8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 06:50

de Edouard Bergeon 

avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus

 

 

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu…

Au nom de la terre

Le réalisateur -dont c'est le premier long métrage- a voulu rendre hommage à son père et simultanément alerter l'opinion publique sur le mal-être des agriculteurs.

 

Intention  louable certes!

Mais exercice périlleux!

Trouver le juste équilibre entre la part autobiographique et la fiction,  entre le vécu et le pseudo-documentaire....ne pas trop verser dans le pathos...

 

 

Or précisément le chantage à l'émotion (dans la toute dernière partie), la recherche de la vraisemblance à tout prix (Guillaume Canet à moitié chauve ....mais il "doit" ressembler à ... ), l'absence de regard d'un vrai cinéaste, la mise en scène assez convenue, avec des passages purement démonstratifs,  et avouons-le une forme de complaisance (choix de musique et chansons) bref,  tout cela fait qu'on assiste plus à un téléfilm régional qu'à une oeuvre cinématographique

 

Cela étant, il convient de saluer la prestation de certains acteurs dont Verlee Baetens et Rufus 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 octobre 2019 5 04 /10 /octobre /2019 06:35

de Nicolas Pariser

avec Fabrice Luchini (Paul Théraneau), Anaïs Demoustier (Alice Heimann), Nora Hamzawi (Mélinda), Maud Wyler (Delphine), Antoine Reinartz (Daniel), Léonie Simaga (Isabelle Leinsdorf), Alexandre Steiger (Gauthier), Pascal Reneric (Xavier)..

Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

 

Alice et le maire

De son appartement Alice regarde en surplomb la ville (on a vu mieux avec Tavernier…) puis nous la suivons dévalant escaliers ou sinuant dans des ruelles, avant de franchir des portes, celles de l’Hôtel de ville, quand sur le seuil de l’une d’elles s’affiche le nom du réalisateur... S’il est vrai que le générique encode le film, voilà une déambulation dans l’espace urbain qui correspondrait à une trajectoire (avec ses traquenards ses chemins de traverse) ou plutôt serait l’illustration de la distance qui sépare le maire de ses concitoyens.

L’écart -décliné ad libitum- sera d’ailleurs une thématique majeure du film

 

Une fois employée "pour prendre du recul" (par rapport à quoi???) pour aider à "penser", Alice, trentenaire célibataire, se plaît à rédiger des notes sur les comportements que se doit d’adopter un homme politique, comportements dérivés de textes philosophiques ; la modestie en sera le "maître-mot"

 

Alice et le maire sont d’abord filmés en champ contre champ jusqu’au moment suprême -celui de la rédaction à 4 mains du "discours du siècle"- où les deux personnages sont côte à côte dans le même cadre et avec inversion des "positions": Alice assise tape sur le clavier ce que dicte le maire ...debout... .puis le maire s’assiéra...Inversion des positions, inversion des rôles ? Le maire jusque-là lecteur de discours, est devenu auteur…

Le film est aussi une sorte de voyage initiatique ; au bout d’un itinéraire fait de confrontation de partage et d’échange d’idées (importance souveraine des dialogues) chaque protagoniste aura fait un choix et l’assumera (ce que dit explicitement l’épilogue)

 

Hélas! voilà un film qui après Roubaix une lumière ou Au nom de la terre, vaut surtout pour l’interprétation de ses acteurs (Luchini qui souvent exaspère par l’outrance, le cabotinage, est ici tout en retenue et Anaïs Desmoutier est toujours aussi vibrante de finesse)

Car avouons-le la mise en scène du monde politique est bien convenue et les thématiques - celle de l’effondrement de nos démocraties et celle de la désertion de la culture dans l’exercice de l’État-  méritaient mieux (on avait moyennement apprécié le grand jeu) même si s'impose cette fascination -sincère- pour la pensée dialogale

 

