4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 05:34

de Kamen Kalev, (Bulgarie 2020) 

 avec Lachezar Dimitrov, Kolyo Dobrev, Ivan Nalbantov

 

sélection officielle Cannes 2020

 

Aux confins de la Bulgarie rurale, Petar traverse les saisons et le temps de sa vie humble : le travail, la terre, les brebis… À l'écart du monde des hommes, il suit son chemin et accepte son destin sans regret.

 

 

 

Février

 

Dans cette fresque en trois parties inspirée par la figure de son grand-père, le réalisateur prend le temps de l’éblouissement où chaque plan est comme un tableau, où d’une saison à l’autre, d’une époque à l’autre (enfance, âge mûr, vieillesse) il loue la permanence d’un rapport au monde (temps, espace, éléments, lumières) et c’est un pur enchantement !

 

Le recours aux plans fixes assez longs, et aux plans séquences, le minimalisme des paroles échangées, une musique répétitive à la Steve Reich et il n’en faut pas plus pour irriter certains spectateurs (ils quittent sans vergogne la salle !!!) Or si le choix de l’épure peut dérouter n’est-il pas en harmonie avec les intentions de l’auteur ? (dresser un portrait poétique et symbolique de cet homme terrien un peu comme dans le texte de Camus ;l’Eté, quelqu’un qui ne se projette pas dans une autre vie et accepte la sienne sans se poser trop de questions (cf dépliant gnr, groupement national des cinémas de recherche)

 

Certes le déterminisme revendiqué et assumé (il y a malentendu affirme Petar soldat à son supérieur « mon grand-père était berger, mon père était berger et je serai berger ») peut être discuté mais c’est plus une philosophie de l’existence qu’incarne cet homme (cf la lecture  voix off d’extraits de Meursault contre enquête de Kamel Daoud ou d'Eté de Camus)  et les choix du chef opérateur Ivan Chertov insistent sur les beautés telluriques d’un univers encore préservé (I et III) tout comme les harmoniques que déploient ces goélands (II Petar est affecté sur l’île Saint-Yvan) ou même les danses de la vie (mariage) et de la mort (enterrement de la sœur) s’inscrivent dans le cycle de gestes séculaires ; célébration aussi de la liturgie du quotidien, celle que transmet le grand-père à son petit-fils (I) et qu’il accomplira lui-même vieillard III)

 

 

Petar vieillissant et son âne et l’on songe au cheval de Turin de Bela Tarr dans la façon de filmer l’encolure, de varier les angles de vue et surtout de rendre palpable l’interdépendance entre l’homme et la bête.

Une immensité recouverte d’un linceul, une vaste étendue de champs et de collines dans laquelle se perd Petar enfant, un arbre enraciné dans les forces chtoniennes mais dont les bras s’ouvrent en élan oblatif vers les filaments azuréens, un visage parcheminé (III)  ou un regard  hébété (II) , un rapport sexuel asexué et comme théâtralisé, une danse frénétique (Petar a recouvré l’ardeur de sa jeunesse ? ) un horizon qu'embrase l'aurore,  les cris dansants des goélands, etc.  le film Février, par-delà sa beauté formelle incontestée,  résonne d’une vibration intérieure en harmonie avec le balancier du temps ! 

 

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Je suis un berger de troupeaux.

Les troupeaux sont mes pensées

et mes pensées sont toutes des impressions.

Je pense avec mes yeux et mes oreilles

avec mes mains et mes pieds mon nez et ma bouche

 

(Fernando Pessoa le gardeur de troupeaux ) 

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