6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 07:46

de Juho Kuosmanen (Finlande Russie 2021)

avec Seidi Haarla et Yuriy Borisov

 

Festival de Cannes 2021 – Grand Prix du Jury

 

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Compartiment n° 6

Au-dessus des vieux volcans/ Glissent des ailes sous les tapis du vent/ Voyage, voyage/ Éternellement

Voyage, voyage Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage) Voyage (voyage) Dans l'espace inouï de l'amour 

cette chanson des années 80  scande et rythme le deuxième long métrage du Finlandais Juho Kuosmanen (la chanson envahit tout le générique de fin, générique  que d'aucuns  ont l'habitude d'ignorer...)

Inspiré du roman de Rosa Likson le film nous invite à partager le huis clos d'un compartiment d'un train soviétique -reconstitution des années 90 (?)  au vu de l'état lamentable de certaines prestations sanitaires, de l'absence de portables,  entre autres- pour un long périple de Moscou à Mourmansk

 

Soit deux êtres, deux parcours, et on serait tenté de dire deux épopées intérieures. Laura (une Finlandaise étudiant à Moscou, en partance pour découvrir les pétroglyphes) et Ljoha (ouvrier russe très fruste en partance pour les mines du grand nord) vont-ils le temps de ce "voyage" chercher à s'apprivoiser? Si tel est le cas ce sera loin des clichés faciles (le voyage comme initiation par exemple) et le refus constant du pittoresque. Certes l'extérieur s'invite à intervalles réguliers (à travers les vitres et lors des escales dont la plus longue laissait deviner un premier déraillement: - excédée voire écœurée par la grossièreté de l'inconnu Laura était décidée à prendre un autre train...- un extérieur dans lequel le réalisateur nous immerge par petites touches mêlant paysages et traditions locales.

L'image est souvent (délibérément?) comme floutée embuée; image d'un autre temps fané???

 

Mais dans le dernier quart du film où les deux personnages bravent interdits et conditions météorologiques voici des immensités neigeuses (plans larges) auront-elles recouvert de leur linceul les fameux pétroglyphes?- ces dessins symboliques gravés dans la pierre- mais que l'absence de camescope (un passager l'a volé "tout mon Moscou y habitait" déplore Laura) ne pourra immortaliser!!!

N'était-ce pas l'objectif premier du "voyage" pour Laura , voyage qu'elle aurait dû entreprendre avec Irina -qui lui a fait faux bond? (dans la longue séquence d'ouverture la désunion se lisait sous le masque de la beuverie, désunion que la sécheresse des appels téléphoniques va confirmer)

Si la cohabitation forcée dans le compartiment n°6 n'a pas viré au cauchemar si le froid et le blizzard n'ont pas enseveli Laura et Ljoha (filmés sur l'épave d'un bateau en légère contreplongée, ils semblent avoir dessillé leurs yeux dans la même contemplation) l'injonction finale "va te faire foutre"  provoquera le rire franc de Laura seule dans le taxi qui la reconduit...Elle qui enviait l'intellectuelle moscovite Irina, se rend à l'évidence: elle est en fait de la même trempe sauvage et solitaire que Ljoha.

 

Un film qui frappe par la justesse du ton, la vivacité naturelle des interprètes et l'humour .

Compartiment n°6 le pétroglyphe de Juho Kuosmanen?

Un film que je vous recommande   

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

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commentaires

S
J'ai vu le film après avoir vu la critique de Colette et n'ai pas été déçu. Il faut sans doute être sensible au romantisme russe pour aimer cette histoire. Le réalisateur est un véritable humaniste parce que partant d'un personnage frustre, brute de coffre alcoolique, d'où ce dégage une menace permanente, il y décèle la petite étincelle qui fera de lui un être généreux, au final. Sa solitude infinie et son besoin d'amour rentré le rend attachant contre toute attente.Ce voyage exotique de Moscou à Mourmansk, à goût d'enfer que l'archéologue traverse, trouve son but sans qu'on sache pourquoi elle se l'était fixé. N'en va t-il pas de même dans la vie pour chacun de nos projets ? Ce film est profond et surprenant loin des clichés habituels.
Serge Diaz
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