7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 08:47

de Gregor Bozic (Slovénie) 

avec  Massimo de Francovic, Giusi Merli, Anita Kravos, Ivana Roscic, Janez Skof

 

Présenté en compétition au festival A l'Est (qui a lieu à Rouen du 3 au 8 mars 2020)

Quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à la frontière de la Yougoslavie et de l'Italie, le destin d'un vieux charpentier va croiser le destin de Marta une vendeuse de châtaignes

Il était une fois un châtaignier

On connaît les choix du festival A l'Est -dont c'est la 15ème édition-  des  films à l'écriture belle dans leur exigence et leur plasticité; le film slovène présenté hier soir en compétition en est une fois de plus  l'illustration

 

Un parterre de feuilles mortes couleur cuivre et or, et au milieu une "fosse"; vue en plongée; caméra et plan fixes; des personnages entrent dans le champ et leurs paniers emplis de châtaignes exécutent un ballet aérien en déversant leur contenu. puis ce seront des femmes qui, avec leurs râteaux recouvrent ce "trésor" des feuilles mortes et leurs mouvements ressemblent à un autre ballet chorégraphié à même le sol. Le ton est donné dès cette scène d'ouverture: une composition minutieuse (cadrage répartition dans l'espace couleurs et lumière) et "sacralisation" des châtaignes (Marta dans une séquence perpétue -peut-être en vain-  le commerce des châtaignes)

 

Un homme marqué par les ans, assis au pied d'un arbre se prend à rêver du moins il se souvient...alors qu'il attend la charrette-navette- et ce sera à bord de celle-ci que la conversation ou les rires fous des deux jeunes filles vont impulser le souvenir

 

Dès lors vont s’éployer en une série de flash-back et traitées de façon très picturale (souvent des tableaux d’une beauté indomptée) des séquences qui auront marqué sa vie. On passe de l’une à l’autre par un titre

(A rappeler ici que Stories from the chesnut woods traduction anglaise, insiste sur la pluralité et  impose un certain découpage narratif, alors que la traduction française,  "il était une fois...."  rappelle l’incipit des contes)

 

La plus émouvante des "histoires/séquences" est sans conteste celle qui évoque les derniers moments de l’épouse Dora. Le beau visage de l’actrice Giusi Merli ses déplacements à pas comptés ses paroles laconiques illustrent le rôle de ces femmes soumises qui jusqu’à leur dernier souffle auront trimé comme des bêtes de somme, au service de l’époux mâle et macho !!!

 

Mais le film ne manque pas d’humour (scènes de bistrot où les hommes s’adonnent à un jeu d’adresse; visite chez l’unique médecin qui prescrit un médicament unique, telle une panacée ) ; il peut être «sordide » (quand Massimo prend les mesures pour fabriquer un cercueil à sa femme, alors qu’elle exhale encore le souffle de la vie)

 

Un film tout en nuances-voire ellipses- pour évoquer des conditions de vie dans l’après- guerre (certaines personnes comme Marta,  sont contraintes au départ pour leur survie).

Quelques plans et c’est tout un pan de l’Histoire qui s’impose au spectateur ( à lui de reconstituer....)

 

Un film dont le réalisateur est à la fois grand portraitiste et brillant paysagiste

 

Et malgré un bémol (une musique parfois trop illustrative) "il était une fois un châtaignier" est un film à ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 12:06

de Martti Helde (Estonie) avec Rea Lest et Reimo Sagor

 

Présenté en compétition au festival A l'Est (Rouen du 3 au 8 mars 2020)

 

sortie  prévue  le 3 juin 2020

Deux personnages, une obsession : empêcher le passé de tout submerger

 

Silence scandinave

Un film c’est l’image et le son avant tout, affirmait Knut Erik Jensen à chacune de ses interviews lors du festival du cinéma nordique. Ces propos valent aussi pour le jeune cinéaste estonien Martti Helde....Et d’ailleurs la vocation du cinéma serait  "moins de raconter des histoires que de donner à voir "

