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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 22:45

                les-bien-aimes.jpg  «  Ces bottes sont faites pour marcher, mais tu vas le regretter, car je mettrai ces bottes un jour ou l’autre pour te quitter ! ». Une comédie musicale de Christophe Honoré qui s’ouvre sur un défilé d’escarpins dans  une  boutique à  Paris : des escarpins bleus, jaunes, roses, rouges ! Ce sont des chaussures que l’on enfile à  la va-vite, que l’on retire au coin d’une rue, dans des marches d’escalier, que l’on vole, que l’on abandonne ; des escarpins usés qui traverseront au fil du film les ponts, les bords de Seine, qui accompagneront les personnages dans leurs moments d’euphorie, d’errance, de solitude ou de détresse.  

Au cœur de la boutique, affairée autour des clients : Madeleine.  Séduisante, « joueuse  et rieuse », elle est interprétée par Ludivine Sagnier.  Cette légèreté colle à la peau de l’actrice : Après « 8 femmes » et  « la femme coupée en deux », elle incarne parfaitement ces rôles de femme-enfant, de séductrice invétérée au regard rieur. Cette fois- ci, elle se réfugie dans les bras d’un médecin pragois. Lors de leur première rencontre, un plan large les réunit le long d’un mur. Tout semble les opposer. Excentrique, elle porte une jupe beige et un  manteau à pois. Lui parait plus sobre : costard, cravate. Il a tout pour plaire : un petit accent charmant qui tranche avec son allure sérieuse «  C’est possible faire l’amour avec vous ? » déclare t-il. Il a tout pour plaire, en apparence, mais c’est « un pervers, un baratineur, un salopard » comme le criera Madeleine à sa fille. Cet homme charismatique prône le respect,  « la dignité » pour ne pas « avoir envie de se cracher au visage le matin quand on se rase la barbe ». Et pourtant, il est scandaleux, irrespectueux, tente d’assurer un rôle de père qui le laisse démuni, s’emmêle dans ses paroles qui n’ont plus de sens ni de valeur. A l’image de ce « baratin », le français de Jaromil se détériore au fil du film. Il n’articule plus que quelques mots et finit par déclarer à Véra : avec ta mère, 3 mots : « amour, orgueil, plaisir».

Malgré cette légèreté apparente, le film recèle bien des drames et traite de thèmes sombres : l’abandon, la mort, l’amour déçu. Vera, la fille de Madeleine l’évoque « Je suis la fille d’une putain et mon père nous a abandonné. » Le rire est là pour camoufler le drame. Henderson déclare qu’il a quelque chose de  «ridicule et stupide » à annoncer : il est peut être atteint du Sida ! Des scènes tragiques rythment le film : la mort de Vera dans un bar. Un peu d’Histoire pour ajouter au réalisme du film : l’invasion de Prague par les Russes, les attentats du 11 Septembre.  

                  «  Les filles légères ont le cœur lourd ». Cette chanson interprétée par Vera et Madeleine sur le quai d’une gare illustre une des problématiques des personnages du film. Comment échapper «  aux douleurs de l’amour », au « poids du cœur », à ces « kilogrammes de sentiments » ? Comment fuir ce dont elles ne peuvent se passer ? En effet, cette comédie musicale met en scène des amours déçues, voire impossibles. Vera tombe amoureuse d’un homosexuel sidéen. Elle s’obstine à courir après un homme insaisissable incapable de répondre à ses attentes. Peu de plans les réunissent ensemble dans le même cadre comme pour mieux illustrer cette impossible union entre eux. Clément, lui est fou amoureux de Véra qui reste insensible à ses avances.

Face à ces intériorités insaisissables, les personnages ne cessent de chanter leur souffrance. De longs travellings accompagnent les personnages dans leur moment d’errance, le long de la Seine, sur les ponts, dans les gares. Chacun a le sien : Madeleine trompée, Vera face à son amour impossible, Clément lors de la mort de Véra… Aucun personnage n’y échappe ; et si le film s’attache à montrer des êtres ensembles, entourés ;  c’est dans la solitude que le masque tombe et que les personnages se dévoilent. C’est à Madeleine de conclure à propos de l’amour dans les dernières minutes du film : «  Mais alors dans cette histoire, vaut-il mieux être celui qui est aimé ou celui qui aime ? ».

A méditer et à voir absolument !

Anna Legros

 

"Les bien-aimés" passe actuellement à l'Omnia

 

 

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