25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 07:10

Documentaire de Jennifer Baichwal, Nicholas de Pensier et Edward Burtynsky  (Canada) 

 

Prix Rogers du meilleur film canadien (TFCA Toronto Film Critics Association)

Les activités humaines laissent une empreinte profonde et quasi-irréversible dans l'histoire géologique et climatique de notre planète. Les réalisateurs du film ont parcouru le monde pour récolter les preuves de cette domination. En s’appuyant sur des techniques photographiques de très haute définition, Anthropocène : L’Epoque Humaine, témoigne de ce moment critique de l’humanité. Au croisement brillant de l’art et de la science, ce film est une expérience fascinante et provocatrice de l’impact de notre espèce détruisant la Terre.

Anthropocène: l'époque humaine

Le documentaire s’ouvre sur un embrasement à la puissance inégalée, un brasier tragiquement beau: crépitements couleurs jaunes rouges ambrées s’affolent dans un mouvement dévastateur. Est-ce un incendie ? Nous comprendrons qu’il s’agit de brûler les défenses d’éléphants illégalement tués par des braconniers. (Cette défense appartenait à un éléphant que j’ai connu et je n’ai pu empêcher le braconnage mais désormais personne n’exploitera cet ivoire parole de femme militante) C’est le prologue.

Et c’est sur le même embrasement que se clôt ce documentaire qui aura fait exploser à l’écran la poussière le sable la glace et les machines, métamorphosant par des images sidérantes les strates de la terre qui saigne en une immense tapisserie.

Mais attention : à l’inverse de Yann Arthus-Bertrand qui captait les « merveilles de le terre vue du ciel » les photographes de l’équipe d’Anthropocène dont Edward Burtynsky en filmant depuis les airs les mines de phosphate de Floride ou celles de potasse de l’Oural, les champs d’extraction du pétrole au Texas, montrent des paysages dévastés dont le rendu visuel peut certes friser l’abstraction... Et c’est précisément par cette esthétisation provocatrice, où la nature n’est pas sublimée mais dominée par l’homme que les réalisateurs souhaitent une prise de conscience collective. Aujourd'hui, l'être humain domine tous les écosystèmes de la Terre, bien plus que les processus naturels car il altère ces derniers. C'est une conclusion cruciale 

 

Découpé en plusieurs chapitres (de Extraction à Extinction) Anthropocène nous transporte des usines de Sibérie aux mines de charbon allemandes, de la déforestation au Canada aux digues de béton en Chine , de la montée des eaux à Venise aux émanations de lithium dans le désert chilien d’Atacama, de la décharge caverneuse au Nigeria au tunnel ferroviaire du Saint Gothard...

 

Chiffres à l’appui, une voix off, apparemment neutre (entendons sans intention moralisante ni culpabilisante) commente -sans emphase, avec parcimonie- la destruction des minéraux, la disparition des espèces animales, la dévastation des végétaux…Oui l’ère de l’Holocène qui a duré 12000 ans, est bien révolue nous sommes entrés dans l’Anthropocène (cette époque où l’activité humaine est devenue la principale force de changement sur l’écosystème terrestre, elle a fait franchir à la planète ses limites naturelles...)

 

Certaines images sont empruntées à des archives (comme le signale le générique de fin) :la fête en Suisse qui saluait l’ouverture du tunnel ferroviaire du Saint-Gothard en 2016 par exemple

On retiendra la séquence de la démolition d’une église en Allemagne dernier vestige d’un village rayé de la carte ; un énorme bras mécanique anéantit à jamais clocher et murs, une architecture et un lieu de dévotion...C’est qu’il faut laisser le champ libre à une immense mine à ciel ouvert

Ou encore celle de cet homme pataugeant dans la boue dans l’immense décharge près de Lagos au Nigeria ; harnaché d’un barda,  le pas  incertain, les savates   dépareillées, il titube...