 

 

Si le choix de la mise en scène était radical et novateur dans Crosswind  celui de Silence scandinave -plusieurs versions d’une même réalité- n’est pas inédit certes, mais il n’en est pas moins original dans son traitement (que le titre révèle  partiellement )

 

Dans ce film en noir et blanc ,épuré, beau sans être esthétisant où le drame familial ne sera restitué que par bribes et avec parcimonie, l’essentiel est centré sur les deux personnages du frère et de la sœur et sur les paysages -ceux-ci deviennent  des êtres à part entière tout comme le silence est revendiqué à un moment comme moyen d’expression

 

Une route de forêt enneigée, à la verticalité des arbres dont les branches ont accueilli, bienveillantes, les flocons, fait écho la silhouette d’un homme minuscule qui chemine vers…..Une voiture s’arrête une jeune femme le prend à bord. Cette scène inaugurale sera reprise trois fois (avec des variantes) comme point de départ à trois "versions" du même drame  (deux versions « parlées » :Tom est le premier locuteur puis ce sera Jenna).

Trois "versions" trois découpages de l'espace. Si la caméra est proche des visages dans l'habitacle de la voiture (devenu par métaphore lieu de la conscience et de la mémoire) elle s’en éloigne et donne à voir des immensités d’un blanc quasi virginal (alors que l’esprit est taraudé de noirceurs), des forêts striées de noir (en contrepoint, ou en harmonie avec l’évocation nostalgique que fait la sœur d’un passé heureux, par exemple).

 

Un noir et blanc  au plus près du  "pictural" ou/et du graphisme, avec la majesté du grand angle ou des vues aériennes. Certaines dans leur éblouissement et l’éclosion de motifs floraux pourraient illustrer des désirs, emplir ces interstices où la parole s’est tue, relayée par l'imaginaire (?)

 

Mouvement et immobilité, arrêts et retours (dans l'espace et le temps) confusion des paysages extérieur et intérieur, pudeur du récit (pourtant parfois assez glauque) distanciation dans l’énonciation, réflexion sur la douleur et le sens de la vie,  que scande à la fin des deux premières versions la reprise du thème musical (bande-son) ; un parcours avec des cahots (alors que le tracé de la seule route dans ce  "désert" scandinave , semblait aplani, les deux passagers tressautent - soubresauts d’une mémoire qui exhume le passé ?

 

Oui Silence scandinave est un film dont la magie des images ne peut que séduire..

Un film à ne pas manquer ! (Il aura ses détracteurs comme pour Crosswind...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 12:00

de Jan Komasa (Pologne)

avec Bartosz Bienelia, Eliza Rycembel, Aleskandra Konieczna, Tomasz Zietek

 

Festival A L'Est (Rouen du 3 au 8 mars 2020)

Soirée d'ouverture le 3/03/2020

Daniel, 20 ans, se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention pour la jeunesse mais le crime qu'il a commis l'empêche d'accéder aux études de séminariste. Envoyé dans une petite ville pour travailler dans un atelier de menuiserie, il se fait passer pour un prêtre et prend la tête de la paroisse. L'arrivée du jeune et charismatique prédicateur bouscule alors cette petite communauté conservatrice.

La Communion (corpus christi)

Un atelier. Des corps qui épousent le mouvement des scies Et en l’absence momentanée du gardien un « règlement de comptes » violent (traité partiellement hors champ) Daniel joue le rôle de guetteur zélé . Nous sommes dans un centre de détention pour délinquants. Fin du prologue. (à cette scène d’ouverture fera écho la séquence finale...)