Est-ce la folie qui lui fait découvrir la vérité ou la vérité qui la rend folle ? s’interroge hébété Gauthier (ex ami d’Alice) à propos de son épouse Delphine. Et le film se plaît à jeter le discrédit sur le comportement et les idées de cette femme. ...Or n’était-ce pas la Voix de la Conscience ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 13:15

de Woody Allen (USA) 2018

avec Timothée Chalamet,  Elle Fanning, Selena Gomez 

Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Un jour de pluie à New York

"J'ai besoin d’un drink, d’une cigarette et d’un air d’Irving Berlin." Tels sont les propos du jeune Gatsby désabusé, quand sur l’écran télé de sa chambre d’hôtel, il voit sa "compagne"  Asleigh aux côtés d’un acteur assailli par les caméras...alors qu’elle était censée le rejoindre, après avoir interviewé un réalisateur…

Oui Irving Berlin (et il conviendrait d’ajouter Misty thème principal du film, interprété par  Erroll Garner) c’est le remède/panacée quand on est englué (Gatsby avatar de Woody Allen) dans un marasme existentiel et victime de désillusions dans ses amours naissantes !!

 

Unité de lieu de temps et d’action : la souveraine règle du classicisme est respectée. Voici le New York que Gatsby Welles /Woody Allen affectionne : Central Park, piano-bar du Carlyle, musée Moma, intérieurs luxueux entre autres. Ça se passe un samedi. Amours et désamours : l’union, après rebondissements et prises de conscience successifs , se soldera par une désunion

 

Pour filmer les deux  "amoureux" dès leur arrivée à NewYork, Woody Allen utilise le montage parallèle mais un montage parallèle maîtrisé et très fluide (rien à voir avec ceux de certains films pourtant encensés par la critique). Voici Gatsby - veste en tweed et voix intérieure- dans ses déambulations, ses errances inquiètes -et ses rencontres- étapes-retours vers l’enfance et simultanément étapes  vers la maturité  (grâce à  la volcanique Shannon). Voici Asleigh originaire de l'Arizona, "follement dingue"  de cinéma, sujette au hoquet psychologique, qui, interviewant un cinéaste de renom, découvre l’envers et/ou les affres de ce monde (réalisateur dépressif, scénariste cocu, acteur volage). Les deux reliés à distance par téléphone….Recherche d’une identité dans et par le ruissellement de la pluie ???

 

Cette comédie qui rappelle parfois le vaudeville (on pense à Feydeau ou Labiche pour les situations comiques et les quiproquos) servie par de jeunes acteurs brillants (on découvre l’époustouflante Elle Fanning en fausse nunuche) n’est-elle pas la déclaration d’amour d’un cinéaste octogénaire à sa ville et au cinéma?

Une déclaration empreinte de nostalgie (c’est le New York de Gershwin que l’on est censé respirer voir écouter) et d’autodérision (cf la séquence chez les parents tel un film dans le film : caustique, l’évocation de ce monde huppé protocolaire, inattendu et jouissif le long monologue de la mère)

 

Un film à voir !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 08:36

d'Antoine Russbach (Suisse)

avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Ceux qui travaillent

Succession rapide de scènes sous forme de tableautins: lever 5h45, douche, préparation petit déjeuner avec sa cadette, voiture -premier arrivé au bureau il sera le dernier à le quitter....- dossiers téléphone réunion. C’est le début de ce premier long métrage du réalisateur suisse Antoine Russbach

Frank (admirablement interprété par Olivier Gourmet) est cet être impassible et comme robotisé qui exécute chaque jour les mêmes gestes. Un cadre (ici fret maritime logistique) qui a fait passer son boulot avant tout. Aussi désincarné que le monde dans lequel il évolue, un monde fait de chiffres de stats de graphismes (alors que l’acteur est de tous les plans au point parfois de les envahir ; n’est-il qu’une masse corporelle sans âme ?) Un décideur ? Mais il n’est pas le patron ...Il commande à distance à une autre catégorie d’employés (invisibles) les exécutants qu’il rudoie au bout du fil. Aliéné par un système (rendement, concurrence, mettre tout en œuvre pour sauver son entreprise) ? certes mais un système dont il profite largement (par l’argent il a acquis un statut social et son mode de vie est loin d’être précaire; d’ailleurs après son licenciement un de ses fils décrète "on n‘a pas eu de père mais là on ne changera pas de mode de vie")