 

à voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Anthropocène: l'époque humaine
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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 08:28

de Jennifer Reeder (USA)

avec Marika Engelhardt, Raven Whitley, Audrey Francis, Ireon Rauch 

 

 

Suite à un rendez-vous nocturne, Carolyn Harper ne réapparaît pas chez elle dans sa petite ville bien tranquille de l’Illinois. Sa mère, qui dirige la chorale du lycée, est dévastée. Mais ses appels à l’aide ne sont entendus que par trois adolescentes et leurs familles, touchées par l'indifférence de la communauté - comme si cette jeune fille n’avait jamais compté. Une solidarité nouvelle va naître entre elles et les aider à surmonter le malaise que cette disparition révèle

Knives and skin

Un film de genre ? Plutôt un film qui mélange les genres : le teen movie, (le point de départ et qui sert de prologue est la disparition de l’adolescente Carolyn lâchement  "tuée"  par un boyfriend) la comédie musicale (dont rendrait compte la récurrence des séquences de la chorale dirigée d’ailleurs par la mère de la disparue) le conte érotique (fellation dans une voiture :   une adulte et un lycéen ) le macabre (les couteaux, les coulées de sang) entre autres... Et qui de surcroît mélange les styles -avec une prédilection pour le kitsch, les tons violet magenta et cyan, les maquillages outranciers, les ambiances électriques dans tous les sens de cette épithète, et un goût très prononcé voire excessif pour les surimpressions et les fondus enchaînés!

Tout cela au service d’un univers décousu -à cause d’un montage  hasardeux où les tableaux se succèdent dans une forme de déconstruction – qui épouserait symboliquement celle de la communauté…?, - mais un univers qui se voudrait déroutant - dans le sillage de Lynch

 

La disparition de Carolyn crée une onde de choc. Sa mère endosse ses vêtements et drague le dernier garçon à l'avoir vue vivante...Les rôles dans la cellule familiale  sont inversés: les amies de Carolyn prennent en charge leurs parents : ainsi Joanna très mature face à une mère dépressive  alors que son père -clown au chômage..- , aime les tripotages de Renée Darlington, la mère de Laurel, et l'épouse de    l'officier en charge de l'enquête, une mère schizo qui simule une grossesse

 

Certes les trois  jeunes filles osent braver les interdits (cf l’homosexualité), ne s’en laissent pas conter (cf la relation avortée entre le professeur et Joanna) raillent l’amant éconduit (en brodant sur son blouson la revendication la plus machiste  "je traite les filles comme de la merde" ).  Est-ce pour autant un « film féministe » ?

 

 Faire un film où l’horreur réside dans la violation du consentement  c’était l’intention de la réalisatrice.

Pas sûr que la dénonciation même sous forme allégorique (et quelquefois caricaturale) de la domination sexuelle et patriarcale, soit une réussite 

 

Je vous laisse juge !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Knives and skin

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 08:19

De Damien Manivel 

avec Agathe Bonitzer, Marion Carpentier, Marika Rizzi, Elsa Wolliaston

Prix de la mise en scène au festival de Locarno 

Après la mort de ses deux enfants en avril 1913, la danseuse mythique Isadora Duncan a composé un solo intitulé La mère. Dans un geste d’une grande douceur, une mère y caresse et berce une dernière fois son enfant avant de le laisser partir. Un siècle plus tard, quatre femmes font la rencontre de cette danse.

Les enfants d'Isadora

Un geste !

"Quelle lenteur ! Tout à coup"

 

Un geste qu’ Agathe Bonitzer tente de déchiffrer (labanotation, système d’écriture pour le mouvement, comme le signale le générique de fin) avant de se l’approprier, puis que la danseuse italienne apprend à son élève, avant qu’une spectatrice (Elsa Wolliaston ex danseuse) ne le décline après l’avoir intériorisé

Un geste qui relierait des chaînes d’or d’étoile à étoile (Rimbaud), dans un ballet synchronisé où les ligaments de la mémoire épousent ceux des corps. Ceux précisément des 4 femmes du film (film composé de trois tableaux qu’une chronologie précise inscrit dans le temps, mais un temps comme hors du temps car les dates mentionnées concernent tout autant l’année  de la création de Mother en 1923 (sur une musique d'Alexandre Scriabine) que d’autres années du XX° et en l’occurrence du XXI° siècle

 

