23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:35

D' Eliza Hittman (USA)

 

Avec Sidney FlaniganTalia RyderThéodore Pellerin

 

Grand Prix du Jury à la Berlinale février 2020

Deux adolescentes, Autumn et sa cousine Skylar, résident au sein d'une zone rurale de Pennsylvanie. Autumn doit faire face à une grossesse non désirée. Ne bénéficiant d'aucun soutien de la part de sa famille et de la communauté locale, les deux jeunes femmes se lancent dans un périple semé d'embûches jusqu'à New York.

Never Rarely Sometimes Always

Une œuvre réaliste sur le droit à l’avortement ; dans un pays où  l’actuel président est décidé à en limiter l’accès ; dans un pays où les mouvements "pro-vie" se présentent tous les samedis de chaque mois devant les cliniques  en rassemblements légaux ; dans un pays où pullulent les "fausses cliniques"  tenues par des bénévoles qui culpabilisent les "patientes" ; dans un pays où déserts médicaux et absence de couverture universelle dissuadent les plus fragiles. Autumn, 17 ans,  sera confrontée à cette dure réalité, que nous allons vivre de l’intérieur !!!

 

Une œuvre militante -comme ciselée au scalpel-  mais dont la charge programmatique ne saurait provoquer l’ennui. Pourquoi ?

À des actrices « chevronnées » Eliza Hittman  a préféré de jeunes talents -c’est le premier rôle pour l’actrice Sidney Flanigan qui interprète la jeune fille à la fois silencieuse dure et décidée authenticité plutôt qu’expérience avoue la réalisatrice.

Elle opte pour les gros voire très gros plans (visage, mains ou doigts qui se cherchent, épingle, objets dont la dureté métallique va contraster avec la fébrilité et l’angoisse du personnage). De même elle préfère le silence à une musique illustrative, les allusions aux discours explicatifs (on ne saura jamais qui est le père géniteur peu importe d’ailleurs ; l’essentiel est ce que ressent Autumn et que l'on devine  sur son visage à la fois obstiné et tourmenté), des réponses évasives ou lapidaires à des dialogues plus ou moins structurés et/ou redondants; enfin le réalisme (parfois cru) de certains tableaux est en harmonie avec les questionnements de la  jeune fille 

Le film suit la chronologie des événements depuis le test positif jusqu’à l’avortement à New York ; un parcours odysséen (fait d’embûches, de confrontations, de réprimandes, de "découvertes" traumatisantes) et surtout cette solitude douloureuse quand on a 17 ans, que l’avortement en Pennsylvanie est interdit sans le consentement des parents et que l’on ne peut communiquer avec ses proches, hormis avec sa cousine !! Et précisément Skylar va l’accompagner, en bus jusqu’à New York (soit à plus de 300km); Skylar (Talia Ryder) à la frêle silhouette traînant la valise à roulettes dans les couloirs du métro, Skylar dont le regard anxieux  interroge dans le silence partagé la Douleur de sa cousine ! Figure de la sororité dans cette tragédie... ?

 

La scène où Autumn filmée en frontal doit répondre au choix  par « jamais rarement parfois toujours »  à des questions très précises concernant sa sexualité, son rapport à l’autre, le partenaire, entaché ou non de violence, est d’une incroyable intensité dramatique ; hésitations silences pleurs et c’est l’intime de la jeune fille, les traumas enfouis qui sont suggérés ou qui affleurent, alors que se dessine en filigrane le rôle prédateur de l’homme, du mâle !

 

Un film souvent poignant dont on oubliera vite les quelques longueurs et la complaisance de certains plans fixes

 

(à voir en vo aux docks )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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