2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 06:51

De Arnaud Desplechin

Avec Roschdy ZemLéa SeydouxSara Forestier

 

Présenté en compétition officielle au festival de Cannes

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Roubaix, une lumière

La critique est unanime dans l’éloge voire le dithyrambe

Voici une voix dissonante

Roubaix une lumière vaut surtout pour la prestation des acteurs : Roschdy Zem en commissaire (un phare…) à la fois posé et réservé dans sa recherche de la Vérité, Sara Forestier en amante soumise et fragile, Lea Seydoux en femme retorse à la froide détermination et Antoine Reinartz en jeune lieutenant "mystique". Chacun de ces acteurs a trouvé le ton juste et le réalisateur a su capter leur vérité intérieure par des gros plans (certains un peu trop appuyés…) sur leurs visages, leurs regards ou sur une larme qui sinue, perlée de souffrance

 

Mais que de déceptions !

La structure scénaristique tout d’abord. Dans la "première partie"  le rythme assez rapide qui fait se succéder affaires (viol, disparition/fugue, incendie) courses poursuites, interrogatoires s’inscrit tout naturellement dans l’univers "habituel" des séries télévisées,  des romans policiers et rapproche le film du documentaire (d’ailleurs n’est-il pas "adapté" de Roubaix commissariat central affaires courantes de Masco Boucault diffusé sur France 3 en 2008 ?) La seconde partie est focalisée sur un meurtre sordide (mais la sordidité n’est-elle pas souvent l’apanage du crime?) La rupture avec la première est liée à la psychologie du commissaire (son "flair" jusque-là infaillible est soumis à rude épreuve) et à la théâtralisation du contexte socio-économique ; si bien que les aveux patiemment soutirés mais contradictoires vont  "opacifier" les deux personnages féminins avant de les  "dévoiler"  et c’est l’humain qui prend le relais même dans la (trop) longue scène de reconstitution censée provoquer l’émotion. Or n’est-ce pas un truisme que d’affirmer le fait divers raconte plus sur l’humain que sur le crime?

Et que de surenchère dans l’empathie! (Daoud sur un ton presque mielleux sait par ses discours transformer une vie en destin -fût-il tragique!- et le visage des deux jeunes femmes fracassées, soudain s’illumine !!);  surenchère aussi  dans la "maïeutique" (faire répéter ad libitum un énoncé, en dénoncer  l'imprécision,  le paradoxe,  pour que  triomphe  la Vérité....enfin reconnue et assumée!!)

Peu convaincante la duplication des voix off ; celle du commissaire (elle permettrait au réalisateur de cartographier sa ville natale ?) et celle du lieutenant qui s’adresse à un dieu muet ...(inanité d’une entreprise ? Substitut narratif de l’auteur ?)

Les "clichés" qui opposent deux types d’enquêteurs/interrogateurs sont si appuyés ici qu’ils frisent la caricature ; la métaphore de l’apprivoisement (Daoud et les chevaux..) peu pertinente etc.

 

On comprend mieux pourquoi ce film présenté en Compétition officielle au festival de Cannes (est) soit reparti bredouille

Au moins aura-t-il suscité l’envie de voir le documentaire de Masco Boucault !!!

Roubaix une lumière : à voir un soir d’hiver ...chez soi...après les  "vives clartés de nos étés trop courts" ...

Colette Lallement-Duchoze


 

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