Remonter vers ce qui tisse le processus du geste : ce fut la démarche de Laban ; c’est celle de l’ex-danseur et réalisateur Damien Manivel, celle d’Agathe (premier tableau). Assise dans un bar elle lit la biographie (ma vie) d’Isadora (lèvres fermées œil à l’écoute voix off) puis d’un pas allègre arpente les rues sans autre pensée que l’œuvre -le solo- à décrypter et à interpréter avant que ...le corps déployé dans la respiration de CE geste, ne l’exhausse en caresse. Caresse que la jeune danseuse trisomique intègre à une corporéité (et la thématique de la perte de l'enfant se double ici de celle du handicap). Ce deuxième  tableau est le seul "dialogué": parole explicative dans l'élaboration et la transmission du geste, celui de l'ultime caresse d'une mère à son enfant. Répétitions. Et le spectacle nous le "verrons" à travers le visage et les yeux embués d'Elsa Wolliaston dont la stature majestueuse dans son gigantisme donne sens à l'émotion. La caméra (troisième tableau) suit cette femme depuis le théâtre jusqu'à son appartement : lente déambulation martelée par le bruit de la canne; lenteur des gestes pour revêtir l'habit de nuit; au spectateur de remplir les silences -un plan furtif sur la photo de son fils crée un effet spéculaire : une même émotion par-delà les âges? Silence habité désormais par "les enfants d'Isadora" 

Et c'est sur cette main, un geste suspendu à la fois dans l'espace et le temps que se clôt ce film qui à l'instar de Mother  a "transformé le terrible accident en beauté",   une beauté dotée d'une rare émotion (la danse est intérieure aussi à la rencontre de "l'invraisemblable et de l'espéré") 

 

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 06:32

D'Ina Weisse (Allemagne)

avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Jens Albinus 

 

Anna Bronsky est professeure de violon au Conservatoire. Contre l’avis de ses collègues, elle impose l’admission d’un élève, en qui elle voit un grand talent. Avec beaucoup d’implication, elle prépare Alexander à l’examen de fin d’année et néglige de ce fait son jeune fils Jonas, lui aussi élève violoniste et passionné de hockey sur glace. Elle s’éloigne de plus en plus de son mari, si aimant à son égard, le luthier français Philippe Bronsky. A l’approche de l’audition, Anna pousse Alexander vers des performances de plus en plus exceptionnelles. Le jour décisif, un accident se produit, lourd de conséquences…

L'audition

Mais qui est donc Anna Bronsky ?

Un être psychorigide -en harmonie d’ailleurs avec la rigidité stylistique de la mise en scène- qui agirait par procuration ? réaliser avec des  "cobayes"- son fils Jonas ou son élève Alexander - son propre rêve de perfection ? Certes Ina Weisse, n'exclut pas cette approche : après la séquence ratée du quatuor où, violoniste, Anna peine à se concentrer et laisse voler son archet, -consciente de ses propres limites -, elle va exiger  toujours plus de son élève. Exigences qui font fi de la personnalité de l’adolescent et le transforment en bête à concours. Gestes et paroles de plus en agressifs sinon violents

Mais la réalisatrice tout en balisant le parcours de son héroïne de "signaux" (cf retours même furtifs vers le passé, relation au père,  un être intransigeant et sadique, rappels rodomontades du mari, protestations de l’enfant, besoin irrépressible de cette chaleur qui embrase le corps, palpation des seins comme  sensation du  hic et nunc) loin d’expliciter le comportement d’Anna semble opacifier de plus en plus le personnage. Là est un des paradoxes qui font l’originalité de ce film

 

Un film tout en contrastes :

Contraste entre la musique (Bach) et les silences lourds de sens. Contraste entre ce visage que le mari voudrait décrypter et décoder telle une partition et les tourments refoulés, les non-dits. Contraste entre l’assurance apparente (celle d’une fille d’une mère d’une épouse d’une amante d’une professeure que Nina Hoss rend palpable dans son silence même ) et une fragilité tapie au fond de l’être profond !

Notes suspendues (en écho inversé, l’archet qui s’écrase au sol) .

