30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 08:29

de Robert Guédiguian

avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan,  Anaïs Demoustier Robinson Stévenin, Lola Naymark, Loïc Leprince -Ringuet

 

 

Ariane Ascaride a reçu le prix Volpi d'interprétation à la Mostra de Venise, prix qu'elle a dédié "aux gens qui dorment pour l'éternité au fond de la Méditerranée" 

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Son ex femme Sylvie l’a prévenu qu’il était grand-père : Mathilda leur fille a donné naissance à une petite Gloria. En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, lui  qui n'a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

 

Gloria Mundi

Je suis premier de cordée, comme l’a dit notre président…(Bruno lors de l’inauguration de son second magasin)

Nous si on ne fait pas d’enfants c’est qu’on veut réussir (Aurore sa femme)

à sa place je ferais comme elle (Mathilda à propos de sa patronne)

On est des moins que rien on n’a même pas les moyens de se payer une nourrice (Mathilda à son mari Nicolas)

Ces phrases témoignent de  l’imprégnation du discours dominant de l’ultralibéralisme où il faut écraser son prochain pour réussir, pour gagner plus, où certains subissent de plein fouet précarité et ubérisation...Dans le film de Guédiguian cela se passe au coeur d'un microcosme familial ; les deux couples de jeunes incarnent -de façon un peu caricaturale certes- cette lutte entre gens de la même classe. Alors que les aînés (génération précédente) ont déserté leurs idéaux de solidarité (Sylvie, la mère de Mathilda et d'Aurore, et grand-mère de Gloria, refuse de soutenir une grève tant elle a besoin de son salaire pour  "sauver" les siens), ou se sont résignés (cf paroles plus ou moins lénifiantes de Richard son mari) ou gardent intacte leur foi en l’action collective : c’est le cas de Daniel -mais... on pourra toujours alléguer -pour l’opposer- sa longue incarcération qui l’a conduit à s’évader vers le Beau par et grâce aux haïkus, et pourtant ce personnage n’est-il pas le plus lucide et le plus humain de Gloria Mundi ; un film parabole, un film qui lance un cri d’alarme car il décrit “un monde qui va, ou même qui touche déjà, à sa perte »

 

Il s’ouvre sur une longue séquence d’accouchement : c’est la naissance de Gloria ; sic transit gloria  mundi,  séquence que la musique  et la lenteur de gestes ritualisés exhaussent à une dimension quasi mythique. Le plan suivant cadre toute la famille célébrant l’événement au champagne, dans la joie ….Gloria,  promesse d'une aube nouvelle???

Grâce aux montages parallèles nous allons découvrir chacun des protagonistes sur le lieu de travail ; un travail comme stratégie de survie ...

De plus, les déplacements du bébé tout au long du film vont épouser ceux des personnages (appartements, voiture, lieu de travail, et certains quartiers de Marseille) créant ainsi une sorte de cartographie de la ville tout en scandant les différentes étapes d’un drame, d’une tragédie

Voici de hautes tours vitrifiées lumineuses -vues en contre-plongée- qui dominent comme pour les écraser les quartiers lépreux

voici une silhouette sombre qui rentre à l’aube ; ratatinée par le poids du labeur

voici la façade vue en plongée de cette boutique de dépôt-vente cash

voici un quartier en pleine reconstruction où l’espace strié par des lignes horizontales et verticales est saturé de mouvements et de rumeurs

Une ville en mutation mais où demeurent des lambeaux du passé que Daniel après tant d’années d’incarcération a identifiés dans leur être-là de décrépitude

 

Certes la dramatisation est un peu  "outrée" (accumulation de déboires qui accentuent  la précarité), certes le couple Bruno/Aurore de par son cynisme son addiction au fric et à la came force le trait ; certes le personnage de Daniel renoue complaisamment avec la tradition hugolienne et/ou christique ; mais Gloria mundi n’en reste pas moins un drame souvent glaçant et qui au final laisserait aux personnages - filmés dans l’avant-dernier plan, au ralenti et figés-  la possibilité de s’inventer un autre avenir.  N’est-ce pas le sens profond du geste sacrificiel de Daniel ??

 

Un film souvent poignant que je vous recommande vivement !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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commentaires

Lacadée 11/12/2019 16:16

Quelle musique de Bach ouvre le film?

Roch 22/12/2019 21:42

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