D'emblée, le réalisateur refuse les clivages "bourreaux/victimes" ; de même que la décision prise (prétexte au licenciement) inhumaine, immorale, loin de renforcer une antipathie pour le personnage (on est tenté de le traiter de salaud) est là pour illustrer la violence de ce même système

Après le licenciement, le film semble s’étirer mollement. Or la thématique du désœuvrement – celui d’un cadre déchu- est plus éloquente dans d’autres films (cf l’emploi du temps de Cantet) Ce manque de souffle serait-il délibéré ? Accorder du temps à une rumination intérieure, et laisser le masque se fissurer progressivement?? Le masque sera fissuré certes -grâce à la petite Mathilde la seule à voir un père, là où ses frères et sœur voient une pompe à finances MAIS la remise en question aura été de courte durée : violence et aliénation reprendront leurs droits (dans un « cadre » illégal …cette fois...) et le dernier plan où, dans le salon, chaque membre de la famille est seul avec son portable, est lourd de sens !

 

Un film sur un mécanisme violent cynique et aliénant, traité avec une froideur glaciale ?. Certes

Un film sur une société, ultra-libérale, qui au prétexte de sanctifier les vertus du travail, d’ériger l’argent et la réussite professionnelle en valeurs suprêmes, (Franck vient d'un milieu modeste) est en fait une vaste entreprise de déshumanisation ? Assurément

Ce premier volet d’une trilogie réussira-t-il à convaincre ? Je vous laisse juge(s)

 

PS : On retiendra -entre autres- cette séquence où dans un vaste entrepôt, le père explique à sa fille la circulation des marchandises (effet palpable de la  "mondialisation")

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 07:31

de Céline Sciamma (France)

avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Valeria Golino, 

 

Prix du Scénario (Cannes 2019) 

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d'Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d'épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d'elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

 

Portrait de la jeune fille en feu

Voici un microcosme féminin à l’intérieur d’un château. Mais l’homme bien qu’absent à l’écran n’en reste pas moins présent par son oppression: n’est-ce pas un gentilhomme milanais qui exige le portrait de sa promise ?? C’est l’homme commanditaire. Homme invisible aussi mais responsable de grossesse et d'avortement - dont celui pratiqué sur Sophie la servante et auquel le spectateur est convié dans une scène à mi-chemin entre le tragique et le naturalisme…

 

Et dans ce microcosme, une circulation de regards : - les plus évidents ceux que le peintre pose sur son modèle, ceux du modèle qui scrute le visage du créateur. Regardeur regardé. Alors que le film s’interroge sur le geste créateur (et si l’étincelle créatrice était liée à un fantasme ? à une réelle apparition ? Celle qui aurait traversé le temps l’espace ou l’au-delà pour s’incarner dans une passion aussi déroutante qu’interdite ? Ce que rappelle le texte d’Ovide -dont Héloïse lit quelques extraits sur la quête d’Orphée aux Enfers à la recherche de son Eurydice;  la réponse de Marianne est sans appel (si Orphée s’est retourné ce n’est pas le choix de l’amoureux, c’est le choix du poète.

Le portrait d'Héloïse  aura été ébauché,  saboté, brûlé, abandonné,  repris ...

 

La réalisatrice semble soigner les intérieurs éclairés à la bougie ou illuminés par les flammes d’un feu de cheminée. Et pourtant que d’erreurs dans le traitement des clairs-obscurs -à moins qu’elles ne soient volontaires ; -une esthétique vaporeuse pour illustrer l’étrangeté ? (dès le générique quelques traits au fusain et le crissement sur la toile vierge alors que la main qui les guide est celle des étudiantes de Marianne ….Elle-même commencera le portrait d’Héloïse de façon similaire...Ou encore cette lueur dans la torpeur de tourments liés à la fois à l’acte créateur et à l’amour naissant ?: et voici un halo diaphane ou serait-ce le spectre d’Héloïse /Eurydice ?