 

Si les croyances et pratiques religieuses semblent omniprésentes (rôle du père Thomas dans le centre, activités du village/paroisse rythmées par les rites que sont la messe, les enterrements, les confessions, les processions) la religion s’inscrit dans une dialectique Eros et Thanatos, dialectique dont la résolution serait la rédemption incluant le pardon. Pardon que Daniel s’octroie pour lui-même,  (il a commis un meurtre) pardon qu’il tente de dispenser à une communauté corsetée dans ses rancœurs -suite à un épisode tragique. Eros sera Agapé. Telles sont bien les forces en présence dans ce film dont le titre renvoie aux deux acceptions du terme « communion » « croyance uniforme de plusieurs personnes qui les unit sous un même chef dans une même église et « réception de l’eucharistie » -corpus christi- ce qu’illustre la représentation iconique du Christ sur la Croix (vue souvent en contre-plongée)

 

Daniel a  "usurpé"  la fonction de prêtre : non seulement il en revêt l’habit mais dans ses prêches, il fait siens tous les préceptes enseignés par le père Thomas (dont il "usurpe"  aussi l’identité) L’acteur Bartosz Bienelia aux yeux  bleu acier, au regard halluciné, à la peau parfois translucide, au corps tatoué (les tatouages ne seraient-ils pas devenus stigmates?) interprète de sa présence charismatique, ce personnage ambigu ambivalent. Prédicateur, amant, rock star, habité et violent, il est de tous les plans (souvent fixes) : son visage vu de profil ou de face peut envahir l’écran, seul face aux paroissiens (mais vu de dos) il prodigue la "bonne parole", ses lèvres dans le confessionnal à travers le grillage murmurent le pardon, son corps mis à nu se love dans l’embrasement amoureux. Parfois il est comme "détaché" de l’image, comme aimanté vers un Ailleurs et quand les paupières sont closes c’est un regard intérieur qui doit irradier tout son être…

 

Comment guérir une âme de ses tourments ? On retiendra cette séquence où -comme dans une séance de thérapie collective- les villageois sont invités à hurler, dans un cri primal, leurs obsessions. Daniel  devenu aussi justicier,  a repris une enquête (un chauffeur en état d’ébriété aurait provoqué l’accident mortel) . Disculper, déculpabiliser, accéder à la sérénité

 

Un film  souvent sombre (et le parti pris des ambiances au bleu flouté ou glaciales le prouverait aisément) mais aussi empreint d’humour;  un film à la construction sinon rigoureuse du moins très habile (schéma circulaire, alternance scènes d’intérieur et d’extérieur, progression du personnage dans son chemin de croix) la  scène finale, percutante et dans sa forme et dans son message,  n’est pas pour autant épilogue….

 

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 15:58

de Todd Haynes (USA)

avec Mark Ruffalo, Tim Robbins, Anne Hathaway

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...

Dark Waters

Rappelez-vous cette publicité «teflon » menée tambour battant, rappelez-vous cet empressement à acheter des poêles au revêtement miracle, sans effet nocif et pourtant la colle industrielle PFOA est hautement toxique..

.Suite à des morts en série (bétail) en Virginie Occidentale, à des malformations (visages de nouveaux-nés),  Robert Bilott,   un avocat du très  influent cabinet Taft Stettinius & Hollisteyr,  spécialisé jusque-là dans la défense des entreprises de l’industrie chimique, va mener un bras de fer contre l’entreprise DuPont, ce géant de la chimie. Contre l’avis des siens…

Le film de Todd Haynes illustre  cette bataille : elle aura duré presque 20 ans

Si Dark waters connaît un succès certain, s’il fait l’unanimité c’est qu’il rapporte avec une précision minutieuse des faits avérés, que le scénario est bien ficelé, l’interprétation de Mark Ruffalo impeccable, et qu’il s’interroge sur les liens entre démocratie et intérêts financiers.  Alors que l'actuel président américain se soucie peu des catastrophes sanitaires et écologiques et n'a cure des angoisses environnementales….

