14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 07:10

Inga et son mari possèdent une exploitation laitière dans un petit village près de Reykjavik. Mais à la mort de ce dernier, Inga reprend seule les rênes de l’entreprise familiale. Très vite elle découvre le monopole abusif que la coopérative impose aux agriculteurs locaux. Elle va alors entrer en guerre contre ce système mafieux pour imposer l’indépendance de sa communauté !

Mjölk la guerre du lait

Inga n’est pas une activiste révolutionnaire mais une battante ; elle part en guerre contre une coopérative omnipotente qui a sacrifié ses idéaux mutualistes sur l’autel de l’argent, de la corruption (ce qu’elle rappellera dans son discours avant de procéder au vote pour ou contre la motion qu'elle propose).

Voici David contre Goliath, une femme courageuse qui à la mort de son mari dirigera seule l’exploitation laitière, contre un système qui exploite les agriculteurs jugulés par leurs dettes, impuissants à lutter pour leur indépendance. La croisade (d’abord virtuelle avec facebook) de cette justicière dévoile ainsi tout un pan de la réalité socio-politique de l’Islande (comme dans Béliers d’ailleurs) et comme il s’agit d’un parcours de femme dans un monde d’hommes, le film peut se lire aussi comme l’histoire d’une émancipation, une ode à la liberté et à l’égalité,. Arndis Hrönn Egilsdottir incarne cette force tranquille. L’actrice est de tous les plans …Les angles de vue ainsi que les plans choisis (du très gros sur le visage aux plans d’ensemble) modulent sa personnalité d’épouse, de mère et de gérante exploitante

Comme dans Béliers le réalisateur fait alterner des plans larges, des  panoramiques (paysages comme sculptés par les rigueurs du climat et dont la lumière et les couleurs varieront selon les saisons) et des plans plus rapprochés ou serrés (ceux des intérieurs, de l’intime ou des  "mini laboratoires" des mafieux).

Optant pour les ellipses, les émotions contenues, le réalisateur suggère souvent plus qu’il ne montre. (les résultats du vote par exemple seront perçus de l’intérieur, la caméra abandonne momentanément la salle des participants pour se fixer sur le visage d’Inga)

Deux séquences -en écho- sont déterminantes pour la dramatisation. Voici le mari d’Inga au volant de sa voiture, -il vient d’être reçu par le patron de la coopérative- Une ligne de fuite, bande-son muette, ellipse ; raccord, voitures de police, il y a eu un accident… En écho inversé, le plan final : même route, Inga au volant de sa voiture chante contre l’ennui et le désespoir. Ligne de fuite, bande-son muette. Mais le printemps est lumineux,  n’est-ce pas la promesse d’une autre vie ?

 

Moins âpre que Béliers  et de facture plus classique, Mjölk, la guerre du lait n’en reste pas moins une histoire de solidarité (même si le combat est "perdu d’avance") et le réalisateur -qui a grandi en milieu rural - continue d’ausculter "les transformations de la campagne islandaise la manière dont le néo-libéralisme affecte la culture traditionnelle d’un pays replié sur lui-même"

Un film à voir, assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

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