Un film où l'œil est  à l’écoute ; où les regards se croisent,  cherchent à sonder (ou extérioriser) secrets et mystères. Les plans resserrés sur les visages des acteurs s'ils captent leur expressivité n'en cachent pas moins l’horizon de leurs regards (au spectateur de se représenter pleins et déliés ou de déceler l'invisible)

 

Nina Hoss est de tous les plans : filmée souvent de dos quand elle est seule-comme si le visage se dérobait-, face à son mari, son fils ou son élève-, cherchant à imposer sa parole comme elle tend à imposer son propre rythme à la musique de Bach,  elle est, elle restera l’insondable

Et le plan qui clôt le film est pour le moins énigmatique. Le regard émerveillé qu'Anna porte sur son fils en train de jouer du violon (concert donné par l'orchestre des élèves) est malsain -compte tenu du drame qui a précédé...(à ne pas dévoiler...). Et du visage on ne voit que la moitié -comme si l’autre était condamnée à rester figée dans le noir. Cette part obscure de Soi ?

 

Un film qui intrigue à défaut d’envoûter

Un film qui vaut surtout pour l’interprétation de Nina Hoss -elle a d’ailleurs reçu la Coquille d’argent de la meilleure actrice au festival de San Sebastian en septembre 2019

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 14:39

De Costa-Gavras (France Grèce) 

avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

Adults in the room

Ce film surprendra et ravira plus d’un spectateur...Comment traiter d’un sujet historique complexe en le rendant si passionnant ?!...

 

Costa-Gavras (Z, l’Aveu,...) réalise une grande œuvre cinématographique sur un scénario d’après le livre de Yanis Varoufakis. Bien plus qu’un thriller à suspense, avec des dialogues percutants tirés de l’Histoire récente, le film retrace avec un grand souci pédagogique comment la Troïka a mis à terre la Grèce avec la complicité active de Merkel et Hollande.

 

Une grande leçon politique sur le cynisme de nos gouvernants européens, leur lâcheté, leur hypocrisie et leur attachement féroce aux valeurs capitalistes.

Le rythme est soutenu, la mise en scène nous tient en haleine. Le déroulé chronologique de ces événements aux conséquences tragiques pour le peuple grec nous met au cœur des négociations, comme si nous y étions.

Le talentueux Costa-Gavras nous aide à comprendre ce que furent ces mois d'âpres négociations entre un pays exsangue et les grands de l'Europe. Les personnages sont clairement identifiables : Michel Sapin, Pierre  Moscovici, Angela Merkel, le directeur de la Banque Centrale Européenne, Wolfgang Schäuble le terrible,  intraitable et ultra réactionnaire ministre des finances allemand dans son fauteuil roulant, le piteux  Junker, et Christine Lagarde directrice du FMI

Les acteurs qui interprètent ces personnages leur ressemblent pour certains, tous jouent parfaitement, on y découvre la face cynique, cachée aux médias, de ces défenseurs des intérêts d’une classe

 

La musique grecque qui accompagne et la fin sous forme onirique et symbolique sont un plus qui scelle un très grand film.

 

A voir vite !

Serge Diaz

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 10:21

Documentaire réalisé par Patricio Guzmàn  (Chili)

 

Personnes interviewées:  Francisco Gazitua, Vicente Gajardu (sculpteurs)  Pablo Salas (scénariste documentariste) , Jorge Baradit (écrivain),  Javiera Parra (chanteuse) 

 Œil d'or du meilleur documentaire au dernier Festival de Cannes

 

Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans mon pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour Nostalgie de la lumière et au sud pour Le bouton de nacre, j’ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l'histoire passée et récente du Chili.

La Cordillère des songes

Des plans aériens, des panoramiques sur les montagnes à la beauté somptueuse et redoutable à la fois ; des crêtes enneigées, des concrétions de nuages les couvrant de leur voile et la voix off du réalisateur exilé en France depuis plus de 40 ans : dès le début de ce troisième volet d’une trilogie -commencée avec Nostalgie de la lumière poursuivie avec Le bouton de nacre - Guzmàn se propose de sonder l’âme d’un pays, l’âme d’un peuple en interrogeant sa mémoire, à partir de cette matière organique. La clé de ce pays est dans ce corridor entre océan et montagne et je voudrais savoir pourquoi le Chilien est aussi différent des autres Latino-Américains, si c'est en raison de ce corridor. Guzmàn convoquera artistes scientifiques historiens mais aussi des souvenirs personnels

 

La Cordillère. Le peuple ne la connaît pas. Santiago, la capitale, lui tourne le dos. Seules des reproductions -cette grande fresque qui tapisse le mur d’un couloir de métro- ou ce graphisme sur des boîtes d’allumettes lui donnent  un semblant d’existence. Et pourtant elle couvre 80 % du pays et par son gigantisme n’est-elle pas la métaphore d’un mur qui isolerait le Chili du reste du monde ?

