25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 04:39

d'Andreï Konchalovsky (Italie, Russie) 

avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudella, Frederico Vann

 

Italie début XVI° siècle. Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti) apprécié pour son génie créatif, traverse des moments d’angoisse et d’extase tandis que deux familles nobles rivales se disputent sa loyauté....

Michel-Ange (il peccato)

J’ai cherché Dieu je n’ai trouvé que les hommes

 

Le film s’ouvre et se clôt sur une scène quasi identique : en gueux dépenaillé Michel-Ange avance sur une route en Toscane; il se parle. Son dialogue intérieur ? Un questionnement sur tout ce qui entrave son "génie" : l'argent, la politique, la dépendance.

Entre ces deux scènes, des années de fluctuations, de changements de mécènes (Jules II de la famille Della Rovera  lui a commandé un tombeau, puis ascension de la famille rivale des Médicis, le pape Léon X  lui intime l’ordre d’achever la façade de la basilique San Lorenzo). L’artiste est  "pris en étau" tiraillé...  Obsédé par sa quête quasi mystique de la beauté, hanté par " l’inachèvement"  Michel Ange (dont la réputation n’est plus à faire :  la Piéta (1499) David (1501) la Chapelle Sixtine 1508 1512) lui, l’enjeu de ces querelles politiques, aura menti pour garder l’intégralité de son art  Avec les florins que les familles rivales lui versent, il aide son père, ses frères, il subvient aux besoins de Peppe et Pietro ses apprentis, et surtout il investit dans ... le marbre...cette pietra viva !!

 

 

Le film de Konchalovsky n’est pas un biopic. S’il rend compte de l’acte créateur (imaginer sculpter créer afin que sa volonté se fasse sur la pierre écrivait Léonor de Récondo dans Pietra viva) c’est par ellipse ou sous-entendus -nous ne verrons pas l’artiste à l’oeuvre. Si l’acte est marqué du sceau de l’hubris c’est pour illustrer une furie hallucinée (cf les séquences spectaculaires des carrières de Carrare où l’énorme bloc de marbre d’un blanc éclatant et d’un seul tenant, concrétise la démesure de l’artiste et simultanément la monumentalité de son œuvre). Furie et déraison que l’acteur Alberto Testone a su faire siennes.

Ce qui intéresse le cinéaste russe c’est la quête du beau, le désir refoulé, la prégnance de fantômes ces visiteurs qui troublent le sommeil, le ballottement entre contingences et nécessité avec son cortège d’infamies et de tourments, la place de l’artiste dans et par rapport à son époque, et le " portrait"  qu’il fait de Michel-Ange est loin d’être flatteur….

 

De même sa reconstitution de la Renaissance fait fi de certains clichés : dans les scènes de groupes (repas, beuveries, carrières, rue) le réalisateur insiste sur la rudesse et la trivialité, donne à "respirer" des odeurs nauséabondes, à "entendre"  des éructations sordides. Ces séquences alternent avec d’autres plus contemplatives que le Diable -ou du moins fantasmes et hantises- s’en vient troubler.

 

Mais à chaque fois un travail étonnant sur les éclairages les lumières les couleurs (qu’elles soient d’apparat  plus terreuses ou solaires) un travail que sublime le choix du format 4,3 ; format qui enserre non seulement les visages et les personnages mais aussi les décors les ambiances (Arrêt sur image et vous contemplez un tableau digne de la Renaissance!!!)

 

Michel-Ange : ou les affres de la Création -connotées dans le requiem de Verdi- ?

Il peccato : ou le monstre de marbre ?

 

Michel-Ange il peccato un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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