17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 07:33

de Behnam Behzadi (Iran 2016)

avec Sahar Dolatshabi, Ali Mosaffa, Setareh Pesyani, Roya Javidnia, Shirin Yazdanbakhsh, Setareh Hosseini

 

Présenté au festival de Cannes 2016 (Un Certain Regard) sorti en France en juillet 2017

à voir en replay sur Arte 

Un vent de liberté

La pollution à Téhéran est telle que les écoles sont régulièrement fermées, que des malaises respiratoires peuvent être  "mortels" .La mère de Nilooflar a été hospitalisée (malgré les recommandations de ses enfants et du médecin, elle  "sort" trop et ce jour-là c’était sans sa bouteille d’oxygène).  La sentence tombe tel un couperet : ou quitter Téhéran, ou mourir. Nilooflar (35 ans)  "doit"  se soumettre aux diktats du conseil de famille (un frère violent macho, une sœur aînée corsetée dans ses principes d’épouse et de mère) ; célibataire et benjamine elle est toute désignée pour accompagner la mère... au vert ... Elle devra abandonner son atelier de couture ; elle devra renoncer à une relation amoureuse naissante... Une fois de plus dans son existence, ON a décidé pour elle. En proie à un dilemme -de type cornélien- -et c’est le coeur de l’intrigue- c’est ELLE qui finira par trancher en optant pour….(une fin à ne pas révéler)

 

L’intérêt de ce film réside surtout dans la métaphore de la "suffocation" .On suffoque à Téhéran tant la ville est polluée ; on  "suffoque" dans le microcosme familial régi par un ordre patriarcal archaïque. Nilooflar est victime de cette  "double"  pollution. Ce dont rend compte l’alternance entre scènes de rues -trafic intense, voile délétère qui fait de la capitale une ville "fantôme" - et scènes plus intimes (entre une mère aimée aimante, une soeur manipulatrice, un frère endetté, une nièce attendrissante, un amoureux apparemment transi...mais.. )

Aspirer à une forme d’émancipation, puis la concrétiser, c’est cette authentique croisade contre la soumission, que le réalisateur met en scène. On peut légitimement faire référence au théâtre car dans Un vent de liberté -comme dans les films de Asghar Farhadi d’ailleurs (Une séparation, Le passé et plus récemment le Client) le cinéaste se plaît dans les joutes verbales comme autant de dialogues à faire réciter sur une scène et il est très sensible au jeu des acteurs (visages mimiques regards déplacement dans l’espace avec zooms et légers travellings et une prédilection pour les plans séquences). Ce qui parfois exclut finesse et nuances...

 

Un vent de liberté est certes traversé par ces petits riens à valeur universelle ou symbolique ; ces cloisons qu’on abat, comme autant d’efforts pour les femmes d’abattre les barrières ? Ces fleurs et plantes que Nilooflar -au sourire lumineux (et ce n’est pas un cliché)-, arrose chaque jour, une oasis ? la préservation de la Vie à tout prix ? La complicité de la nièce, ébauche de la lutte féministe ? 

 

Mais  ce film manque cruellement de  "souffle" et verse souvent dans des clichés (cf le catalogue des personnages dits secondaires réduits à des stéréotypes..)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

J'avais vu le film à sa sortie. Et j'avais beaucoup aimé

Pas d’accord avec ta conclusion Colette.

Peu de souffle ? Ce film tient en haleine en tous cas, l’ambiance y est, étouffante par l’environnement physique, social, idéologique. 

Que les seconds rôles soient stéréotypés n’est pas choquant car cette fiction fonctionne pour nous spectateurs français comme un documentaire sur un pays où la misogynie est caricaturale.

Le réalisateur s’expose à dénoncer les rapports hommes-femmes iraniens tels qu’ils sont en réalité dans une classe sociale pourtant éduquée.

Son portrait de femme qui a du mal à sortir des préjugés du carcan familial est une réussite qui domine le reste.

 

Serge Diaz  17/04/2020

 

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