 

Les images sur cette muraille avec ses strates, ses pics, ses abîmes, ses anfractuosités et ses replis en font un personnage à part entière. N’est-ce pas de ses roches fracturées que les sculpteurs font des œuvres d’art ? n’est-ce pas de ces mêmes roches que les rues de Santiago sont pavées ? (sur certains pavés sont gravés les noms des victimes de la dictature de Pinochet...que la caméra va isoler en très gros plan) .

Dans ses fissures -qui illustreraient celles de l’histoire du pays- cette Cordillère cache des "secrets". On retiendra l’épisode de ce train fantôme roulant de nuit -de préférence- et transportant sa cargaison de cuivre...vers le port. Le cuivre, la richesse du pays !!!

Or le Chili -sous la dictature- a servi de cobaye aux économistes formés à l’école de Chicago...Et la globalisation néo-libérale n’aura fait qu’accentuer les inégalités devenues abyssales. Ce que dénonce avec fougue Pablo Salas. Cet alter ego de Guzmàn qui est resté au pays où il n’a cessé de filmer les soubresauts le chaos, et  toutes les manifestations depuis 1982.. Son constat est sans appel:  le Chili a bel et bien été volé et par la junte, par les défenseurs de la dictature (ils sont dans le déni permanent ou persuadés qu’ils ont œuvré pour le bien... ) et par les multinationales...

Émus nous pénétrons dans son antre où sont archivés tous ses films : antre habitacle d’une mémoire politique et sociale jusque-là préservée !!

 

Que reste-t-il de l’enfance de Guzmàn hormis la façade de cette maison qui l’a vu naître, mais c'est une coquille vide …Elle apparaît deux fois dans son documentaire, comme un îlot cabossé et fracassé par l'Histoire !

 

Son vœu : retrouver le Chili de son enfance; la récente actualité ne serait-elle pas en train de l'exaucer???? 

Sur un panneau brandi par des manifestants on peut lire nous sommes le cauchemar de ceux qui volent nos rêves Ce n’est pas 1973 c’est 2019  et malgré l’état d’urgence, malgré la féroce répression policière les manifestants ne baissent pas les bras !

La Cordillère aura-t-elle entendu leur appel? 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 07:09

Grand prix de la Semaine de la critique à Cannes,

Grand prix et  Prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy.

A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire...

J'ai perdu mon corps

C’est juste une histoire toute simple que j’ai un peu compliquée, c’est tout 

Ça doit être apaisant d'être coupé du monde

(Naoufel à Gabrielle) 

 

Rares sont les longs métrages d’animation où se marient avec élégance l’excellence technique, l’originalité du scénario, la prouesse des formes et mouvements et une atmosphère à la fois poétique et surréaliste.

J’ai perdu mon corps a cette singularité exceptionnelle

 

La première personne -le pronom "je" du titre- renvoie à la main coupée en quête de son corps ... Nous la suivons " filmée" à sa hauteur déambulant dans la complexité hostile de l’environnement urbain….Un membre fantôme bien vivant dans sa reptation (compacité main et poignet) sa désarticulation (autonomie des doigts érectiles usant de leurs capacités tactiles et préhensiles chorégraphiant l’espace); avec des mouvements d’accélérés ou de ralentis qui scandent une course d’obstacles (trafic urbain, escalators, métro, rats voraces etc..); une main astucieuse qui échappe à la noyade en s’accrochant à une balle de tennis ou qui utilise un parapluie comme parachute...pour ne pas s’écraser au sol…)

 

Mais le réalisateur se plaît à entrecroiser plusieurs temporalités : car il y a l’avant et l’après main coupée (en écho l’avant et l’après accident qui a coûté la vie aux parents de  Naoufel) Et ces temporalités se superposent  se côtoient se confondent ...créent des lignes de fuite avec une extraordinaire fluidité !!

De même coexistent trois récits -chacun bénéficie d’ailleurs d’un traitement spécifique - celui de la main, celui de  Naoufel enfant -en noir et blanc- toujours à l’écoute de sons et de voix qu’il enregistre en permanence et celui de l’adolescent, nonchalant livreur de pizzas, qui s’éprend d’une voix, avant que celle-ci ne s’incarne dans la personne... de Gabrielle.

