquis de nombreux spectateurs  (à la fois pour son scénario, ses ambiances musicales et le jeu de tous les acteurs)

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 06:59

d'Etienne Kallos (Afrique du Sud)

avec Brent VermeulenAlex van DykJuliana Venter

 

Présenté au festival de Cannes ( un Certain Regard)

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu'elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l'accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l'héritage et l'amour parental.

Les moissonneurs

Une voix off -celle de la mère- supplie Dieu de faire de son fils un être fort "faites que son sang soit fort; faites que sa semence soit forte" Entendons "afin que vive, survive notre propriété...

Après avoir entendu ces vœux , nous voyons Janno l'adolescent aider son père (sévère) dans l'accomplissement de tâches journalières (mener le troupeau au fouet entre autres); l'occasion pour le réalisateur de filmer en plans larges et/ou panoramiques les immenses champs, avec une lumière tamisée qui nimbe paysages et personnages d'une sorte de brume. Il en ira de même pour les intérieurs où dominent les contre-jours, comme dans les toiles flamandes. Ce parti pris de lumière, qui au début peut gêner, semble illustrer une atmosphère où se marient étrangeté et enfermement! 

 

Travaux des champs (magnifique gros plan sur les lames de moissonneuses batteuses, plan resserré sur le troupeau ou les oeufs qui vont éclore dans une couveuse), rites de la prière et des repas partagés. L'équilibre (apparent) est rompu avec l'arrivée de Pieter -un gars de la ville, un junkie- que la mère prend sous son aile protectrice décidée à le "sauver"; elle enjoint Janno de lui "ouvrir son coeur"

 

S'ensuivra une lutte fratricide -pour avoir la faveur des parents et ... la propriété en héritage. Cette lutte (on se méfie, on s'espionne, on se bat, on s'invective) est au coeur du film d'Etienne Kallos (Sud-Africain d'origine grecque) . C'est elle qui transforme une chronique en tragédie à l'antique (avec son acmé: l'embrasement!). C'est à travers elle que le réalisateur dénonce le caractère suranné d'une famille ultra conservatrice qui cultive avec la même "foi" ses terres immenses et son amour de Dieu!

 

On peut se poser la question: le système autarcique ancestral d'une communauté afrikaner a-t-il encore sa raison d'être? (cf la peur panique des assassinats de fermiers); la fameuse "terre de nos ancêtres"  à sauvegarder à tout prix,  n'a-t-elle pas été usurpée??

Or la construction circulaire du film (reprise de la séquence d'ouverture) laisse supposer que ce système va perdurer !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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