 

En revanche quand la réalisatrice filme les deux femmes amoureuses qui ont délaissé les drapés de leurs robes pour ceux du lit, qui ont renoncé à tout ce qui les corsetait pour laisser s’exprimer leur chair même avec pudeur, chaque plan choisi correspond au désir de composer un tableau immobile ou en mouvement. De même les scènes en extérieur -filmées en Bretagne- frappent par une composition qui rappelle un tableau : une répartition selon la règle d’or, une présence humaine qui s’intègre aux éléments naturels ou les domine

 

L’interprétation habitée des deux actrices, Adèle Haenel (rappelons que la réalisatrice a écrit le rôle d’Héloïse pour elle !.) et Noémie Merlant (vue récemment dans Drapeaux de papier et surtout dans Curiosa en maîtresse de Pierre Louÿs) joue -c’est une évidence- sur la puissance émotionnelle du récit quand bien même leur jeu -direction d’acteur exige- impose la distanciation

 

Un film qui peut tout autant séduire que décevoir ! (symbolisme récurrent de l'eau et du feu trop appuyé)

Habiter ou ennuyer ! (lenteur initiale immodérée,  plans fixes prolongés..)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 07:41

Le conducteur de train Nurlan se rend à Bakou pour la dernière fois avant sa retraite. En contournant les quartiers de la ville, son train arrache un soutien-gorge bleu à une corde à linge. Pour échapper à son existence solitaire, Nurlan se lance dans la plus grande aventure de sa vie : retrouver la propriétaire de ce sous- vêtement …  

 

The Bra

Bakou Mer Caspienne. Oui le quartier que traverse le train, existait bel et bien au moment du tournage. La voie ferrée était si proche des "masures"  qu’elle en était le prolongement : on y dressait des tables de jeux, on suspendait le linge sur un fil tendu, on y palabrait….

En s’emparant de ce réel, le réalisateur construit un "conte" où se mêlent dans une histoire sans paroles, poésie et burlesque, réalisme et onirisme, tendresse et cruauté

 

L’absence de dialogues est compensée par une attention toute particulière accordée à la bande-son (chansons, grognements, bruits du quotidien, récurrence d’un thème musical et cette polyphonie entendue par deux fois quand Kamal, l’assistant -extraordinaire Denis Lavant- accompagne de sa trompette le fond rythmique des bruits des machines-miniatures).

Compensée aussi par le choix de couleurs : pastel (quand le train processionnaire traverse la plaine) ou tièdes (dans le quartier suburbain) en harmonie avec celles de de la vie ???

Celle de Nurlan précisément semble réglée tel un rituel et se répéter immuable : des gestes identiques– extraire du hangar l’énorme locomotive, la conduire, restituer à leur propriétaire les objets que le train a enlevés malgré les avertissements du gamin orphelin, dîner en solitaire- et la récurrence de mêmes images ou plans (avec toutefois des angles de vue différents) semblent insister tout à la fois sur la vacuité d’une existence, l’immense humanité d’un conducteur et en filigrane sur une quête d’amour (quelques fondus enchaînés sur l’essayage de soutien gorge que voile pudiquement le rideau d’une fenêtre le prouveraient aisément)

 

Sa vie bascule. Retraité, Nurlan ne conduit plus. Mais il n’aura de cesse de rendre à sa propriétaire le soutien-gorge que sa locomotive a emporté.... Nous allons pénétrer avec lui derrière les portes,  dans l’intimité et découvrir tout un système de relations sociales… d’obsessions aussi (chaque femme rencontrée n’a-t-elle pas des raisons bien particulières d’essayer le soutien-gorge ?) Intrusions sujettes à caution ? Le sort en est jeté…

Le soutien-gorge obscur objet du désir ? Nurlan -éconduit lors d’une demande en mariage- aura-t-il trouvé en ce soutien-gorge une sorte de fantasme ? Il ne sied à aucune des femmes rencontrées. Est-ce à dire qu’aucune femme ne conviendrait à Nurlan, que la femme pour lui doit rester « désir inassouvi ??

