12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 07:02

De Simon Stone (Grande Bretagne) 2021

Avec Carey Mulligan Ralph Fiennes Lily James, Ben Chaplin.

 

Sur Netflix.

En 1939, Edith Pretty, une veuve vivant dans une immense propriété près de Woodbridge au Royaume-Uni, engage le terrassier Basil Brown, archéologue autodidacte ayant travaillé pour le musée d'Ipswich, pour faire des fouilles sur son terrain. Le temps presse car la guerre imminente entraînera l’arrêt de tous les chantiers de fouilles

The Dig

Adapté du roman de John Preston lui-même inspiré de la découverte du site de Sutton Hoo, le film de Simon Stone mêle plus ou moins habilement le factuel historique, la romance et surtout la déclinaison -dénotation et connotation- du mot « fouille »

 

Les faits ? en 1939 découverte d’un trésor archéologique du VII° siècle (tombe royale, nombreux accessoires) , les convoitises suscitées, et le rôle du British Museum, l’imminence de la guerre ; le générique de fin livrera des informations sur le devenir du trésor pendant et après la guerre et sur celui de l’archéologue amateur – dont le rôle n’a été « reconnu » officiellement… que depuis peu..

 

Malgré la « reconstitution » (ambiances, costumes) la part belle donnée à la « fouille » proprement dite, le film n’est pas pour autant un film historique. Le factuel vérifiable est en effet le prétexte (dans les deux sens du mot) à une autre exhumation : celle d’un passé enfoui (la présence du mari absent dicte souvent le comportement de la veuve) prétexte aussi à « fouiller » les émotions de toute une génération embarquée malgré elle dans la tourmente d’une imminente tragédie ; imminence que rappellent la récurrence de ce ciel strié d’avions, de cette musique champêtre altérée par le vacarme des dits-avions guerriers, la convocation et le départ du cousin  Rory Lomax ; imminence qui invite à élaborer une « autre » philosophie de la vie (profiter au maximum du temps présent ; ce qu’enjoint de faire Edith Pretty à cette jeune épousée qui soudainement s’énamoure du cousin) ; prétexte enfin à ces intermittences du cœur que le couple Carey Mulligan (Mme Pretty) et Ralph Fiennes ( Basil Brown) incarne avec délicatesse (jeu des regards et des non-dits, questionnements sur la fuite du temps). Et les paroles -telle une voix off- qui semblent « chevaucher » les séquences créent une distorsion chronologique , voire une confusion temporelle i

Creuser le passé face aux incertitudes du futur ? Lutter contre le temps ? accepter ses empreintes par-delà leur matérialité ? excaver pour enrichir le présent, et quand tout semble se dérober interroger les étoiles ? (rôle de l’enfant, en quête de .. sous le patronage de Basil)

 

Tout cela est (reste) bien académique ! (Ne pas voir une connotation péjorative dans cette épithète) en harmonie d’ailleurs avec la « forme ». Les couleurs mordorées, automnales, la répartition 1/3 2/3 paysage et ciel, (il y a même un plan où le ciel envahit l’écran, la terre étant réduite à une minuscule ligne horizontale) rappellent les œuvres de certains paysagistes (toiles aux ciels tourmentés, aux champs frémissants). L’alternance plans rapprochés pour les duos (dont celui que forment Edith Pretty et Basil Brown) plans d’ensemble pour les scènes de groupe (dont le personnel du manoir et les « fouilleurs ») et panoramiques pour les paysages, crée une sorte de tempo que renforcent le choix d’une musique « classique » et la représentation quasi picturale de l’environnement (rural ou parfois urbain). Ajoutons ce montage parallèle aux effets peut-être trop signifiants: Basil allongé en position fœtale dans la tombe du chantier, Edith, malade, dans une position identique sur son lit…

 

Au final un film qui nous invite à prendre la place d’Edith sur son fauteuil (qui pourrait être celui du cinéaste ?) ou contempler du haut des monticules par-delà la vastitude de la plaine, d’autres vies, enfouies ou à venir, dans la sérénité malgré les orages annoncés !

La « leçon » que dispense Basil au jeune garçon ne serait-elle pas un apologue sur « l’apprentissage de la défaite »?

 

Colette Lallement-Duchoze

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commentaires

L
la nature humaine ne doit pas porter la violence, donc les films doivent porter et ne donner que du bonheur et du plaisir..
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