Certes il y a des moments hallucinants (quand l’avocat est filmé en plongée seul dans un parking, quand dans le bureau il croule sous les dossiers empilés tel un mur infranchissable, quand le cinéaste donne à voir simultanément l’extension du « monstre » et la « démesure » de la tâche de Robert Bilott. Certes la photographie d’Edward Lachman nous immerge souvent dans un univers noir bleuté (qui rappelle le titre)

 

Mais le tempo souffre du caractère répétitif dans les alternances entre séquences de délibérations (le cabinet d’avocats) et les rencontres avec les plaignants ; entre scènes d’intimité familiale (au bord de la crise de nerfs) et pression des patrons dans leurs bureaux. Un très gros plan prolongé sur une vache malade ? voyeurisme facile et bien inutile. Si l’isolement de l’avocat (il a triomphé mais les résultats se font attendre) renvoie assez judicieusement au milieu d’origine , le traitement de cette longue période frise la niaiserie en ce sens que le défilement de dates en bas de l'écran ne suffit pas à rendre palpable la douleur torturante ...Mais surtout, comme le message (celui d’utilité publique) semble prioritaire, la mise en scène, délaissée, est terne,   convenue…

 

On pourra toujours rétorquer que le genre choisi le thriller d’investigation laisse peu de place à l’innovation….

Efficacité contre originalité ?

Mais ne peut-on concilier les deux ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 07:11

Documentaire réalisé par Jean-Robert Viallet et Alice Odiot (France)

 

 

Tourné entre 2016 et 2018 à la prison Les Baumettes (avant sa fermeture) 

25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans. Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

Des Hommes

Le ciel par-dessus le toit : un bleu azuréen couvre les 2/3 de l’affiche ; un bleu qui restera hors champ dans le documentaire « Des hommes » Un bleu auquel vont se substituer des rais lumineux tentant de s’infiltrer dans les plus petits interstices et surtout le contraste entre une lumière extérieure qui traverse les  fenêtres grillagées  et un intérieur vétuste insalubre où « croupissent » les détenus

 

Derrière une porte vitrée sécurisée s’agite un détenu à la marche erratique vite hypnotique et l’on devine quand il s’approche , des traits qui nous sont familiers. Écran noir. Le film peut commencer. Ce plan d’ouverture sera repris en écho à la fin. Une des rares métaphores (le mouvement perpétuel et vain de l’homme qui tourne en rond en vase clos) dans ce documentaire à la fois sobre et  humain 

 

Sobre ? Ne serait-ce que par le refus d’une voix off, (ce sera celle de la musique de Marek Hunhap) l’absence d’une surenchère visuelle (celle de gros plans ou zooms sur des dysfonctionnements matériels ou autres qui illustreraient le misérabilisme par exemple) mais l’insistance sur de petits objets -comme substituts de langage- ; le positionnement d’une caméra (souvent fixe) à la fois très proche et suffisamment distante pour capter gestes et paroles (même dans l’exiguïté d’une cellule de 9m2)

 

Humain ? c’est bien ce qui intéresse les deux documentaristes. On est loin des clichés auxquels la presse nous habitue. Écoutons ces aveux teintés d’humour, ces tentatives de minimiser un « forfait » commis en interne, regardons ces yeux rieurs, moqueurs ou embués, respirons ces effluves qui dans la promiscuité, transpirent (de) l’humain !

 

Le personnel -essentiellement féminin- bienveillant,  est à l’écoute sans être dupe (les séquences de "condamnation en interne" sont succulentes..) -à signaler que la plupart des condamnations sont liées à des histoires de stupéfiants...ce qui en dit long sur "la politique française pénale en matière de drogue" (mais les documentaristes ne jugent pas,  ils donnent à voir!)

 

Ces détenus  ne sont pas des "anges"

Mais ce sont des hommes! 

 

 

« Allez, venez.

Restez un peu et vous verrez.

Vous en sortirez plus confus qu’en entrant.

Oui cette prison pue l’humanité » Jean-Robert Viallet

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 08:32

de Franco Lolli (Colombie)

avec Carolina Sanin, Leticia Gomez, Antonio Martinez 

 

Ce film a été présenté en soirée d’ouverture à la Semaine de la Critique  festival de  Cannes

À Bogota, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles s'ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu'elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d'amour, la première depuis des années.