Cette coexistence illustre d’ailleurs la thématique récurrente de la "cassure" "déchirure" et de son corollaire : la reconstruction -à la fois psychologique et...métaphorique…- Une reconstruction qui s’appuie sur la mémoire (comment attraper une mouche ? "viser à côté anticiper son mouvement," recommandait le père….et ce n’est pas pur hasard que cette récurrence de la mouche dont  les bourdonnements sont amplifiés par la bande-son et dont la taille variera selon le point de vue)

 

La main coupée vivante à la recherche de son corps est dans ce film -qui mélange noir et blanc et couleur,  animation 3D et dessin 2D -, la métaphore d’une quête d’identité  - l’amour en est l’épiphanie !  Et  la musique de Dan Levy lui confère l'ampleur d'une  Odyssée. 

 

J’ai perdu mon corps : un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 09:03

Documentaire réalisé par Roland Nurier (France)

 

L'histoire de la Palestine, de son origine à aujourd'hui, loin de ce que les médias appellent le conflit israélo-palestinien. Experts internationaux, historiens, diplomates des Nations unies, juristes en Droit International mais aussi, témoignages de simples citoyens… Un éclairage primordial basé sur des éléments factuels incontestables, pour se débarrasser des clichés et idées reçues !

Le char et l'olivier, une autre histoire de la Palestine

Nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir  Mahmoud Darwich (1941-2008)

 

À tous ceux (ils sont légion chez les politiques et intellectuels de tout bord) qui aimeraient tant que l’on confonde antisionisme et antisémitisme, à tous ceux (ils sont légion dans le monde de l’éducation et de la presse) qui -par raccourci lexical et sémantique -assimilent les Palestiniens à des terroristes ou -par une vision strictement humanitaire -en font essentiellement des victimes dont on doit avoir pitié, et non des citoyens à part entière, je recommande ce film documentaire qui loin des lamentations et imprécations, et sans acrimonie de ton vis-à-vis des Israéliens, analyse la situation, « des points de vue historique et juridique »

Si la connaissance est la condition préalable à tout débat encore faut-il qu’elle se déleste des « grilles » qui donnent un « sens » aux événements (or celles-ci font florès et entachent les discours à tel point que critiquer la politique de  Sharon ou  de Netayamou est synonyme d’antisémitisme…)

Il est une idée reçue dont beaucoup de personnes -inféodées à une doxa- auront du mal à se débarrasser: l’équilibre des responsabilités n’existe pas comme on aimerait nous le faire comprendre…

 

Apprendre du passé pour comprendre le présent ! Apprendre à partir de faits historiques incontestables (le sionisme contemporain des politiques colonialistes fin XIX°, la frilosité de la communauté internationale en 1948, les ambiguïtés de l’ONU qui tance ..et ne sévit pas..., des propositions palestiniennes occultées par l'histoire enseignée,  par exemple)

Le réalisateur Roland Nurier convoque des hommes et des femmes de religions différentes,  de métiers et de pays divers;  tous s’appuient sur  l’analyse de terrain et les textes de droit international ; il réunit aussi des témoignages de citoyens palestiniens et français. Entretiens illustrés par de nombreuses infographies,  incrustations d'images (cartes géopolitiques, animations, dessins)

On aura reconnu -entre autres- Alain Gresh (je vous recommande la lecture de Israël Palestine Vérités sur un conflit) Dominique Vidal (Le Monde diplomatique) Sieffert ( Politis) Elian Sambar (historien) Leila Shadid, Michel Warschawski, Jean Ziegler, Christiane Hessel, Richard Falk, (professeur de droit américain international à l’Université de Princeton) Pierre Stambul (porte-parole de l'Union des juifs pour la paix)

 

Le documentaire s'ouvre sur un aveu de Ben Gourion  ("si j'étais un leader arabe je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal nous avons pris leur pays")  et se clôt sur une citation de Avraham Burg (président  de la Knesset de 1999 à 2003) « du fait de la Shoah nous voulons le pardon continuel pour les fautes que nous commettons et nous ne supporterons aucune critique »....

