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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 10:19

 Film chilien de Alejandro Jodorowski avec Brontis Jodorowski, Pamela Flores

 

 

la-danza.jpg

Années 30. Tocopilla  petite ville portuaire au nord du Chili (où naquit Jodorowski en 1929) . Le jeune Alejandro, fils d'émigrés russes (le nom de leur boutique "Casa ukrainia" le rappelle) va découvrir la "vie", tiraillé entre un père (Jaime) ultra violent, communiste adorateur de Staline (dont le portrait trône telle une icône), et une mère (Sara) d'une douce corpulence (elle ne s'exprime qu'en chantant telle une diva). Dans cette autobiographie fantasmée (et qui serait le premier volet d'une trilogie si l'on en croit Jorodowski) aux allures de "fresque initiatique", le réalisateur a recours à tous les genres styles et tonalités (cirque, mélo, opéra, réalisme, surréalisme, fantasmagorie, ironie dérision et grandiloquence) que ne renierait pas un Fellini... Jorodowski lui-même commente en off ou assis aux côtés du jeune Alejandro (interprété d'ailleurs par son petit-fils). Danse de la réalité: c'est la valse des pièces de monnaie sur laquelle s'ouvre le film (et la voix off du cinéaste), valse des billets quand le dictateur Ibanez veut récompenser la "bonté" du père; c'est la danse sordide de la horde des estropiés (manchots, culs-de-jatte, éborgnés, tous victimes de leurs conditions de travail qui les déchiquettent); danse des opposants au régime du dictateur Ibanez martyrisés torturés; danse aux couleurs vives acidulées ou ocreuses selon le moment et le lieu; c'est la danse des réminiscences, lumineuses ou traumatiques, réelles ou inventées. Une danse dont le rythme varie selon le souffle qui anime cette "autofiction" euphorique!

 

Et pourtant! Autant le début frappe par l'époustouflante force inventive et l'humour de la dérision, autant quand le film se veut fable politique -le personnage principal, le père,  devenu héros malgré lui, dans  ses subterfuges pour tuer le dictateur,- tout semble s'affaisser: rythme personnages et situations (hormis peut-être la séquence pathétique avec la femme bossue ou le cynisme d'un prêtre qui offre une tarentule...).

 

Malgré tout, l'ensemble se voit et s'entend comme la geste frénétique ludique et baroque de l'Enfance d'une Vie; et ne serait-ce pas pour le réalisateur, cet octogénaire si alerte et facétieux, une forme de "renaissance"?

 

 "J'éprouvais le besoin vital de faire un film autobiographique. Pour mes enfants mon arbre généalogique était un mystère total. Je ne leur parlais jamais de mon enfance. Ils ont donc vu Tocopilla... J'ai voulu donner à mes parents ce qu'ils n'ont jamais pu concrétiser dans leur vie. Ma mère chantonnait tout le temps j'en ai fait une chanteuse d'opéra. Mon père rêvait d'assassiner le président du Chili, j'ai exaucé son vœu"

 

à voir absolument!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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