Une mère incroyable

Le ton est donné dès les premières scènes : une femme atteinte d’un cancer du poumon, qui refuse une nouvelle chimio (elle connaît…); un appareil d'IRM à la  mécanique d’acier qui engloutit le corps, et le regard plus ou moins effaré de la fille. La dialectique Vie et Mort s’inscrira dans le conflit Mère/Fille.

Mais qui est cette "mère incroyable" ? (ainsi la qualifie le journaliste avec lequel elle entame une relation…) c’est Silvia, la fille aînée de Léti (diminutif de Leticia) .  Mère, elle s’occupe seule de son fils (l’identité du père sera le prétexte à une scène pour le moins étrange…) ; avocate, elle refuse de cautionner la malhonnêteté du chef du département des Travaux Publics et démissionne; fille aimante, elle assure de sa présence bienveillante, pleine de sollicitude, une mère qui va mourir…une mère à la forte personnalité qui l’accable souvent de ses remarques fielleuses ou de griefs assassins (sur sa relation amoureuse entre autres…) 

(à noter que le titre originel mettait en avant la fonction d’avocate ; la traduction française insisterait-elle sur la filiation ? Sur l’exemplarité ?)

 

Le cinéaste a opté pour une forme de réalisme naturaliste dans l’enchevêtrement de fils narratifs qui illustreront les trois "composantes" de son personnage éponyme. Tout en faisant la part belle (un peu trop) au  "réalisme" : il s’inspire de son vécu, il fait jouer sa propre mère pour interpréter Leti; il n’’épargne rien au spectateur -chimio et les effets secondaires dont l’alopécie, toux crachats, visage décharné au teint gris, comme autant d’effets d’insistance pour rendre palpable la présence de la mort??)

Certes des pointes d’humour et la présence solaire du gamin évitent au film de sombrer dans le piège (si tentant) du mélo et l’on devine de bout en bout l’empathie de Franco Lolli pour ces femmes qui assument leurs choix !

 

Un film qui vaut surtout pour le jeu de l’actrice Carolina Sanin.

Un jeu sobre alors que souterrain, gronde l’orage (il éclate parfois au grand jour…) ; émotion contenue (rarement explosive), tristesse latente (que l'on devine dans un regard)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 06:24

 De Anthony Chen (Singapour)

Avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee,  Koh Jia Ler 

 

Des trombes d’eau s’abattent sur Singapour. C’est la mousson. Les nuages s’amoncellent aussi dans le cœur de Ling, professeur de chinois dans un lycée de garçons. Sa vie professionnelle est peu épanouissante et son mari, avec qui elle tente depuis plusieurs années d’avoir un enfant, de plus en plus fuyant. Une amitié inattendue avec l’un de ses élèves va briser sa solitude et l’aider à prendre sa vie en main.

Wet Season

C’est un film tout en nuances subtiles où pudeur et délicatesse évitent le mélo, le pathos.

C’est que la caméra est toujours à la "bonne" distance : elle sait être proche sans être inquisitrice ou plus en retrait mais avec élégance 

C'est que les "mini scènes" qui se succèdent - où se reproduisent des gestes identiques -  sont moins des "saynettes" que des "fragments" -avec rarement des débuts et des fins- et vus sous des angles différents

La répétition n'est pas pure mécanique. Car plus le personnage ou un épisode se rejouent  (Ling chez elle prenant soin de son beau-père hémiplégique, Ling professeur au lycée face à une classe entière ou en tête-à-tête avec son élève pour un cours de rattrapage, Ling au volant de sa voiture, Ling s'administrant des injections) plus -et cela mérite d'être souligné- s'impose une singularité. Celle d'une femme en mal d'enfant, délaissée par son mari, et comme "étrangère" dans la ville. Professeur elle enseigne le chinois à des jeunes qui préfèrent l'anglais -la langue des affaires- ; femme au foyer elle illustre en l’incarnant -du moins le temps de cette « wet season » - une tradition qui règle la stricte répartition des tâches, et le dogme de la sacro-sainte lignée.