Peut-être!

 

Je vous recommande ce film à l’humour tendre, au réalisme magique

ce « conte moderne empreint de mélancolie »

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 05:26

de Cédric Klapisch

avec François Civil, Ana Girardot, Camille Cottin, François Berléand, Simon Abkarian, Marie Bunel, Patrick d'Assumcao, Zinedine Soualem, Eye Haïdaria

Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu'il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… celle d’une histoire amour ?

Deux moi

Solitude dans la multitude, celle de la capitale -que le générique accentue par des effets d’accéléré- ; une génération -celle des trentenaires- à l’ère des réseaux sociaux -de Tinder en particulier- en quête de "rencontres" mais surtout de l’Amour (Mélanie écoute émerveillée "mon histoire c'est l'histoire d'un amour/Ma complainte c'est la plainte de deux cœurs"  interprétée par Gloria Lasso...), c'est la toile de fond du nouveau film de Cédric Klapisch que double le questionnement,  "consulter un psy ne serait-ce  pas plus bénéfique  que le ressassement solitaire et l’addiction aux écrans" ?

Voici Deux Moi, Mélanie et Rémy, deux âmes solitaires, deux êtres en souffrance (excès ou manque de sommeil, gaucheries comportementales, secrets de famille  enfouis que la parole "bienveillante" de leur psy respectif aide à libérer) et  à travers  leur  parcours emblématique,  le réalisateur illustre le  cheminement   qui précède une Rencontre !

ça c'est sur le papier!!!

 

Il a choisi le montage alterné -pour la simultanéité temporelle: on voit successivement Mélanie et Rémy le soir dans leur appartement ou en proie à des cauchemars par exemple-,  et le montage parallèle - celui qui permet de "rapprocher" deux situations identiques : séance chez le psy, lieu de travail, environnement affectif et/ou familial .  Mais très vite le systématisme du procédé devient lassant ..(même si l'on assiste à une (re)construction progressive de Soi) 

Ou bien il  insère dans le même cadre les deux personnages (chez l'épicier, dans le métro, au bas de l'immeuble, etc...) comme pour insister sur une  éventuelle - ou improbable? -  rencontre. Répétition proche hélas! de la mécanique du pantin.

Les rares séquences de rêves-cauchemars tombent à plat alors qu'elles étaient censées accentuer la permanence du "mal-être",  du désarroi existentiel..;

Une impression de dégoût parfois (à l'instar du vomi de Mélanie) quand les psy déversent des clichés sur un ton quasi doctoral ou quand ils prodiguent des conseils à faire bondir n'importe quel citoyen lambda soucieux du "bien vivre ensemble": les collègues de Rémy ont été licenciés  remplacés par des robots? qu'importe ! ne pas culpabiliser "vous avez droit au bonheur" dit froidement le psy (Berléand) droit dans les yeux...

 

Un bémol: le Paris du XVIII° arrondissement (ses lignes de chemin de fer vues en plongée, les façades de ses immeubles vues en contre-plongée,  son brouhaha , ses commerces de proximité) est filmé comme un personnage à part entière qui accompagne les déambulations des Deux Moi 

 

Dans cette  comédie douce-amère, on aura reconnu des acteurs fidèles Zinedine Soualem (pharmacien) , Simon Abkarian (l'épicier)  et ...Renée Le Calm dans une furtive apparition de plaignante - oui  la Renée de "chacun cherche son chat "- décédée à 100 ans en juin 2019!! 

 

Mais cette  comédie faussement romantique est trop convenue !!  (que de clichés  racoleurs!)  

à déconseiller!   