 

Le char et l’olivier une autre histoire de la Palestine a  le mérite d’apporter à un débat (hélas toujours clivant ) des éléments raisonnés. Son réalisateur espère qu’il touchera le plus grand nombre pour en finir avec cette phrase si souvent entendue:"C’est compliqué, je n’y comprends rien!". En tout cas, le film donne quelques clés à un public en demande d'éléments de compréhension afin de se forger sa propre opinion. Tout le contraire du prêt à penser délivré malheureusement par beaucoup de nos médias

 

A voir absolument!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 07:45

de Marco Bellochio 

avec Pierfrancesco Ravino, Maria Fernanda Candido, Fabrizzio Ferracane  Luigi Lo Cascio Fausto Russo Alesi

 

présenté en compétition officielle au festival de Cannes 

Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s'enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l'histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

Le Traître

Le Traître  c’est une vaste fresque -avec des séquences très violentes – celles traitées en flash back- et des scènes inoubliables du procès dans un "tribunal-bunker", un rythme haletant, et ce personnage central (le fameux  "repenti"  Tommaso Buscetta magistralement interprété par Pierfrancesco Favino). Le Traître c’est à la fois une saga familiale, un documentaire (les confessions de Buscetta dessinent la cartographie de Cosa Nostra) et un huis clos judiciaire sans omettre ces belles échappées oniriques -la marque du cinéaste italien...

 

Un cinéaste qui excelle aussi  dans la confrontation qui oppose destin individuel et destin national (rappelez-vous Vincere, 2008 ce film consacré à la maîtresse de Mussolini et qui  vilipendait le cynisme du jeune amant). Il sait rendre hommage à ses maîtres Visconti ou Coppola qu’il convoque par exemple dans la séquence d’ouverture : la grande fête de « famille » !!

 

Mais son film vaut surtout par l’image qu’il donne du mafieux sicilien. Moins de scènes d’action et plus de dialogues ; démythification (et partant démystification) de toute phraséologie et imagerie qui ont prévalu dans nombre de films consacrés à la mafia. Derrière des barreaux lors du long procès de Bruscetta les "mafieux" de Cosa Nostra s’agitent certes et braillent parfois mais on devine leur désarroi et leurs faiblesses. Bellochio les a débarrassés de leur cuirasse légendaire …

 

Le personnage éponyme Le Traître (avec cet article à valeur généralisante ou d’excellence dans l’unicité) renforce l’aspect caméléon de Buscetta :-d’ailleurs presque chaque scène illustre un aspect précis de cet homme complexe ; apparemment impassible impavide, macho, père intransigeant, individualiste, homme d’affaires peu scrupuleux mais homme d’honneur...Toujours ! -. Lors de ses entretiens avec le juge Falcone il rend justice à la vraie Cosa Nostra ; Le traître ? C’est Toto Riina -ce parrain sanguinaire

 

Ainsi c'est un regard neuf que Marco Bellochio apporte au genre "préempté par le cinéma hollywoodien

 

Un film à voir assurément! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 
films (site | email) le mercredi 06 novembre 2019 à 22:22 
Merci pour le post intéressant.

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 05:40

 

8ème édition du festival de courts métrages "This is England" 

 

du 16 au 24 novembre

 

deux lieux

 

Kinepolis  Centre Commercial Saint Sever Place de la Verrerie 76100 Rouen

 

Omnia 28 Rue de la République 76000 Rouen 

 

 

Festival "This is England"

Pour cette 8ème édition, le festival « This is England » s'offre une programmation musclée avec 3 grandes catégories de films pour rendre hommage à la créativité anglaise ! 

Fictionsanimations et documentaires sont au rendez-vous de ce festival qui se veut précurseur de la culture anglaise en Normandie !

http://www.thisisengland-festival.com/?p=selection2019

http://www.thisisengland-festival.com/?p=festival

 

Festival "This is England"

 

Soirée concert le 22 novembre au bar le Trois pièces  avec un groupe de Norwich Th Islas pour fêter les 60 ans du jumelage

et le retour de Supernova  avec un Oasis Tribute, pour fêter les 10 ans ....de la séparation du mythique groupe anglais

 

De Norwich il en sera également question tout au long du festival  car une délégation sera présente pour rencontrer les homologues rouennais .... et découvrir l'exposition photographique à l'Hôtel de Ville (rez-de-chaussée) 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

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