Car le film est aussi l’histoire d’une émancipation

Filmés de face, seuls, assis, dans la salle de classe, Ling et son élève Wei Lun dégustent un durian ; ce fruit interdit dans les transports publics à cause de son odeur, ne devient-il pas la métaphore de la transgression ?

Étreinte prolongée sous la pluie (ce sera ma première rupture), les larmes du professeur et de son élève se mêlent aux sanglots de la pluie; le cadre d’abord resserré -comme sont enserrés "amoureusement" les deux corps- s’élargit  pour faire entrer la présence bleutée des gratte-ciel de la mégapole….(cf l’affiche)

Choix chromatiques en harmonie avec cette saison des pluies, condensation (dans ses sens propre et figuré); absence de musique ce qui évite un surlignage émotionnel  (seul le ruissellement de la pluie qui martèle ou s'abat avec fracas va scander le parcours de Ling);   absence de très gros plans (significative d’une distance maintenue vis-à-vis du personnage comme du spectateur),  dialogues minimalistes, tout concourt à faire de « west season » un film où l’intime -même le plus cru- évite la trivialité, où les non-dits et les ellipses servent de ponctuations, où sur la toile de fond s'inscrit une critique sociale(la société singapourienne et sa loi du profit coûte que coûte)

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 09:27

du 3 au 8 mars 2020

 

LIEUX

 

Cinéma Omnia Rue de la République Rouen

 

Kinepolis centre commercial Saint Sever Rouen

 

Auditorium du Musée des Beaux-Arts de Rouen 26 bis rue Lecanuet Rouen

 

Café de l’Epoque 43 rue Armand Carrel Rouen

 

 

Dieppe Scène nationale Quai Bérigny Dieppe

 

Cinéma les Ecrans Gournay en Braye

 

 

XVème Festival du film d'Europe centrale et orientale

Film d'ouverture

La Communion (Corpus Christi) de Jan Komasa (Pologne)

 

mardi 3 mars 20h30

 

Omnia

 

 

Film de clôture

Sister de Vetla Tsotsorkova (Bulgarie)

 

dimanche 8 mars 19h

 

Kinepolis

 

 

 

Programme:

 

https://www.calameo.com/books/005830123bd24f83e5bd9

 

 

7 FILMS SÉLECTION COMPÉTITIVE

4 FILMS D’EST EN OUEST

FOCUS CINÉMA PUNK

LAB’EST PUNK

SÉLECTION FESTIVAL EURYDICE

RÉTROSPECTIVE MILOS FORMAN  7 FILMS

 

www.francealestfestival.com

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 08:11

D' Alejandro Amenabar (Espagne) 

Avec Karra Elejalde (Miguel de Unamuno) Eduard Fernandez (José Millan Astray) Santi Prego (Francisco Franco)

Espagne, été 1936. Le célèbre écrivain Miguel de Unamuno décide de soutenir publiquement la rébellion militaire avec la conviction qu'elle va rétablir l’ordre. Pendant ce temps, fort de ses succès militaires, le général Francisco Franco prend les rênes de l’insurrection. Alors que les incarcérations d’opposants se multiplient, Miguel de Unamuno se rend compte que l’ascension de Franco au pouvoir est devenue inéluctable...

Lettre à Franco

Sauver la civilisation occidentale chrétienne cette formule que Franco empruntera à Miguel de Unamuno (1864-1936) serait un des arguments de ce poète philosophe en faveur du nationalisme et de l’armée espagnole (le poète a d’ailleurs donné 5000 pesetas pour défendre cette "cause").

Prise de pouvoir par Franco et simultanément aveuglement (?) de certains intellectuels -dont Miguel de Unamuno -avant son revirement lors de la fête de la Race dans un « fameux » discours-,   telle est bien la double dynamique de ce film.