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Je te trouve un peu trop sévère, Colette.
Moi j'ai aimé, à cause du ton de l'ensemble. Il y a de la jeunesse d'esprit chez Klapsih,qui fait du bien, et toujours cette peinture des quartiers encore populaires de Paris, le 18ème notamment, et une absence de racisme total, de bien vivre ensemble qui redonnne le moral. Le scenario tient la route et la fin nous réjouit.

Serge 16/09/19

Je persiste et signe
Mise en scène paresseuse
Enfilade de clichés
Humour réchauffé

Colette 17/09/19

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 07:10

Inga et son mari possèdent une exploitation laitière dans un petit village près de Reykjavik. Mais à la mort de ce dernier, Inga reprend seule les rênes de l’entreprise familiale. Très vite elle découvre le monopole abusif que la coopérative impose aux agriculteurs locaux. Elle va alors entrer en guerre contre ce système mafieux pour imposer l’indépendance de sa communauté !

Mjölk la guerre du lait

Inga n’est pas une activiste révolutionnaire mais une battante ; elle part en guerre contre une coopérative omnipotente qui a sacrifié ses idéaux mutualistes sur l’autel de l’argent, de la corruption (ce qu’elle rappellera dans son discours avant de procéder au vote pour ou contre la motion qu'elle propose).

Voici David contre Goliath, une femme courageuse qui à la mort de son mari dirigera seule l’exploitation laitière, contre un système qui exploite les agriculteurs jugulés par leurs dettes, impuissants à lutter pour leur indépendance. La croisade (d’abord virtuelle avec facebook) de cette justicière dévoile ainsi tout un pan de la réalité socio-politique de l’Islande (comme dans Béliers d’ailleurs) et comme il s’agit d’un parcours de femme dans un monde d’hommes, le film peut se lire aussi comme l’histoire d’une émancipation, une ode à la liberté et à l’égalité,. Arndis Hrönn Egilsdottir incarne cette force tranquille. L’actrice est de tous les plans …Les angles de vue ainsi que les plans choisis (du très gros sur le visage aux plans d’ensemble) modulent sa personnalité d’épouse, de mère et de gérante exploitante

Comme dans Béliers le réalisateur fait alterner des plans larges, des  panoramiques (paysages comme sculptés par les rigueurs du climat et dont la lumière et les couleurs varieront selon les saisons) et des plans plus rapprochés ou serrés (ceux des intérieurs, de l’intime ou des  "mini laboratoires" des mafieux).

Optant pour les ellipses, les émotions contenues, le réalisateur suggère souvent plus qu’il ne montre. (les résultats du vote par exemple seront perçus de l’intérieur, la caméra abandonne momentanément la salle des participants pour se fixer sur le visage d’Inga)

Deux séquences -en écho- sont déterminantes pour la dramatisation. Voici le mari d’Inga au volant de sa voiture, -il vient d’être reçu par le patron de la coopérative- Une ligne de fuite, bande-son muette, ellipse ; raccord, voitures de police, il y a eu un accident… En écho inversé, le plan final : même route, Inga au volant de sa voiture chante contre l’ennui et le désespoir. Ligne de fuite, bande-son muette. Mais le printemps est lumineux,  n’est-ce pas la promesse d’une autre vie ?

 

Moins âpre que Béliers  et de facture plus classique, Mjölk, la guerre du lait n’en reste pas moins une histoire de solidarité (même si le combat est "perdu d’avance") et le réalisateur -qui a grandi en milieu rural - continue d’ausculter "les transformations de la campagne islandaise la manière dont le néo-libéralisme affecte la culture traditionnelle d’un pays replié sur lui-même"

Un film à voir, assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 07:10

du 4 au 6 octobre 2019

cinéma Omnia Rue de la République ROUEN

Festival du cinéma palestinien "Regards sur la Palestine"

 

Vendredi 4 octobre 18h30

esplanade du cinéma Omnia intervention d'un étonnant danseur palestinien et apéro géant

vendredi 4 octobre 20h

Projection en avant-première du film It must be heaven de Elia Suleiman primé au festival de Cannes 

