28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 06:33

de Pietro Marcello (Italie)

avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi

 

Prix coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine à la  Mostra de Venise 

À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines….D’après l’oeuvre de Jack London

Martin Eden

"le monde est donc plus fort que moi ; à son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même ce qui en réalité n’est pas rien"  c’est sur ce constat que s’ouvre le film de Pietro Marcello – mais comme cette scène inaugurale correspond aux derniers moments de la vie de Martin, le film ne se donne-t-il pas à voir comme un  long flash back...?

Certes Pietro Marcello s’inspire du roman de Jack London paru en 1909. Certes  il respecte l’intrigue principale (amour et acharnement à devenir écrivain) de ce roman d’apprentissage d’émancipation et de désillusions...

 

Mais le spectateur sera d’autant plus séduit (dérouté et sidéré tout à la fois) que le cinéaste en transposant l’intrigue de San Francisco dans la baie de Naples, brouille la chronologie (nous sommes au début du XX°, dans les années d’après-guerre, et les années 1980), gomme les repères temporels -une fois affichés- (avec sautes de temps et anachronismes), mêle flash-back (cf danse entre le frère et la sœur à différents moments de leur vie), images mentales (quand elles suppléent la pensée), images d’archives (Réelles ? Fabriquées?), images sépia, anime des cartes postales (celle du vaisseau par exemple qui revient à intervalles réguliers) fait entendre des chansons populaires (Jo Dassin entre autres)...

Ce faisant (et là on reconnaît l’originalité du cinéaste que l’on avait tant appréciée dans Bella e Perduta) Pietro Marcello va au-delà de la transposition d’un roman ; sa « libre adaptation » se mue en œuvre à part entière,  inscrite en outre dans une forme d’intemporalité.. Censé traverser tout un siècle le personnage  -marqué uniquement par les stigmates de la maladie et de son mal-être- acquiert une portée  symbolique...quasi universelle

 

Des scènes de rue, des rassemblements politiques, des scènes de pêche au poulpe, de gros plans en enfilade sur des visages d’enfants et/ou d’adultes dans une rue étroite de Naples, ou derrière les rideaux de fenêtres, (tous ces damnés de la terre) loin de contrebalancer le "récit" d’une force qui va (celle de ce marin qui rêve de devenir écrivain) l’inscrivent au contraire dans le XX° siècle, celui des grands bouleversements politiques et sociaux (guerres et défaites, fascinations du fascisme, actions collectives, espoirs trahis...) . Mais n’est-ce pas une invite à  "regarder"  ces événements sous un autre "angle" ?

 

Luca Marinelli -(rappelez-vous La grande Belleza, Una questione privata des frères Taviani, Ricordi?) donne corps à ce personnage complexe à la fois rageur et romantique, bagarreur et charmeur, libertaire et réactionnaire. Il est de tous les plans (seul, en duos ou encore dans les scènes de groupes) et son jeu est magnifié par le format de l’image 16mm.

D’ailleurs n’a-t-il pas reçu la coupe Volpi à la Mostra de Venise pour son interprétation !!

 

Un film flamboyant à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Moi aussi j'ai bien aimé ce film très travaillé, au montage fluide et avec des incursions originales (flash-backs courts,inversion de la chronologie, etc.) comme tu le dis justement.
J'ai été déçu par le dernier tiers du film où le personnage devient brutalement caractériel, peu sympathique, alors que la chance lui sourit et que son objectif semble atteint. On peut reprocher au réalisateur un virement brusque de ton qui frôle le cliché. Mais dans l'ensemble le film captive. Les spectateurs étaient nombreux dans la petite salle quasiment pleine, ce qui m'a agréablement surpris.  Serge Diaz 6/11/19

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commentaires

Serge Diaz 06/11/2019 08:27

Moi aussi j'ai bien aimé ce film très travaillé, au montage fluide et avec des incursions originales (flash-backs courts,inversin de la chronologie, etc.) comme tu le dis justement.
J'ai été déçu par le dernier tiers du film où le personnage devient brutalement caractériel, peu sympathique, alors que la chance lui sourit et que son objectif semble atteint. On peut reprocher au réalisateur un virement brusque de ton qui frôle le cliché. Mais dans l'ensemble le film captive. Les spectateurs étaient nombreux dans la petite salle quasiment pleine, ce qui m'a agréablement surpris.

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