Tout en sachant que -de l’aveu même du réalisateur- Lettre à Franco "parle autant du passé que du présent face à la montée des mouvements fascistes en Europe" 

Intentions plus que louables!

 

Mais le « traitement » de cet épisode (été 1936) est à la fois didactique et académique (avec le risque inhérent : provoquer l’ennui) ; la reconstitution très appliquée est certes solide  et  minutieuse (décors, costumes, personnages ayant réellement existé; documentation) mais elle pèche par un classicisme désuet, pour ne pas dire « pompeux » quand elle ne verse pas dans une forme de mélo (relations de Miguel de Unamuno avec sa fille, son petit-fils ; récurrence de ce plan lumineux sur sa jeunesse heureuse) et pire ! dans une forme d’opérette (acteurs grimés ressemblant aux personnages réels, texture lisse de l’image)

Et même les fluctuations et contradictions idéologiques du personnage sont souvent escamotées derrière des « coups de gueule » assez complaisants

 

On retiendra du discours prononcé par Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 « vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas »,  alors que l’assistance -une vague brune- se lève au cri de  « vive la mort »

On connaît la suite….

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 06:37

de Hlynur Palmason

avec Ingvar Eggert Sigurôsson, Ida Mekkin Hlynsdöttir, Hilmir Snaer Guönason

 

 

Présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2019  ce film  a obtenu le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation.

 

Dans une petite ville perdue d’Islande, un commissaire de police en congé soupçonne un homme du coin d’avoir eu une aventure avec sa femme récemment décédée dans un accident de voiture. Sa recherche de la vérité tourne à l’obsession. Celle-ci s’intensifie et le mène inévitablement à se mettre en danger, lui et ses proches. 

Un jour si blanc

Quand tout est si blanc qu’on ne peut faire la différence entre la terre et le ciel, les morts peuvent nous parler à nous qui sommes vivants  (proverbe local cité en exergue)

 

Et il est vrai qu’une atmosphère étrange quasi fantomatique -qui rappelle Winter brothers -enveloppera le prologue : cette voiture noire que nous suivons dans une brume épaisse avant sa chute dans le vide!!

Puis une succession de plans fixes sur une masure vue de loin où les variations de lumière et de couleurs évoquent le passage des saisons semble faire écho au temps du deuil. Dès l’instant où des engins s’activent pour transformer cette masure en maison d’habitation avec de grandes baies vitrées (comme si le paysage extérieur devenait l’hôte privilégié) on serait en droit de penser qu’Ingimundur -le veuf, taciturne commissaire- lui aussi se "reconstruit". Mais un carton contenant des documents révélateurs de l’infidélité de son épouse disparue, agit comme un détonateur (ce qu’accentue la bande son). Assoiffé de vengeance ce père homme policier (identité qu’il décline auprès de son psy) entreprend une enquête, débusque le "coupable" le piste, et irait même jusqu’à le tuer (justice immanente, symptôme d’une paranoïa) Et la relation avec sa petite-fille Salka -qu’il adore- en est contaminée….avant une forme de « sursaut » final

 

Certes le réalisateur (plasticien de formation) soigne les ambiances répartit les lumières (avec une tendance prononcée pour une monochronie cotonneuse bleutée). Certes ce qu’il intègre dans les paysages rudes et austères – les objets métonymies de l’accident – a de toute évidence une fonction sinon symbolique du moins métaphorique de même qu'à un moment la traversée d'un tunnel ferait écho à une "nuit" intérieure.

Un univers singulier, une prestation exemplaire (l'acteur a d'ailleurs été récompensé) 

Mais l’insistance, à coups de zooms, de très gros plans, de travellings latéraux, les crissements et grincements de la bande-son, les cris prolongés de douleur (et...de délivrance) une certaine rigidité dans l’approche psychologique, tout cela empêche l’adhésion totale du spectateur (à l’inverse de Winter Brothers) !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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