de Kleber Mendonça Filho (Brésil 2023)
Séance Spéciale Festival de Cannes 2023
New Zealand International Film Festival 2023
Portraits fantômes est un voyage multidimensionnel dans la ville de Recife, capitale brésilienne de Pernambuco, à travers le temps, le cinéma, le son, l'architecture et l'urbanisme. Cette visite impressionniste qui associe l'archive, la fiction, l'extrait de film, les souvenirs personnels est à la fois une cartographie de la ville et un hommage à la salle de cinéma qui tout au long du vingtième siècle a été ce lieu de convivialité, réceptacle des rêves, des espoirs et des émotions.
Ce film autobiographique est le fruit de 7 années de travail et de recherche
Je me suis rappelé que quand on aime, il faut le dire
Voici Monsieur Alexandre (Moura) ce projectionniste du cinéma Art Palacio qui a fermé son cinéma avec une clé de larmes, mort en 2003 ; voici Joselice, la mère, morte prématurément, une historienne spécialiste de l’histoire orale ; voyez Janet Leigh et Tony Curtis main dans la main sur le pont au-dessus du fleuve Capibaribe ; voici Nico, ce chien mort depuis des années, mais dont les aboiements continuent à marquer quelques bandes son. Voici un docker qui vendait derrière le cinéma le Trianon affiches, photos et films jetés à la poubelle par les distributeurs. Voici un chauffeur de taxi Rubens Santos qui (re)joue l’homme invisible dans la toute dernière séquence, laquelle donne a posteriori tout son sens au film (la dialectique apparaître/disparaître ou l’inverse)
Si je fais du cinéma, c'est pour rendre visible ce que l'on ne voit plus
Photos de famille (lui enfant adolescent, le frère Mucio) de lieux, (l’appartement labyrinthe de Setúbal qui a servi de décor à certains de ses films , le centre de Recife) des archives en noir et blanc ou couleur, des images animées, des extraits de films (les siens mais aussi d’autres cinéastes) , un tel support par la magie du montage ingénieux nous transporte à la fois dans un passé identifiable celui des années 60 par exemple et un présent barricadé face aux radicalismes, mais surtout nous fait vivre de l’intérieur (introspection) grâce à la voix off les soubresauts d’une histoire intime qui se confond avec l’Histoire
Portraits fantômes est structuré en trois parties distinctes mais malgré le titre qui singularise, des récurrences et des mouvements de va-et-vient tissent des liens de l’une à l’autre.
Portraits fantômes : une balade certes empreinte de nostalgie (dont témoignent des surimpressions et certains raccords) mais qui poétiquement est exhaussée en ballade
Portraits fantômes ou l’alchimie fiction/réalité car "La vie vécue inspire les histoires racontées par les images, et les histoires servent d’appui pour imager les souvenirs"
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Colette Lallement-Duchoze