Suivie d'un débat animé par Samuel Douhaire (journaliste cinéma Télérama)

 

samedi 5 octobre 

10H30 : TEL AVIV ON FIRE de Zameh Zoabi

13H45 : SAMOUNI ROAD de Stefano Savona

16H : THE REPORTS de Muayad Alayan

18H15 : WAJID d'Anne-Marie Jacir

20 H : MAFAK de Bassan Jarsawi

Débat avec Bertrand Badie professeur à Sciences Po Paris

 

dimanche 6 octobre 

de 10h30 à 12h  courts métrages

 http://www.afps-rouen.fr/

Festival du cinéma palestinien "Regards sur la Palestine"

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 07:02

De Albert Serra (Espagne France)

Avec Helmut BergerMarc SusiniIliana Zabeth 

 

Prix  spécial du Jury de Cannes dans la sélection Un Certain Regard

 1774.  Madame de Dumeval, le Duc de Tesis et le Duc de Wand, libertins expulsés de la cour puritaine de Louis XVI, recherchent l’appui du légendaire Duc de Walchen, séducteur et libre penseur allemand, esseulé dans un pays où règnent hypocrisie et fausse vertu. Leur mission : exporter en Allemagne le libertinage, philosophie des Lumières fondée sur le rejet de la morale et de l’autorité, mais aussi, et surtout, retrouver un lieu sûr où poursuivre leurs jeux dévoyés. Les novices du couvent voisin se laisseront-elles entraîner dans cette nuit folle où la recherche du plaisir n’obéit plus à d’autres lois que celles que dictent les désirs inassouvis ?

Liberté

Oui ce film sur la déliquescence et le stupre libertin aux accents sadiens, fait du spectateur un voyeur (à l’instar de ces personnages en retrait ou armés d’une longue vue ou tapis derrière un arbre…)

Serait-ce la raison pour laquelle des spectateurs quittent la salle ?? Mais de la pudibonderie faisons fi, car après tout l’orgasme dans ce film n’est-il pas essentiellement mental et la parole cardinale ?

 

Nous étions 7, nous restâmes 3 ….

3 à apprécier cette façon de filmer qui, par la magie du cadre et la répartition des couleurs, transforme chaque personnage et chaque coin de la forêt en tableau (Fragonard, Boucher), qui fait du clair-obscur une syntaxe, qui théâtralise avant-scène et arrière-plan 

 

3 à être sinon envoûtés du moins emportés dans un voyage où s’enchevêtrent une rêverie quasi mystique, une déclinaison des plaisirs et sévices sexuels, (de la fellation à l’ondinisme, de la pénétration à la flagellation), et une sorte de fresque historique (des chaises à porteurs qui vont jouer le rôle de mini-studios côtoient arbres et sous-bois, costumes d’époque et perruques, langage précieux, revendications  "révolutionnaires" )

 

Si l’on ajoute un sens aigu de la dramatisation (voici une tempête tellurique où le ruissellement de la pluie s’accouple à la sudation des efforts érotiques, où le mugissement des éléments prolonge les râles des plaisirs), la circularité de la construction (aux premiers longs plans fixes sur la forêt qui s’obscurcit progressivement répondent ceux de la fin  où le bleu du ciel et la lumière sont annonciateurs d’une aube nouvelle mais aussi….peut-être ...du retour à la normalité!!) ; si l’on ajoute cette alliance des contraires (Albert Serra fait se côtoyer laideur et beauté, jeunesse et vieillesse, roture et noblesse) et la toute puissance du regard : voilà encore de bonnes raisons de déchirer l’écran de la salle afin de pénétrer dans  ce "bois empoisonné", cette forêt entrelacs des fantasmes, à la singularité inextricable,  et  "participer" à cette cérémonie de LA LIBERTE éprouvante et mortifère, sensuelle et poétique….

 

Un film à la lenteur calculée, à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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